*
Un loup sans voix ni nom, rôde noir,
Fier et vorace,
Rôde noir derrière le mur de pierre vert,
Où les étoiles sont des murènes d'eau douce
Dans les absences de sourire, où l'ombre est la moins sage
De la noyade il est possible de ne garder que l’innocence de la mer et ce que notre corps n’est pas.
La porte ne t'aime pas parce qu'elle t'est aberrante
Garde l'aberration et sois charmé par l’irritabilité de la porte.
La patience est au charme de l'avenir
Le « Qu’est-ce que je fais? », lorsqu’il passe par le corps de quelqu’un, son vide est visible. Le corps qui, pendant son action, est soudainement traversé par le « Qu’est-ce que je fais? », ce corps gesticulise, est le « Qu’est-ce que je fais ? »
Allons-y franchement -
Le « Qu’est-ce que je fais? » est (le) fond du cogito, le « Qu’est-ce que je fais? » devance toute pensée, nécessairement. Dès l’instant que je pense, que je pense que je suis (le même est être et penser), s’est déjà posé « Qu’est-ce que je fais? »
Tout ce qui est bucolique est catholique... le bucolique est catholique... Même si le catholicisme n’était pas, le bucolique serait catholique, et le catholicisme serait
Le rêve étrange qui plane sous tout l’étant : je veux être élevé, je veux être fauve, et la patrie universelle - le miroir affolé de soi. Ce vieux monde de l’exclamation me fatigue.
La lecture d’Hélian de Trakl vient de me pétrifier, de me terroriser
Je voulais m’attrister sur le sort de mes pauvres livres tout en rang, immobiles et serrés. Mais les voyant, j’eu sérieusement cru qu’ils dansaient en file
"Où se trouvent les sources de la vie? se pose le fond de l'écrit. L'écrire doit être de toutes formes.
Les livres que l’on héberge chez soi forment un symbole sacré. Un code mathématique, un totem infini, une carte de l’univers...
Un dimanche d’insoumis à la spiritualité de l’or -
: Avant tout il y a le vent bleu
Et dans le cimetière des herbes folles frétillantes comme un clavecin
A l’horizon des champs étendus, lorsque le bleu est bas,
Passe une fanfare rigolote et sublime
Nous bondissons et sommes décoiffés
Par le vent bleu sonore,
Sa lyre qui est une guitare pincée et fraîche comme une eau de caverne
Au dimanche d'une honnête source froide
Pleure parfois d’un définitif effroi
De la nuit du 18 mai
*
J'ai difficulté à revenir de là où j'ai passé mes deux derniers mois, afin d'être considéré en termes et conséquences psychiatriques. La psychiatrie est devenue la médecine romantique de l'artiste, ou bien le mécène des indigents inconnus.
Je suis athée, je crois en tout ce qu’il y a, - il n'est rien d'incohérent jusque là. Mais il devient dangereux de le dire : je crois en tout ce qu’il y a ! De là, je m'allonge, me repose, et dors, l'éternité est bien faite, - être corps.
"Il me faut parler à Vishnou, et lui dire que je suis en désaccord. En désaccord vous dis-je ! Un dés à corps, un hasard nécessaire, vous dis-je ! C’est Rudra qui s’invoque en moi. Ma voix est manifestation de Rudra. Je brûle, et je pleure, et je clame ma joie ! J’ai convoqué Vishnou, qui n’est pas venu. J’ai convoqué Shiva qu’une larme faite tout de multiples flots agita : ainsi fut-elle moi, et Vishnou redormira demain, ce fainéant, et rappellera dans mille ans ce qui était en nous tous plus que trop humain
Il suffit parfois de le dire – mentir autant que l’on dit de vérité, sans volonté : précepte – pour que Rudra soit, (avec) (afin que) (sans doute pas « puis » ni même « et ») être soi, n’être pas mais être force, énergie, être Rudra, celui qui venge les corps, qui les venge de la paix.
Qui es-tu ? de Shiva ou de Rudra ? – Il me faut parler à Vishnou, et lui dire que je suis en un dès à corps !
Je ne donne quelque droit que ce soit à quiconque de m’intimer quoique ce soit au sujet de ma vie propre. Je préfère mourir par excès de moi que par excès de la moindre loi. Par excès de loi j’entends tout ordre que je ne veux pas. Je ne suis ni une poupée ni un outil : je suis moi.
Nous sommes en retard sur notre liberté. (L')artiste, ce qui habite sous ce mot surchanté, spontanément peint et chantonne, et s’arrache la peau entre chaque pore, pour que l’idée tienne. Puis il grave une date ou bien un nom, ou bien une phrase, au fronton qui est en bas de cent diagonales impossibles et autant de variations transversales que de Titans et d’humanités, d’incommensurable. Pauvre Rilke, perdu dans la mesure des anges. Et cet autre, grave qu'il n'est de la renaissance ni de l'ère moderne, argile molle des siècles contemporains. Voyons-le ! Il colle à la pierre son cœur, sans rien abandonner, et y est un millier cosmique. Le reste, les mœurs, sont un gâchis de temps. L’avenir des corps libres bourdonne, éclate de rire et rattrape le temps à-venir, sa perte intime. Le chaosmos parle par bouche d’homme, le chaosmos est arrivé ; la tornade a tout levé, la paille s’est elle-même délacérée dans le ciel
Je cherche partout un dictionnaire des choses impensées, je ne le trouve pas. Stupide ! Nous les sommes !
Rien d'écrit n'a de valeur si ça n'est irradiant.
Un corps est un ensemble de forces que la complexité rend irradiantes, corps.
Je n'ai jamais supporté de devoir me « mettre à table ». Bouffez dans l’assiette d’un autre, celle des moteurs et des foules, pas dans la mienne de cailloux et des lents végétaux.
Il y l'eau. Rien d'autre. - Nous courrions comme des satyres pour nos nymphes et l’aurore, et lorsque nous arrivions en forêt tout nous était ouvert. Ce qui du temps passe n’annonce hors l’extrême limite. Vivre, est la nymphe, complexée de ne pas être vie, à la kelkaï vitée soule d’âmée, vase vive vase, pa, pa, tarrrrrra hassa ! Je ne suis pas fou. Cela parle : le puant renard blanc parle la forêt de ma langue à l’hiver, - il jappe
Pour dire il, je est le meilleur
Il faut du courage pour parler du monde quand rien de haut n’est qui soit encore un visage d’étant, quand tout est à terre et qu'on est à soi-même toute hauteur de la vie, pour soutenir physiquement, dans l'effectuation réelle de son corps, qu'être c'est amplitude maximale de puissance, désert, et vivre avec, au milieu de tous, au milieu de tout, bête, sauvage, vieille femme et lamentin et baiser le mort, l’entubé, percé, crevé et crever remontant tout le malaise peureux des hommes de pas-de-monde, être la puce écrasée, chargée d’informe et tenir droit au milieu, des incompétences, de l’onirique flottant des suffisances de l’insuffisant, barba papa catégorique surpeuplée de mal-intelligence, et le mot un dîner de foi sans fin, s’enfuit, redoute, a peur, s’effondre, se tait de haine en rire de juge scrutateur. Il est raisonnable de ne pas vomir sur le monde de fausseté, de mal aise – être-soi en tant que n’être-pas parle assez la langue de silence pour retenir la bouffe indigeste ou ne rien goûter à ce repas d’oiseaux alourdis de plumes arachides.
Il faut savoir souffler - c'est condition.
Je suis revenu, invisible à moi-même. - Parfois je l'oublie et je m'applaudis : Il faudra bien que l'humain se sache attardé
Je suis le surlendemain des effets pharmaceutiques. - Un mois passé à prendre chaque matin le Martin du village, la capsule idiote. Mais prise avec volonté, et je repoussais fortement ceux qui m'en empêchaient, pour mon salut. Je préfère ma trousse douce, et n'avoir plus affaire avec aucun organe, aucune altérité.
Après tout, il n'y a rien de contradictoire à ne pas ne pas désirer sa mort, élan qui n’est en rien morbifique. C'est même plutôt sensé, pour la redistribution de l'énergie dans la vie intégrale. Le tout étant de la souhaiter pour le plus tard, ou pour le bon moment, de n’y pas aspirer.
Je transforme Castorama en Vasco de Gama
Lorsqu'il est inacceptable, parce que trop de vie positive s'y est perdue, le suicide d'un proche peut être contagieux
Je transforme Salvetat en Malwinda von Mayensburg
Ce que l'on peut meut ce que l'on veut
Une amitié, c’est-à-dire une humanité, une re-ligion, est un événement surréaliste.
C’est l’équivalence qui est seule source de l’intérêt.
Une amitié est un événement surréaliste, qui se produit « en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale » (Breton, Manifeste). Une amitié est un événement cosmique, amour lieur où l’ordre est absent.
« Mais, Cédric… Et alors ? Tout le monde le sait, et par suite tout le monde s’en fout.
_Oui, évidemment. Je voulais juste citer Breton, et dire que c’est l’équivalence qui est seule source de l’intérêt.
C'est de la vie pleine d'elle-même qu’il s'agit, à chaque mot, à chaque ligne, à chaque phrase, à chaque parole, à chaque conscience, à chaque acte, à chaque perception ; c’est de la vie pleine d’elle-même qu’il s’agit - être de l’être sa négation remplie, moqueuse, épaisse, inachevée.
Le corps comme ensemble de lianes chaosmiques ne nous est pas encore évident. Ca viendra, peut-être dans (ou dix) mille ans. Et l’on lèvera le bras pour déraciner tel superbe espace dans le ciel, se tournera pour vider d’une mal-maison l’âme vide, tirera la corde de l’air pour amener à soi le pays, tirera la corde
Mon effectuation est le corps du monde
Mon effectuation est ce que je suis
Rien n'est vain car aucun ni tout n'enlève rien à la réalité des choses
La réalité d'une chose est. Son être est effectuation. Rien n'est négatif en elle. Effectuation, elle est purement construction de monde, effectuation comme accomplissement, traversée, cavalerie, phalanges même. Rien de réel qui soit irréel.
Ce pur élan constructiviste est puissance, passage par-delà le corps personnel, en force.
La puissance est la vie pleine d'elle-même, mais croissante mais à l'infini, matrone, de notre dissipation dans le bleu des énergies en circulation
La mort attire la réalisation. Nous sommes un lien d'attraction entre la mort et la réalisation.
Chaque jour le monde m’est clair parce qu’entre toutes choses il y a le néant, toutes les puissances qui me sont incommensurables en tant que mon corps est un vécu propre de sa puissance. Je ne suis pas un abricotier, et c’est ainsi que je sais l’abricotier.
Dans la cosmogonie orphique, le cosmos a la forme d'un oeuf dont la coquille est faite de Nuit - c'est une coquille qui n'est pas. L'orphisme pensait le monde infini. Il avait en double du monde la circulation des énergies en Chaos, qui en l'Ether ont forme et brille Héméra. Ce chaosmos avait l'aspect d'un oeuf dont la coquille est la Nuit, ombre d’Ouranos.
J'écrivais dans Disparité ma surprise quant à ce que "aspirer à écrire fasse si bon alliage avec l’aspiration à faire rien, ainsi que j’ai proposé d’entendre ce mot. Sans doute chez tout inspiré y a-t-il cette perception visionnaire du temps libre, les divinités de Cronos. Les inspirés sont l’armée de Cronos." Il est étonnant que Cronos ne soit pas plus souvent pensé. Je ne saurais même me souvenir avoir jamais lu quoique ce soit concernant Cronos sinon l'Idéalité indéveloppée de l'âge d'or. Cronos est le roi des hommes-dieux. Son règne est celui de l’astuce. Il est le roi des hommes en tant que hommes-dieux, artistes et magiciens, dont le monde est sous le signe du Destin, de la fatalité, de la mort, de la rêverie et de la gaieté railleuse, de la plainte et du rêve absolu, du problème de la répartition, du feu d'immortel, du bazar des rues pauvres, du combat - peine, ivresse de l'affamé, serpent de l'équivoque, injustice et serment. Cronos est le roi de l'esprit où tout se met en place. C'est le roi de notre temps d’humain en quête de l’humain. Et toute personne d'esprit entre en contact avec le temps de Cronos. La magnificence de la création. Le règne de Zeus est-il advenu ? Notre temps se fera trahir par son épouse. Quelle est l'épouse de notre temps? Rhéa n'est pas grand chose, finalement, mais détermine tout. Elle enfante, sauve. C'est une sauveuse de la descendance. Elle sauve la future liberté. Notre temps va être trahie par ce qu'il enfante, et ce qu'il aura enfanté serait, peut-être, une perception avant et arrière, haut bas centre attachés à cœur de vie, fouet, perte joyeuse sacrifice et joie, - j’ai la main qui me caresse le torse.
« Une lame de liberté. _Arrache le ciel. _Une lame de liberté. _Arrache le ciel.
Il y a certaines virgules qui sont placées comme des manques d'assurance de l'auteur. Des points c’est tout ; mais des points-virgules. Ventiler le désert des vaincus, un point c’est tout. Tel serait le désir de vaincus eux-mêmes ; parole de vaincu !
La guerre contre les Titans et les Géants est-elle passée ? Typhoeus est-il passé, ou bien sommes-nous en train de le combattre? J’achète cinq melons, trois pamplemousses, trois oranges, cinq kiwis, cinq citrons, trois carottes, deux tomates. Je mixe le tout et à fond je suis ivre, plein, joie, feu azur, fruit tout mûr et gargouillé. Qu’ai-je à faire à terre, parole de régénérescence – saleté, la parole est un fruit, à traverser, comme il se traverse, plein de vers et de mouches juteuses. J’ai écrit sur les mouches, elles me portent à n’être jamais, à une sorte de lucidité tirée des cryptes et cent soleils en un seul, derrière le cheval isolé, marchant dans le foin et la merde, attaché dans l’intérieur, les fils rouillés, anenfantés, tordus, frappés, le bois sec, le Jura désireux, quatre falaises, pas de chute, de la danse, brève, crétins de l’urbanisme, à moi la lumière délire un pas que je ne maîtrise pas : peut-être fut-ce le dernier jour de ma vie de mort. C’était il y a quatre ans, quatre et long temps, ma petite éternité, ma petite paquet d’éternité.
De l'absence de la notoriété. Rien de ce qui est de notoriété n'est cependant notoire. La notoriété est partout la notoriété est nulle part. On ne la trouve pas. On la cherche. Cette recherche est devenue notoire, et notoriété. Enfumés, sommes. Oublié : pour trouver il faut ne pas chercher, on se le rappelle et creuse indéfiniment. Route indéfinie, fière, fausseté, bienheureuse, passage ludique animal raté, bêtise, creux, vase creux, creux, creux…
Naissance de la citation "d'auteur" : Pascal, Pensée 18 bis-745 "La manière d'écrire d'Epictète, de Montaigne et de Salomon de Tulie est la plus d'usage (...) et qui se fait le plus citer ..."
Ca peut être mauvais signe quand je commence à me dire tu.
Mes journées s'écoulent comme des bougies immatérielles : elles trépassent sans que jamais rien d'elles ne soit visible. Deux, trois – passage -, vibre, zéro, deux, trois…
Vivre ! - Ne suis pas mort ! Aime être ! Ne suis pas mort ! Vie est trop puissante ! Être un corps exceptionnel ! Poésie ! Corps exceptionnel ! Tout corps un corps exceptionnel ! Tout corps est une chimie joyeuse… Réinvente la fraîcheur ! c’est acté
Peut-on être encore un bandit, un voyou, de grand chemin comme on le pense ? La misère est bourgeoise, et tout bandit est devenu un bref bourgeois. Qu’il tue, qu’il pende, qu’il revienne, que la vie lutte à nouveau.
Aspirons au souffle de l’avenir. Sommes esprits libres. Meurs de liberté, joyeux heureux, c’est la cloche des rois qui me tombe dessus.
J’ai trop de passion pour me survivre.
Seras-tu plus sincère que dans ces mots ? J’écris pour ne pas me suicider. Tu travailles dans l’erreur, tu seras sans bonheur mais tu aimeras et seras aimé. Pourrir, cadavre. Je suis plus fort que la mort et ses contre-énergies actives. Tu ne méprises rien. Tu te dois de tout hausser. Je suis la vie. Je suis là. Être, vie. Tous les saluts eschatologiques et la réalité chrétienne : hurle plus fort, je suis plus, et ma vie est nouvelle, que je perdrai. Ma vie est nouvelle, la nécessité d’une population née d’un hasard tonnant… Voit-on comme tout est devenu bleu ? Voit-on que l’anarchie viendra, maigre d’histoire, simple, évidente et sécurité ? Nous, ne le verrons pas, mais elle expulsera le monde actuel dans les poubelles de l’erreur où mille mains travaillent à ne jamais dormir, - je n’ai plus de feu. Cronos craque, Cronos n’est pas un délire, Cronos n’est pas vrai, n’est pas faux, Cronos est craquant
Je sue pour écrire. - L’intégralité psychique viendra. – Ne pas être lâche : aimer sa vie. Être amour, élever, bâtir, vivre et s’inventer immortel. On vient de faire un attentat sur une biographie de Nietzsche. Un bel attentat. Un attentat honnête, enfin ! Il fallait un ami pour l’honnêteté, il fallait un aigle. Mais le pauvre petit canard Nietzsche n’y était pour rien : j’ai juste couché avec et suis tombé amoureux de l’amour de mon ami. La vie est imprévisible, mais à ce point ! Je me suis contredit, j’ai affirmé être une erreur. Ne me fréquentez pas, il est vrai : je suis un danger. Je suis libre, fou, un péril. Cependant, mon corps est tout entier honnête. Ciel volé, dévoration du bleu, j’ai égaré mon intégrité. Je veux être nouveau. Je suis un corps impensé.
N’avoir plus de feu. Entendre les mouettes célébrer le jour naissant, brailler le porc, le chimpanzé, l’éléphant. La basse-court du ciel relève, imagine, veut, dresse, applaudit, n’est pas glorieuse mais est aimable par excès fou. La joie du délire, paresseux. Pas encore les lumières chaudes, mouettes, demain, levée, fraction. Nous sommes devenus libres, et pour ça payons. Le retard humain.
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Penser les dieux, méditer en eux. Ne pas les rappeler. Nul dieu à réinventer.
Que – Le moment augural de la pensée, le plan oblique, et zébré de l’éclair, n’advienne qu’au plein cœur de la course du jour, paraisse et s’emplisse dans le midi et parle d’après midi. L’aurore est trop abandonnée, trop naïve quant aux chaleurs à venir, (et de) le soir (qui) s’attarde furtivement, bâtard, et (de) la nuit (qui) éternise, est fausse éternité, trahison, trahison de l’être, acacia. Nous, nous plongeons dans la mer comme une flèche, plongeons dans la mer comme une flèche tirée derrière le très haut soleil, derrière le pointu, derrière le soleil aigu. Nécessaire verticalité totale, afin que la chute soit la courbe tendue de la justice et la parole bonne, la courbe tendue et la belle parole. Retour.
L’être est réintégré. Il suffit à quelques uns, voire à un seul, de le vivre pour que ça soit (par terre, sur une chaise, … où l’on voudra). La terre, qui ne se meut pas mais est toute mouvoir et mobilité, grande et totale mobilité, a regagné sa noblesse, sa charge de simples vitesses. – Comme matière – matières intégrales -, souffle du seul champ de blé, blé du seul souffle de champ, et son propre troupeau sans déesse ni berger. L’être, haute vie, pleine puissance, l’être comme ses presque images, (est) sa propre circulation d’infini. C’est ici qu’est revenu l’infini, (en) terre comme par-delà chaque terre. Un ciel est toute créature, à venir, échappée, nyxéisée ; et plus aucun étant n’est limité à son corps. Plus aucun étant n’est un corps.
Pascal. - Rien de l’univers n’est cachot. L’unique cachot est en soi, fond de soi. Or, rien de soi n’est en soi, tout fond est faîte, rien de moi n’est qui ne soit de monde ; vrilles de monde. Ainsi le monde, vrilles de mondes.
Des porteuses d’offrandes sur le tout-est-chemin, déposent l’huile la viande l’encens et le pain, au carrefour où plus rien n’est chemin, au là où il y a cela qu’est le centre de soi.
La nuit qui se retrouve en soi est (le) dehors, l’impossible absolu de là, l’enclos de densité, l’amant de l’immanence. A l’intérieur afond, dans la cave intacte de la chair-cachot, est retrouvé l’absolu, l’impossible dehors, la seule sûreté de l’être. « Epouse-moi » est la clameur de l’être, la nuit sa toute-sécurité, sa seule vérité, sa belle enveloppe absente.
Nous n’avons pas un « œil en trop », mais un corps qui est plus que l’âme et l’entendement. Le corps est l’immanence. Etre corps c’est être ; cette plongée en avant dans l’avant, comme cette lave que l’eau profonde refroidit en pierre simulacre, et qui pourtant ne manque jamais de débordement, d’avenir et de retour, de réification en toute part fissurée, de plein devenir que les très froides morsures arrêtent, stancent, aveugles et invisibles.
Parle, jette, arrache, décoche, acte ne jamais oublier ! Acte que aujourd’hui c’est l’être ! Pars vers le ciel ! Eprouve la chute ! Pars élancé vers le ciel, ramener à terre ta part bleue !
Des flammes entre toutes choses,
des puits en toutes choses,
et l’eau fraîche, la brillance
sous le ciel de noire nuit.
Noire nuit comme plein Feu.
Je n’en peux plus de la « terre », je n’en peux plus de tous les « et », les mal-conjonctions. Je veux l’avec, je veux : de l’ensemble.
Le poétique, l’espace poïétique du poème qu’est la perception propre, est affaire temporelle. - C’est dit. Mais : est exclusivement, comme absolument, affaire temporelle. - Habiter le temps, où le vivre est le voir. La campagne : je campe à la campagne. Je campe au là où le temps s’est arrêté, souffle, fait une pause et le corps comme une plage laisse la marée loin re-tirer la mer, l’extirer, l’a(privatif)tirer.
Le poème, le poétique, est affaire de Feu. Car tout se calcine dans le temps retiré, où l’on n’apporte pas le corps. Où l’on apporte le corps, chaque chose est épaisse, pleine, sa pleine puissance sa force, - l’être hors de toute espèce de dehors, hors la noire béance, amante de l’être, sauvagerie du bois hors de l’enclos, maintien de l’immanence.
Le poème est retour, et le retour y est patience, ralenti, attention, prise du temps comme aussitôt déprise. Non pas réminiscence psychologique. Les images ne sont fournies que par le temps que le corps éprouve, et ces images inventent un monde. Mais en soi-même, le poème comme retour n’est rien d’autre que Feu, conséquence d’un ralenti qui est prise déprise de et du temps.
Etre à la même vitesse que ce qui demeure en deçà du temps. Etre, avant le temps, avant toute forme. En deçà du mur ouvert avançant, dans le temps ralenti.
Passe le cours, des choses, filent toutes choses qu’en rien ne perd notre attention. Avec sa grâce simple, au cœur le poème demeure, malgré la cendre qui le devance. Filent toutes choses et en deçà du mur ouvert avançant, dans le temps ralenti, le poème palpe, plus dense, cet espace où l’on meurt plus vieux, quand par le feu périssent toutes choses.
Paysage d’arriérés. L’arrière-pays de l’arrière-temps.
*
« Je fais acte de solution.
_Et quelle est ta solution ?
_Je fais acte de solution.
_Mais quelle est ta solution ?
_Je fais acte de solution.
Je fais chavirer tous les palais – qui ne se connaît pas rira. Je suis roi dans l’art de répudier le royaume jusqu’à la forme. Vous ne me verrez même pas entrer. Les gardes joueront aux cartes, mon baluchon d’itinérant sera ma cape. On ne m’écoutera pas, car je ne dirai rien, - je n’aurai rien à dire. Puis, lentement, ma rumeur amplifiera, jusqu’à faire céder la reine et renverser le roi. Méprises, méprenez ! Aimer, telle trace minérale qui s’appelle l’humain. L’homme est roi du royaume méprise, et ma part y est belle, trône, mille fleurs bourrées dans la bouche. Je suis le Pape des pauvretés fleuries, et comme je ris… même les mouches baisent ! ces cigognes qui se posent sur mes coudes, Merlin entêté, vingt étourneaux sont comme ma lente bascule vers le ciel. Je m’étonne, je ris du mobile éternel de nuit, - une belle vie pour un roi des pauvres, qui n’a pas d’autre ambition que celle dictée par l’ivresse d’être. Je suis trop simple. J’aimerais ne pas être né cet animal.
Une étoile me baise le corps. C’est assez désorientant, d’autant qu’elle est étoile du soir, sans doute moins vile qu’un Christ aigri, de n’être que du matin, amour satanique, amour satin. Et l’étoile me caresse à présent, sa main surprise de se voir écrite. Son œil me mord – j’ai assez de chance pour être pincé, finalement : on me réveille ! Langue d’étoile, tu souffles frais, et me chauffe.
J’ai vingt-huit ans : je suis en plein dans mon espérance de vie maximale. – Vais-je m’effondrer ? J’ai vingt-huit ans, je suis en plein dans mon espérance de vie maximale : si je ne m’effondre, je serai éternellement cet âge. Suis-je jeune ? ou bien suis-je moi ? Je suis potentiellement immortel, là. « Je » suis une boutade.
Je veux être un événement, une araignée, une femme
La division du travail : voilà la source où résonnent mes mots de haine, s’il faut le dire ainsi, mes mots de haine contre la perte de temps. « Quel est ton travail ? / _Pas un seul.
Il est devenu bon de haïr le travail, cette bêtise, pour bœufs de labour, cet archaïsme de ceux qui ont peur. Le travail est une illusion posée par la peur. Haïr travailler, aimer œuvrer.
Demain, dans cent ans ou dans mille ans, nous en aurons fini d’avec le travail : prenons de l’avance.
Hors de la parole qui de langue est formée, rien n’est qui sache se tenir, tout est disparate. Voilà un beau rôle pour l’assise du poème : faire se tenir ce tout disparate, le donner à voir et le faire oublier.
A qui donc je m’adresse, écrivant ? Plus exactement : à qui donc « je », me, destine ? Vers quelle invisible épaisseur ? Pour quel invisible lecteur, brigand ? Un quelqu’un de géant me brigue que je ne connais pas, que je reconnais pourtant hors de toutes choses, fuyant, mortel, périssable, échoué loin de l’avenir éternel de la présence. Ma propre mort. Je ne m’adresse qu’à la mort, à ma mort, à la mort de pas-moi. Adresse postale : ma pierre tombale.
L’ivresse peut n’être pas chose simple. Il arriverait à Orphée que sa lyre soit mal accordée et que le charme ne fonctionne plus auprès des animaux. Ce charme d’Orphée est celui du poète auprès des mots. « Accorde ta lyre, accorde-la, ou n’avance pied en forêt.
Je n’avancerai jamais casqué. Le monde voit ces frilosités et c’est alors qu’il attaque. Au contraire : avance nu, le front dégagé, abandonne ta confiance, et rien ne se pliera, et tout s’ouvrira, net et droit, comme un os intact et indistinct, foudre, mer, vents, déserts, falaises, tranches de pierres et océans, le corps aura hors de lui-seul la ligne qui ne sait en être une. Le monde est en conséquence de soi.
A cet âge où tu sais qu’un hiver peut te tuer, pourquoi ne pas alors simplement t’expatrier ? Quelle peur plus puissante que celle de la mort te retient ? Vas-t’en
« Pourquoi n’ais-je pas d’ombre ?
_Parce que tu la manges, peut-être…
_Il ne me semble pas être rempli. Je suis sans estomac : où irait-elle ?
_Sans doute l’es-tu.
_Je suis immédiat et clair. Parfois, clairement ivre et de mauvaise haleine et d’un sang qui s’épaissi, et c’est en cela que je ne falsifie pas ma crainte - plainte coupable, je me mords les doigts, et où sont-ils ? - de ce qui se donne à voir lucide. C’est le savoir qu’être une ombre. Ca me trouble tant ! Tu es sans réponse et je ne pose pas de question, je me complais. Sais-tu qu’il y a des personnes à qui il est impossible de dire les choses directement, comme : « j’aime ta présence », à un frère ? Oui, tu parlerais presque comme rien. Vas chier ! Ils se sentent un devoir de réponse, mettent un fardeau où il n’y a rien, s’endettent tandis que nulle créance ne peut avoir lieu parce que je ne suis pas créancier mais ils s’en foutent, tarés. Ils sont responsables pour le vide ; alors ils mal-méditent sans prendre telle l’étoile offerte avec la bonne toise, mal mesurent, car nulle toise n’est prédite ni promise, la seule étoile abolie de l’être : je n’abandonne pas dans l’abandon, je travaille encore des machins. Ils pensent à une plainte lorsqu’il s’agit de joie, toute triste qu’elle est la pauvre, la maigre, la seule.
_Ne vois-tu pas qu’il est peu aisé de parler à une ombre, que l’ombre est une définition de la lumière, est implacablement égoïste et ne te mènera pas à un autre ?
_Rien à foutre du reste, de l’autre. S’il ne vient pas il est nul. Ma question est : suis-je vraiment une ombre ?
_Une parole de la nuit.
_N’y a-t-il pas un soleil s’il est une ombre, ainsi que tu dis que je suis ?
_Une ombre : tournes-toi, tu seras aveugle. Derrière toi brille la lumière du plein-feu. Être une ombre ou un aveugle, voilà le choix. Tu veux voir, ah ah ah…
_Alors : je reste moi, et je vois la brillance que toute surface liquide reflète.
_Tu n’es pas.
_Je ne suis pas.
_Dans l’eau, qu’y a-t-il ?
_Le feu et la mémoire d’hier et demain.
_Qu’est-elle cette mémoire ?
_L’étonnement du présent, peut-être. C’est ainsi du moins que je vois moi qui « ne suis pas ».
_Et le feu, qu’est-il ? Que peut-il être dans l’eau, dans l’eau où les flammes s’éteignent ?
_... Un rêve.
_Est-ce le temps ?
_Oui, le temps. Je suis de ceux qui se maquillent devant le miroir.
_Tu n’es qu’un rêve, une obligation d’acteur lorsque tu te tournes dans la lumière aveuglante. Alors délire tout ce que tu peux jouer.
_Derrière ma moustiquaire je suis une adresse, un moi.
_Ombre.
_Une ombre.
_Tu ne sais pas la fermer ! Quelle est ta plainte ?
_Nulle. Je suis la preuve du soleil.
_Et ne feindras jamais de rire. Tu seras bouc émissaire, car c’est ainsi que l’« On » définit l’ombre, c’est ainsi que l’on catalyse toutes les peurs, sur ce qui témoigne du soleil. C’est ainsi que l’« On » se soulage par un repas terrible de tout son aveuglement. Je n’aurai aucune pitié pour toi, toi, qui sais ce que vaut l’affirmation du soleil ; toi mon ombre.
J’ai fait parler mon démon, il a bavardé avec le rire. Je m’arrête là.
Radiations
Un événement m’a happé lorsque j'avais vingt ans. Je ne saurais encore dire de quoi il s'agit. Je ne saurais dire non plus combien de temps cela a duré. Six mois peut-être; mais l'ensemble de l'événement a envahi huit années, et je suis dans cette huitième année, une sorte de terme. Où commence la pensée? Car j'ai le sentiment que c'est cela qui s'est joué durant ce point de six mois et cet océan de huit ans. – Un monstre de culpabilité alourdissant en presque toutes parts mon poids intégral, une âme de jeune chevalier trop léger, des fabrications d’avenirs comme s’il en pleuvait, une consommation suicidaire d'alcool, puis... Je ne sais plus. Je me suis retrouvé à habiter dans le point de rupture de mon corps. De cette période de mes vingt ans, de grande solitude, paralysé et foudroyé à la seule idée de croiser un regard, pris dans les murs d'un appartement étroit, poussiéreux et pourri d'infiltrations, je conserve plusieurs milliers de pages déchirées de mots illisibles. C'est là que je commençai à écrire non plus pour le seul plaisir magique de l'écriture, mais pour quelque chose qui s'apparente plus à l'idée de survivre, ne pas périr, s'en sortir. Je conserve également un petit cahier, un cahier du pire que chacun qui est trop puissant pour lui possède de quelque manière, pour ma part d’il y a longue temps un livre de brouillon de 100 pages, que j'appelai "cahier bleu", qui commence en date du 7 février 2001 et se termine le 5 mai 2002. J'ai commencé de l'écrire au sortir du plus terrible de ma crise, je parvenais à bouger sans que le mouvement ne soit un possible effondrement vers la foudre; et la première note cite le Zarathoustra de Nietzsche et l'ouverture de Vents de Saint-John Perse. Les notes suivantes sont celles d'un journal d'observations, ainsi que le prélèvement de phrases que j’imprimais et collais au mur : j'y relève l'impression que me fait un bain froid, ou comment d'avoir recouvré un peu le sommeil m'a aidé à ne pas me suicider, des notes très élémentaires a posteriori sur la vision qui, dans le cas où, m'auraient rappelé comment percevoir (c'en était à ce là que je ne savais parfois plus comment percevoir), mais aussi des points météo (« 8 février 2001. 14h15 : Il fait très doux pour l'époque. Cela n'a tout de même pas empêché qu'il grêla ainsi qu'à l'instant; une averse diluvienne de billes blanches. »). Des notes sur ce que j'appelais une science de l'imaginaire (mais je n'avais encore lu ni Bachelard ni Jung), d’autres sur le retrait naturel des critères dès lors qu'un poète (« homme de l'extraversion intérieure », dixit) en est un, (et comme il fut long le temps pour en rencontrer deux, hors mes amis évidents, l’un fin très intense s’appelle Ken l’autre est accueil captant Raphaël), des notes prolongeant Nietzsche et accusant la musique de Wagner d'avoir été en partie responsable de ma maladie (« ces heures interminables que je passais il y a un an à écouter le prélude à l'acte III de Tristan et Iseult, bien que l'inscription en moi d'un héroïsme tragique m'ait permis de tenir en mobilisant toute l'énergie plaintive du Vouloir », dixit), des exutoires (« Rappelle-toi : tu peux toujours partir, disparaître, voyager », « Si une crise te prend : rappelle-toi que c'est encore de la vie »). Ce dernier exutoire apparaît sous différentes formes toutes les deux ou trois pages du cahier bleu (« Ainsi, il me faut vivre cette vie; je dois vivre cette vie qui est la mienne, quel que soit le nombre et la profondeur des gouffres qui la traversent. La vie n'ouvre à rien d'autre qu'à elle-même. »). Sans doute est-ce là que je dois démarrer, pour comprendre ce qu'a été cette période de lutte contre le dia-bolique, ce qui sépare : Rappelle-toi que c'est encore de la vie. A quoi je joins cet autre exutoire : « Ecris, essentiellement : écris. Faire trace : c'est en inscrivant l'être qu’on le devient, c'est devenant que hors de je, suis. Il faut passer par être fou comme être sans fin pour l’entendre le vivre… dixit… » Note n°15 : « S'ignorer et mourir, ou bien aller au bout de soi. Aller au bout de soi c'est se vivre. Alors, la vie devrait revenir. » Glass, The Grid. Pour comprendre plus largement « les raisons », cette Note n°16 : « Sans doute est-il impratiquable d'être passionné au point d’aimer tout vivre. » De petites mottes (« La force n'est que dans l'adversité »; "Promettre c'est ne pas savoir dire oui »; « Autrui est capital, autrui est le bonheur »; « La nécessité est une situation anodine »; « Plus on est au monde, plus on est à soi »; « L'inconscient est la venue de l'efficience »; « L'inconscient c'est tout ce qui me vient dans le dos et que je vois et tout ce qui y finit, l’inconscient c’est le monde » ;etc…). Des conseils que je me donnais pour retrouver ma disposition normale ("Ne pas oublier de sentir et saisir les occasions du rire - être simultané"; "Ne pas oublier que tu n'y peux plus rien, que tu voudrais bien que ce soit autrement"; "Chanter sur de la musique"; "Penser à la vie dont tu as toujours rêvé : une vie simple, une ferme, des chèvres, X, des enfants"; "Travailler des expressions du faciès fort prononcées pour contrevenir à la rigidité musculaire actuelle"; "Ni grand chose ni pas grand chose, juste soi"; "Je suis psychiquement sympathique, et mes fonctions auxiliaires sont la pensée et le sentiment"; etc.) Des propositions déroulées, participant quasi toutes de cette science de l'imaginaire dont je croyais, avant que de découvrir le fond du XIXème siècle romantique puis du XXème thématique, pouvoir peut-être poser les bases et dont l'objet était de témoigner d'une implication interactive concrète et charnelle entre le dehors et le dedans ("Ce qu'il y a de mystérieux dans la nuit, c'est la nuit de l'homme; ce qu'il y a de mystérieux dans le jour, c'est le jour de l'homme; ce qu'il y a de mystérieux dans la rose, c'est la rose de l'homme; ce qu'il y a de mystérieux dans le monde, c'est l'homme"). Des pensées délirantes sur le fait d'être passionnément dans la contradiction de la vie, de vouloir devenir prêtre, sur Dieu, Amour et Vie, etc. Puis cette note dans les dernières pages : "Je ne sais pas de quel hiver je reviens".
Je me retourne sur cette note :« Aller au bout de soi c'est se vivre », et digresse très brièvement.
- Allant donc le sens de cette note, c’est au bout et au fond d’une certaine folie que je me rendais puisque je sentais le péril d’un devenir-fou, celui d’être fait prisonnier par ma vie au lieu d’en être le créateur ou la nécessité.
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Ma curiosité va pour Démocrite, Gorgias et Protagoras plutôt que pour Platon et l’Académie (quoique les mises en situation des sceptiques soient des bijoux du polar aphoristique). Peut-être mon désir tient-il plus de celui du « sophiste » que de celui du « sage ». Erasme, Eloge, III, « Ecartons les sages (…) Si c’est être fou, cela me convient à merveille. Quoi de mieux pour la folie que de claironner elle-même sa gloire et de se chanter elle-même! Qui me dépeindrait plus véridiquement? » (La sophiste folie a payé le sage Erasme pour qu’il fasse son éloge)
Les « sages », ou tout du moins ceux que, par le stylet d'Erasme, la Folie désigne comme tels, sont en effet beaucoup trop empêtrés dans leur ego pour comprendre que l’on puisse traiter de soi sans qu’il s’agisse forcément par-là, d’une part de traiter d’un ego privé (c'est-à-dire privé de toute autre chose que de soi), et d’autre part d’une adoration. En se refusant à faire ouvertement et très simplement leur propre éloge, non seulement ils témoignent d'un manque du sens de l'humour, mais ils semblent démontrer de surcroît qu’ils ne sauraient parler d’eux-mêmes sans que cela ne prenne automatiquement les manières du très long compliment, ou bien à l’inverse, les manières dénégatrices d'une furieuse haine du moi dont Pascal n'est l'incarnation terminale et illustre que par excès d'honnêteté (peut-être Pascal est-il le plus "sophiste" des "sages" : il ne cesse de parler du je, comme s’il avait cet égo sophiste, mais dès que Pascal entre en contact avec l’épaisseur charnelle de la vie (dès que Pascal devient un « moi ») il est dans l’effroi de la nuit. Pascal est une crucifixion, une adoration qui en implique une autre contradictoire et crue.) Pascal est un sophiste qu’affectent les sages, ou bien un sage qu’affectent les sophistes ? C’est en tout cas la sagesse qui le submerge.
Peut-être sont-ce ceux-là à avoir écrit sur eux-mêmes qui furent les moins égoïstes – ils leur fallait une considération de leur personne très simple et sans enflure pour qu’écrire à leur propre sujet ait toujours été l'occasion d’écrire autrement bien à la place d'un certain "ailleurs" auquel il n'est autrement pas possible de donner la parole.
Ce n’est pas du tout ce qu’objectivement on apparaît dans le monde, que l’on écrit. C’est ce qui apparaît objectivement du monde en nous.
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C'est presque devenu chez moi un automatisme que de dire de mon "problème" qu'il a commencé par un excès expérimental de l'alcool. Il est vrai que vers l'année 2000 je travaillais à l'écriture d'un texte intitulé Fruit de mer, initialement en référence au blanc fruits de mer, que toute personne ayant déjà abusé de vin a fatalement dû rencontrer au cours de ses nuits; vin blanc merveilleusement sec et fruité, et parfait pour accompagner huîtres et crustacés, selon l'étiquette. Mais j’en vins très vite à faire basculer ce sens du titre dans un alter ego mythique : le « fruit de mer » comme être dont la maturation est faite au sein de la mer, métaphore d’un néant « oriental », qui n’est rien sauf le vide, et ce vide l’infinité des mondes. Fruit de mer devint le récit qui allait concentrer la plus importante part de mon temps durant six années qui ne se terminaient pas. L'effet confusionnel de l'alcool y avait un rôle clé, et je voulais que le style même de l'écriture reproduisit cet état. Ce confusionnel, cette mise en fusion des éléments entre eux, devait aller crescendo, depuis le dépars du protagoniste invité par ses seuls souvenirs insignes à rejoindre son "ami" pour une "fête", puis l'arrivée chez cet ami et l'accélération en une cinquantaine de pages de la multiplication des personnages et éléments géométriques – un mandala - et des différences et incohérences scéniques et atmosphériques, jusqu'à une limite paroxystique à laquelle succédait un effondrement enténébré (fissuration totale de l'île au sommet de laquelle se tient la maison de l'ami), puis une renaissance (reconstruction très brève et doucement hallucinatoire - dans le matin et la mer devenue terre de sel - du décor initial avec assassina de l'ami reconnu par le protagoniste, à la performation de son prénom, comme son double et son même). Pour écrire Fruit de mer, je devais vivre Fruit de mer. Excès expérimental de l'alcool : c'est ainsi que je pourrais qualifier rétrospectivement ma méthode si c'en fut jamais une. Pour chaque page retravaillée, je devais mettre mon corps en l'état de tel moment du récit. Il y avait deux cent pages, dont une centaine était ivre (les interactions des mots me semblaient faire délirer la feuille de papier elle-même), et une trentaine littéralement dissoute d'excès. A mesure que j'écrivais et réécrivais ces pages, je devenais mon livre. J’en devenais tous les personnages, tous les intervenants, humains, animaux, végétaux, géologiques, météorologiques. Mais avant tout j'en devenais le mouvement même, ou plutôt : l'écriture nourrissait, accélérait, actait mon propre mouvement. Mouvement qui, au départ, était une trame à l'avenir à peu près tout à fait imprévu et seulement constituée par les lignes insaisissables et non connectées qui liaient diverses prises en note d'impressions perceptives, et que je sentais avec plaisir et désir pouvoir faire se rejoindre, trame qui avançait à mesure qu'avançait la seule chose que je savais : le protagoniste va chez son ami. Progressant dans cet imaginaire immédiat car sans plan, il me fallait construire un appartement, que je savais devoir être celui qui se retrouverait à la dernière page du livre bien que les espaces aient différé tout au long du récit, et pour accentuer le trait : que la phrase et la situation d'ouverture soit un à-l'envers de la situation et de la phrase terminales. Je devais construire un appartement destiné à être quitté comme on secoue la jambe pour se libérer d'un animal trop collant, et en même temps décrire par la manière d'élipses poético-littéraires (je ne suis pas capable de "roman") fascinées et obsédantes ce qu'est une crise convulsive, et nommer cela : la Ville. Puis je devais sortir - c'est-à-dire : fuir après que l'animal trop collant m'ait enfin lâché la jambe. Fuir et m'arrêter tout de même sur la solarité épique de la géométrie urbaine. Puis quitter la ville en voiture, par la voie périphérique, d'où la campagne à l'horizon paraissait étrangement familière par ses colorations citadines : du bleu gris-bleu, du vert gris-vert, du jaune jaune-gris, etc. Et rouler, et passer de la musique, Wagner ou bien Tom Waits, et être soudain surpris par la confidence entre la musique – elles se confient à nous comme nos propres secrets de vie - et la nature environnante (chaosmos), tandis que le jour tombe. etc... Cette trame se faisait, selon les artifices évidents de la nature, parce qu'elle n'était rien d'autre que moi en tant que mouvement d'alors. Cet écrire je l’étais, cet écrire indéterminé par aucun avenir, en le faisant être sur papier, me dévoilais dans les secrets de mon devenir. Là vers où part tout écrire est aussi là vers où part l’écrivant dans son corps et sa vie, et sa vie n’a plus vraiment de terreurs nouvelles, car il les a déjà toutes été et ses frontières sont communes à celles du néant.
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Radiations
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Le devenir n'étant, par essence, pas advenu on ne peut proprement savoir que l’on est tel devenir ni même quel devenir on a été si l’on tient compte de l’infinité de devenir-avenir possibles, que les rapports de forces ont déjà réglé pour la sélection.
Face à un gouffre, et poussé par un vent fort, on va dans le vide. Et tout se joue là. Suspendu dans le vide, il faut développer l’art de ne laisser dans ce vide que ce qui de notre puissance essentielle est plus puissant que nous.
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Mon projet d'écriture était un épiphénomène - je me métamorphosais de manière très brusque et violente, et mes épais blocs de feuilles étaient mon grappin pour la réalité. Je me suis ab-usé dans cette écriture durant trois années, après quoi je mis de côté ce qui devenait le recueil d’un abattoir. A quatre-vingt dix pour cent j'étais une matière interne en incubation (ce qui par ailleurs me fit très concrètement expérimenter quelques formules de Artaud et celle de Merleau-Ponty, dont je n‘ai pas la référence sous les yeux, selon laquelle : le « je » central est rien), et tout cet intérieur où je macérais était un fluide rouge et noir, sans courants ni issues. Je rédigeai mon mémoire de maîtrise. Mais très vite j'en revins à Fruit de mer. Je rédigeai mon mémoire de DEA. Mais très vite j'en revins à Fruit de mer, dont je sectionnai le coeur, c’est-à-dire la partie la plus rouge, la plus démente, en même temps que la plus noire et dense (exposition à la nuit), pour l’insérer comme une mise en abîme au centre d’un travail d’inspiration bien plus lumineuse : La Polyphonie d’une abeille. Quelques semaines plus tard, après insertion de Fruit de mer dans cette estivale Polyphonie d’une abeille, cette dernière devenait : Cyclone gris incarnat, qui se termine par le suicide du protagoniste. Bref, j’avais le corps comme une douche de bacchantes lascives et lassées, dans les ruines froides en forêts d’un bain détruit, à cent lieues de mon esprit. Car mon esprit n’a jamais été voué à cela. On doit empreinter ces voies où l’on prépare la terre pour les cultures à venir. Artaud : « l’homme vraiment cultivé porte son esprit dans son corps ».
Donc, c’est presque devenu chez moi un automatisme que de dire de mon "problème" qu'il a commencé par un excès expérimental de l'alcool. Mais à la vérité, c'était d'une toute autre chose dont il était question, et cette chose était : renaître, me métamorphoser. Je sentais profondément ce que je conçois maintenant, que ce qui pouvait de prime abord ressembler à une autodestruction égomortifère consistait en vérité avant tout en une destruction de toutes les peaux lourdes des poids millénaires qui pèsent sur la liberté de l'esprit et corps. On ne peut devenir liberté sans, à la lettre, se décharner jusqu'au squelette, sans élaguer les couches indéfinies de la bêtise et atteindre l'os blanc, éclatant et sec des vents de haute montagne. Toutes les apocalypses nous font, à la lettre, gravir les marches du temple d'Ephèse sous le ciel des nuits grecques, voyager avec Alexandre, voir l'Inde, j’étais en Allemagne, et j'étais communard, et sur les bords du lac de Triebschen, et survoler le pas de Paul sur la route de Damas, et danser la carmagnole place de Grève, je suis mort en chambre à gaz, rencontré les patriarches d'Antioche et de Constantinople, et César en campagne, et Giordano Bruno et Descartes, avoir même habité, en plus d'à Parnasse et Stalingrad en guerre, dans le bleu du vingt-troisième siècle... : digérer, évacuer, toute la monstrueuse intégralité historiale et personnelle du monde humain passé jusqu'à ne plus se sentir être que la discrétion d’un point de fraîcheur dans la circulation infinie des points de fraîcheur – être une aurore qui ne s’installera plus jamais.
L'année précédent cette mise en pièce des peaux et mise à nue, l'environnement qui m'offrait de me déshabiller l'esprit, auquel je répondais avec naturel et innocence par une large joie à devenir de nouveaux mondes :
A la naissance, j'écoutais à pleines heures le Vaisseau fantôme de Wagner, introduction à l'épopée de l'homme qui tient en mer, qui tient dans la mer conquérante, sans avenir et sans fin. Le bleu profond de la mer soulevée à la nuit, comme une offrande élémentaire dans la nécessité, noire d'étoiles, de tout cet absolument vide qui fait le cristal.
J'habitais également un univers en partie conjoint du précédent, dont une image simple peut faire le rappel. Dans ma chambre, posée au fond ma lampe de bureau, dans le coin dos au mur. L'éclairage de la lampe très concentré. De la fumée de cigarette monte. A ma droite une bouteille de ce qui est sans doute du pastis. A ma gauche une feuille arrachée collée au mur. Quatre noms sont inscrits et reliés par flèches et courtes annotations. Les quatre noms sont Homère, Beethoven, Wagner, Nietzsche. Je ne sais pas pourquoi cette image plutôt qu'une autre reste si facilement en moi et me revient avec le naturel d'un chat. Mais elle suffit pour à peu près voir. A la naissance, je lisais et vivais dans le monde d'Homère, des Présocratiques, univers chaosmique auquel j'appliquais le monde « musichistorial » de Beethoven, dont la musique s'applique à toute l'Histoire ; Wagner, le pur sérieux et le plus obscur de Don Quichotte ; et Rossini, tout ce qu'il y a de plus joyeux dans l'adversaire, le devenir joie vive de l'altérité. C'était un monde à deux dimensions archéologiques dans l'environnement, dont l'une était distribuée par trois, deux dimensions archéologiques que triplait le bain passionné dans la reformation psychophysiologique du monde par Nietzsche, et la transfiguration dionysienne et joyeuse du monde en Vie psychophysiologique de l'éternelle nécessité. Je fumais un joint, je buvais un verre, j'écoutais l'Entrée des Dieux au Walhalla et rêvais de la Grèce, quelques pages d'Homère, d'Eschyle ou Sophocle (rien d'Euripide, que je ne connaissais que par La Naissance de la tragédie.) J'étais également en pleine découverte de l'univers que Heidegger ouvrait en moi; Homère, les présocratiques, Beethoven, Wagner et Nietzsche ont leurs compagnons lieurs dans la béance historiale. Dieu, comme ils sont d’un nombre, d’une liberté, et d’une efficacité infinis ces compagnons lieurs !...
A la naissance, j'habitais une cabane de bois suffisamment confortable, que les lambris d'intérieur rendaient chaleureuse à la lumière abattue de la lampe. J'étais tranquillement ivre, je jouais en même temps dans le ciel, et les temples grecs et la mer forte étaient comme des métamorphoses de ma cabane de bois.
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Je passe, ça ne m'intéresse plus de poursuivre dans l'angle de recherche de ces dernières pages. Peut-être y reviendrais-je plus tard, lorsque j'aurai cerné les sphères de mise à nu pour ces deux années. Ce que je peux encore dire pour cette période c'est qu'elle me paraît déréalisée mais je la sens en permanence prête à tout réhabiter, ce qu’elle ne peut plus, en l’état actuel. Ensuite, si l’on tient, résiste, c'est pour pouvoir se dire, sorti de l’hiver : j'ai survécu. Et dans "j'ai survécu" c'est peut-être plus l'emploi du passé qui importe : présentement survivre dans l’espoir d’en faire un passé. Il y a dans ce que notre corps est une intuition instinctive fondamentale de la métamorphose qui, lorsque notre être touche à ses limites vitales, concentre en un seul appel tous les extrêmes : faire, pour que le temps passe, et que demain arrive, ou bien faire, pour que plus rien n’arrive, mais faire, faire notre possible.
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Voilà longtemps qu’une disposition peu avouable de ma personne me trouble. Je me trouve en effet bien démuni par la résonance que prend dans le monde ma réponse à la question « Que veux-tu faire? », ma réponse étant : « rien ». Pour faire comprendre ce que cette réponse signifie, peut-être pourrais-je utiliser une pirouette pleine de sens : rien faire, c’est-à-dire non pas que je ne veuille rien; tout à l’inverse : je veux le faire! - Or, dans « le monde », sur la place publique, ce mot « rien » amène avec lui toute la résonance chromatique de la nuit vide et noire, quand pour moi, comme proprement rien n’est rien, le mot s’annule de lui-même et libère à l’avant de toute parole l’infini des couleurs et des formes du monde intégral. Proprement, je dis « rien » pour dire « tout » ; mais puisque par « tout » chacun entends d’abord toutes les choses lorsque je n’entends rien de moins qu’absolument tout, sans même, et surtout, sans l’idéalité du Tout, seule l’imperfection radicale du mot rien peut confondre la largesse sans borne des respirations de vie claire. De cette même manière suis-je un paresseux hyperactif : car que ma paresse est intense lorsque je ne fais rien… En effet, lorsque je ne fais rien, je vis, absolument, et me gagne la joie. Or la joie met tout en œuvre : et quel travailleur ardent je suis alors.
L’idée de travail est pervertie, la preuve en est qu’il faille expliquer aimer ne rien faire !
Au reste, s’il m’arrivait, presque rougissant et par avance épuisé car j‘aurais sans doute alors à m‘en expliquer, d’avouer vouloir faire rien, ce serait pour ne pas dire : « je veux écrire ». En effet, lorsque j’étais enfant puis adolescent je pouvais dire « je veux écrire ». A présent il paraîtrait un peu tardif de vouloir écrire, « vouloir » donc de « ne pas ». Or, j’écris, mais ne fais rien pour être édité. Ecrivant et ne cherchant pas à être édité (comme si l’édition était l’accomplissement naturel, téléologique de l’écriture… Il convient mieux de prendre le temps), je parais alors aussitôt ne pas faire, sinon quoique ce soit, à tout le moins grand chose. Aussi préfèrerais-je d’emblée dire ne faire rien, quitte à être mal entendu. Cela dit, ce qui m’interpelle là-dedans est surtout qu’aspirer à écrire fasse si bon alliage avec l’aspiration à faire rien, ainsi que j’ai proposé d’entendre ce mot. Sans doute chez tout inspiré y a-t-il cette perception visionnaire du temps libre, les divinités de Cronos. Les inspirés sont l’armée de Cronos.
Hormis une brève vocation de vétérinaire, vers l’âge de huit ou neuf ans, qui, comme chez tout enfant de cet âge, n’avait sans doute pas d’autre raison d’être que le développement de mon empathie, hormis également le désir pour le coup profond et heureux de vendre des fromages ou du pain dans une camionnette cheminant les campagnes, hormis ça je crois me souvenir avoir aspiré dès l’école primaire à être dans ce monde complètement magique et attirant des mots « poètes », « philosophes », « écrivains », « politiques », ce qui était tout sauf une ambition de carrière, bien plutôt une sorte d’évidence naïve et désarçonnant (désarçonnant car sans être cancre j’étais tout à fait médiocre voire en retard sur mes camardes, et je ne lisais point ni n‘avais le goût de lire. En revanche, j‘avais le goût des livres, ce qui est tout à fait autre chose).
Ecrire et faire rien. Écrire : repousser ce qui vole le temps.
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L’étonnant mot Lyre
La vie d'un être humain tourne autour d'une lyre.
Pourquoi la vie a-t-elle inventé un accordeur pour la lyre? Un humain accorde les lyres.
Lorsque l'homme a pour la première fois ouvert les yeux et trouvé cette lyre, son premier geste fut pour aller en jouer.
Comprenant que les sons pouvaient être réaccordés il se mit au travail et presque tous oublièrent de jouer de la lyre.
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Je suis pleinement croyant dès lors que je ne pense plus
Détachement (provisoire)
Exister c’est être détaché de l’ordre. Sans le détachement l’ordre n’est pas.
Par détachement j’entends ce qui est franchi. J’entends le préfixe équivoque dé- comme initialement privatif (une fois le privatif entendu, dé- peut être intellectualisé comme négatif). « Exister c’est être détaché de l’ordre. Sans le détachement l’ordre n’est pas. » Ici, dé- apparaît clairement comme un enlèvement : on enlève de l’ordre l’être comme tâche de l’ordre-qui-n‘est-pas-sans-le-détachement. Détaché vers « de l’autre » que la tache de l’ordre dont on se détache. Détaché vers la tache d’un ordre autre que celui qui n’est pas sans ce détachement.
La tâche de l’ordre-qui-n’est-pas-sans-le-détachement est de détacher - ce qui explique qu’il ne soit rien sans le détachement. Et comme, n’étant rien sans le détachement, tout est, par suite, détachement : l’ordre perdure à n’être rien. L’en-soi de l’ordre c’est son autre.
Rien n’existe ni ne se saisit qui ne soit détaché de l’ordre. L’ordre ne peut être saisit que par le dés-ordre, qui est toute réalité.
Le dés-ordre n’est pas absence d’ordre, mais le pouvoir-être de l’ordre.
Par détachement j’entends cela qui est franchi, dans l’acception d’un substantiel, c‘est-dire, à la lettre : un libéré.
Par détachement j'entends un libéré. Mais, selon les caractères de « l'ordre » : un libéré de nulle geôle, un libéré de rien.
Affranchi. - Par affranchi beaucoup ont entendu sans trop le voir : ce qui a payé et paye sa liberté - et par ce paiement, par cette dette, l’affranchissement comme l‘autre ordre. Par affranchi j’entends : cela qui s’est libéré de ce qui dans un premier temps l’avait déjà libéré.
Par détachement affranchi j’entends la liberté.
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Le philosophe : Narcissique explorateur de ce point du narcissisme où il n’y a pas de différence entre le monde et moi. Histoire de la philosophie : histoire de l’exploration de ce point de narcissisme où il n’y a pas différence entre le monde et moi. Monothéisme : narcissisme radical éminent. Moyen-âge : monothéisme pratique. Point de rupture - Descartes : il y a une différence telle qu’il n’y a plus de monde (il n‘y a que ce que je ne suis pas). Stade d’inversion - Kant et l’idéalisme : il n’y a plus du monde que moi. Culmination - Nietzsche : perception et libération du stade narcissique.
Dieu : l’absence dans le reflet. (Lorsque « je » m’adresse à Dieu « je » m’adresse à l’absence du monde en moi; Dieu est, mais Il est une absence de monde que je porte en moi). L’athée - celui qui n’a nullement besoin de Dieu ou pour qui la question de Dieu ne se pose même pas : le moi est complet, le moi est plein, le moi est entier.
Se traverser, passer. Je passe, je me traverse…
Un artiste sait que tout est radicalement unique. Aussi l’artiste n'imite pas il crée, et l'on ne crée que ce qui ne préexiste pas.
Retirez à un peintre la couleur, la vue, les mains, les pieds et la parole... Vous obtiendrez ce que l'on nomme un fou... Un fou, c'est un peintre sans couleur, vue, mains, pieds, parole. Retirez-lui la musique et il meurt.
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2 octobre - 6h00 a;m.
Mettons, quelqu'un m'interpelle. Dans le même temps que cette interpellation existe elle se néantise pour elle-même : elle devient quelque chose pour-moi (et pour tout ce qui faisait l'environnement de l'instant de cette interpellation - l'instant comme espace-temps d'ingression, et toute chose n’est pas autrement que comme un tel instant), mais l'interpellation comme instant s'est transformée aussitôt, ou pour le dire plus justement s'est transformée dans le même temps qui fut celui de son existence (au sens phénoménologique d‘ek-sistance : ce qui apparaît). Dans le même temps qui fut celui de son existence l'instant passe au néant et (« et » pour « car ») devient autre. C'est-à-dire : l'instant n'a jamais été autrement que sous la forme d’un devenir apparaissant par néantisation (détachement de sa possibilité ontique, et cette possibilité ontique n‘est pas autre chose que sa nullité comme en-soi, comme être en substance), l'instant n'a jamais été autrement que sous la forme d'une pleine ingression de son être donc sous la forme d‘un devenir radical. Ce qu'est l'instant, c'est sa disparition par ingression désintégrale-intégrale dans son champ d'action, et sa disparition par ingression est strictement devenir.
Cette notion de l'ingression que l'on retrouve chez Whitehead, c'est la version positive de ce que j'entendais faire comprendre par la notion provisoire de détachement de l'ordre, ou de dés-ordre. L'essentiel étant, pour la notion que je propose comme pour celle proposée par Whitehead, de rendre compte de la réalité comme d'un devenir radicalement vidé de tout substantialisme et de faire de ce devenir une activité productive incessante et, pour ainsi dire, divinement infernale par sa vitesse d'existences, c'est-à-dire par sa vitesse de manifestations sans repos d'altérisations et de réidentifications fuyantes. Pour ma part j'ai insisté en somme sur cette proposition : que sans le désordre l'ordre n'est rien, que l'ordre n'est rien sans ce qui s'en écarte, sans ce qui s'en détache. C'est la disparition intégrale d'un instant par son ingression intégrale qui fait la "chose" instant. Le principe d'apparition d'une chose est sa disparition. Une chose qui disparaît est une chose qui devient; ou, pour le dire positivement : une chose qui apparaît est un avenir. En tant qu'une chose est le devenir d'une disparition, et que c'est là son apparition, une chose n'est pas une chose mais un instantané de l‘avenir. L’avenir ne nous paraît lointain que si l’on considère le réel sous l’angle substantialiste des choses. La Nature pur avenir, La Nature pure temporalité de l’avenir dont l'espace est en quelque sorte la différence négative constituée par l‘avenir qui s‘est passé. La Nature est toute entière cela qui s'écarte de la spatialité tout en ne cessant pas d'en constituer à l'infini la béance que seul fonde le sans-fond. La Nature est tout entière propagation sans fin hors du vide qui fait ordre. La Nature est tout entière un feu de dés-ordre qui n'est pas absence d'ordre mais distinction. Rien ne peut être saisi selon l'esprit de l'ordre qui n'apparaisse déjà ailleurs. Mais alors, demandera-t-on : comment se fait-il que la Nature soit et paraisse, et comment la Nature tient-elle et n’est-elle pas déjà « consumée »? Pour la première partie de la question : il n’y a pas de premier instant, tout instant est le devenir d’un autre; et, sur le plan de l’ordre : l’ordre duquel tel x est un détachement est tout le reste détaché; la Nature ne fonctionne absolument qu’avec elle-même, et un détachement ou une ingression est une différenciation absolue et radicale d’avec tout le reste ainsi que tout est différenciation absolue et radicale d’avec tout. Cette solidarité foncière de tous les détachement d’une Nature rigoureusement immanente fait que la Nature existe et s‘affirme. Pour ce qui est de la réponse à la seconde objection : la Nature est fonction d’une démultiplication temporelle infinie attardant sa fulguration. Pour en faciliter la compréhension, je développerai ce point en désignant les instants ingressifs sous le terme de « force ».
Plan :
Relativité com-préhensive des organisations de force commensurables. Immanentisme. Disposition initiale des forces. Forces actives et forces réactives. Mise en champs de l'univers : schématisation des forces. Macro-organisations fuyantes et monde comme champ de relativité. Re-ligion temporale des macro-organisation : relativité com-préhensive des organisations de force commensurables.
Des valeurs comme déterminations fonctions du champ actif ou réactif des forces. Le quantitatif et le qualitatif : le qualitatif comme épaisseur proprioceptive d'un champ de force organisé selon la dominante active ou la dominante réactive.
*
Il y a
Cent, ou vingt, ou bien plusieurs centaines de milliers,
Qui voyagent sans ombre
On a tous bien mangé,
C’était à peu de choses près le sens
Notre fraternité va désormais être ruinée par les plus gros mangeurs…
"Toi qui par-dessus tous n'a que de la haine pour moi, je te surprendrai et tu parleras glorieusement de la haine."
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"Jeunesse" à "Pan" :
"Partir de secousses incontrôlables, d'un délire très simple, d'un joli bordel, et laisser dans la secousse venir le délire total de la paix, l'équilibre relatif des forces. C'est ainsi qu'on s'exprime, je crois, le plus souvent.
Néant, noir au-devant de toute blancheur
Généreux que je suis
La forme comprise
Soi, néant
Herbe néant. Quartz néant. Neige néant
Entre tout être-comme-à-son-être-propre
Je ne suis proprement anion, et il ne m'est proprement
Qu'il ne me-soit-proprement c'est le néant, que je ne lui-soit-proprement c'est le néant, que l'on ne se-soit-proprement...
Et chaque être est, et entre chaque c'est le néant, l'infini qui nous fait être l'un l'autre sans que nous soyons en propre à la fois en un même l'un et l'autre
(Mais nous sommes ce "proprement" et ce "proprement" est lieur de tous les ciels, de tous les êtres; ainsi "même" est attribut de "proprement"; l'être de l'être c'est peut-être bien ça : que nous soyons dans un même proprement, et ce même proprement que nous sommes, est l'ontique, est l'ontologie de l'ontique.)
Un aubergiste entrebâille sa porte au milieu de la nuit et porte à mon visage la flamme finissante d'un lumignon, - ce qui discerne c'est le néant, se sentir être c'est sentir de l'infinie intégralité l'intégralité infinie que l'on n'est pas, les autres Dieu à l'infini qui nous sont impossibles, l'aveuglante lumière de ce qu’on n’est pas, la réexpédition directe et l'appel total, car il y a le corps, mon corps, la fin de l'infini, l'être total, et la réexpédition directe
Le corps entier est appel; la fumée exhalée par le contact à l'infini néant part au néant, à l'infini, cette fumée a déjà apporté son être et se distribue parmi l'infini. Le moteur de l'appel est la consumation.
Cette consumation, ainsi perçue du dedans, est, dans le néant, générosité pure, vie libérée.
L'appel donne, - l'appel répond, par essence, à d'autres appels.
Cette réponse à d'autres appels est l'essence de sa voix, et le sens de sa parole.
L’heure n’est pas à faire de vieux jours dans ce climat, tout à fait tordu, tout à fait révolutionnaire.
Je suis un monstre je suis fort et violent, le chaos me rend a-forme. Je n’aime pas, j’agis. Je suis une brute et je ne serais plus immortel, telle une brute. Pardon mes amours : je ne suis pas cette amabilité dont je rêve, j’aime trop la franchise de la violence, et l’alcool est une franche violence. Aimez-moi comme je suis ou bien passez-moi à l’as.
Je lis le journal : voilà mon choc physiologique majeur.
Hein, n’est-ce pas : on est certain de soi ou on n’est pas.
L'une des choses les plus douces qui soit est d'être avec les mots en présence de la musique. La musique leur est la vie, vie pulmonaire, audacieuse et bleue, le plaisir est venu de danser! - les mots doivent leur vie à la musique! Et pourtant, combien la musique ruine l’attention directe de la pensée ! Ne rien écrire en écoutant, c’est une bonne parole.
Le néant peut être le masque secret de la joie
Le néant est l'absolu intégral propreprié, corporé, individualisé
Le néant n'est pas un terme mais la porte de l'auberge hors de laquelle on périt, par où passent de nombreux vagabonds venus se nourrir, se reposer, se réchauffer, échanger un mot, parfois se battre (mais on les expulse aussitôt, ou bien par trop de peur on n'intervient pas dans la bataille, même si l'auberge est gâtée), se saouler et chanter entre amis, et repartir...
Le néant borde l'intégralité infinie des éthos
Le néant n'est pas rien ni ce qui n'est pas, le néant est ce que je ne suis pas, et "être" dit pouvoir-être.
Ainsi dire : je n'ai regardé nulle part
Mais cet enfoncement dans la terre
M'apparaît avec la drôle évidence d'un sot retard
Dont sont faits tous les ports détournés de la mer.
"Chiche! Allons-nous écarter les navires?!
C'est ainsi qu'à présent parle hors-ban l'Amiral
Et ça n'est même pas triste, c'est très étonnant! car
La mer n'est plus ennemie mais sa propre célérité sans obstacle. Là où les ports étaient distants, - que je me remémore - j'étais océan et l'orage effrayant, funambule par-dessus le brûlot du néant. - A présent il y a, et c'est là en "y" tout humain. : Une amabilité chatouille pour faire rire et tomber mon équilibre d'or! ma perception physique!
Aucun est, sans majesté, déjà devenu tout de l'avant : plumage de l'eau, vert aquatique bleu végétal, damiers et frégates et girandoles de compodes, mes vitesses et mes contemplations, et mon troupeau sans personne de fulmars émouettés; le monde un paquet sans fin de lamantins arriérés qui remontons à demain : enfin nous sommes sans hier! Enfin notre corps est devenu tout hier et oeuvre déjà à l'avant de ça! Le monde-être-humain est une colombe de l'hémisphère sud.
Mais tout peine à plat et partout ça se plaint au coeur même de l'empire! Des flammes absurdes s'allument aux chevets.
Dansent d'autres, et par millions le matin, brouettés de charbon, d'or et de raisin, de plâtre et de bruine, et de raison heureuse.
Ils sont de nouveaux indigènes, car j'ai quitté ma fenêtre, et ma porte a sauté; mes murs sombr&eac
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Pris au piège de la confiance perdue, « a-trappé »; privé d’attester d’une relation nouvelle à soi-même comme aux choses. Coupable, on est ficelé au passé… - La prison ce n’est rien d’autre, que ce lieu virtuel du temps passé : le lieu où l’on fait demeurer un moment, celui de la faute commise qui, n’ayant plus de réalité actante mais continuant cependant à être, à avoir une vitalité quoique à rebours, nécessite qu’on lui fabrique de toute pièce son espace. La prison c’est l’espace construit dans l’étendue pour recevoir un passé qui n’est plus actant, la contre-partie publique à la survivance interne de nos douleurs passées; la conservation, voire la préservation (comme une réserve ou un parc préserve, comme un Musée conserve, restaure, préserve de ce qu’il y a de fuyant dans le passé), de notre douleur, et de la temporalité comme étant exclusivement : passé. La prison est un espace pur de ressentiment.
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J‘entends ici par « philosophie » la science du temps (ou de l’éternité, ou de l’intemporalité temporelle, ou de l’événementialité éternelle… etc.) Mais pas la science spatiale du temps. Le transfère public de la philosophie réclamerait une certaine spatialisation, et peut-être la philosophie tomberait-elle dans les filets d’une confusion avec l’analyse grammaticale des règles et l’inventaire. La philosophie, avec la mystique et la poésie, tient sa singularité du plein cœur du devenir. Aussi la philosophie est-elle toujours changement. Or l‘analyse ne change rien. Le passage de la philosophie à l‘espace public, c‘est la politique, dans son sens le plus digne. Le passage de la philosophie à la vie, c’est la patience… Fin de note… Je craque, mon crâne se brise. Ca doit être mes problèmes... Je n’ai pas mal, je ne tiens pas la vie.
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Certains ne considèrent autrui qu’au travers d’actes entendus comme des réalisations psychologiques intentionnelles (ou, plus récemment grâce au martèlement de la psychologie et du faussaire Freud, pulsionnelles). Hormis cela autrui ça n’est rien. Si bien que beaucoup de ceux qui habitent dans un tel espace ne comprennent pas grand-chose à la Nature, voire sont hallucinés par elle (ou bien ils y voient à l’évidence l’absence d’intentions psychologiques et donc ne comprennent pas « ce que c’est » ou « ce qui se passe » - ils ne comprennent pas ce qu’ils voient; ou bien, des intentions psychologiques ils en inventent des tonnes ou, pour les meilleurs, des tomes). D’autres en revanche seront passionnés par la Nature. Parce que considérer l’autre comme nous l’avons proposé, c’est bien entendu classifier. On peut dire des « naturalistes » qu’ils sont dans une telle conception du monde.
Ces individus sont individus du jugement, habitant dans le « monde » du jugement. Et ils me fascinent.
Celui qui habite dans le jugement ne perçoit, dans la Nature fourmillante, que les enveloppes, que les coquilles, et de ces enveloppes et coquilles que celles animées d’intentions psychologiques. C’est un peu comme si, suite à une lobotomie, un non possumus cérébral lui empêchait de percevoir autre chose. Il habite un monde qui n’est que d’actes humains, et d’actes qui n’existent réellement que lorsqu’ils manifestent du mot ou du geste distincts en bien ou mal. Celui qui habite le jugement habite le monde exclusivement humain de l’homme, ex nihilo. C’est un peu comme s’il habitait une plate-forme environnée par rien, et sur laquelle ne se tiendrait rien d’autre que des contours flottant de corps intentionnels, seuls au milieu des fabrications humaines - rues, immeubles, jardins, gares, sculptures, monnaies, etc. (fabrications humaines qui ne sont d’ailleurs pas autre chose que la « plate-forme »). En quelque sorte, ils ne conçoivent et n’envisagent la Nature que dans l’angle d’une anthropologie idéale, de telle sorte qu’ils n’y peuvent trouver que de l’humain. - Kant habite un tel monde; sa Critique de la raison pure pourrait être renommée Eclairage de l’humain pur.
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Certains de nos rêves, certains de nos désirs, même et surtout les plus sincères, dès lors qu'on en fait état, peuvent ressortir comme de véritables clichés et prêter à sourire. En ce qui me concerne ces rêves sont pour la plupart faits d'émotivité naïve associée à une condition simple de l'existence. Ils sont tout à fait dénués de démesure (à moins que le voeu de simplicité ne fut outrecuidant au regard du monde hyper-activiste où l'on nous force à prendre le bain). Tout sourire qu'ils soulèvent, ces rêves sont les poumons de notre imaginaire. Ils sont des rhizomes de visions tournées vers le dehors, l'enchantement perpétuel de nos projections vers l'avenir, la meilleure source d'enracinement pour notre volonté dans l'action présente.
Je pense à cela car, j'écoutais les Moody blues, Dust in the wind (nous sommes en août, il est six heures, le soleil n'a pas encore paru mais le ciel rosit) - je me voyais tout à fait, assis dans un rocking-chair, sur le perron d'une maison basse tout de bois, au coeur d'un berceau de montagnes jeunes où coulerait une longue prairie fleurie de cosmos, bordée d’épicéas et de sapins, saisi dans ma chaise par un souffle frais et continu de lumière. J'écouterais justement ce morceau des Moody blues. Mon frère me ferait l'heureuse surprise de sa venue. Nous nous assiérions un temps ensemble pour parler de la lumière et du ciel, puis partirions marcher dans la montagne jusqu'à la tombée du jour.
Si certains de nos rêves peuvent prêter à sourire, leur réalisation a quant à elle un effet autre, qui se pourrait comparer à celui d'une jarre soudainement parue dont nous pourrions partager le contenu, boisson comme une ambroisie qui en termes d'humain serait en quelque façon simple une liqueur de joie. - Je n'ai pas le moindre complexe envers mes désirs et mes rêves; quand bien même ils ne se réaliseraient pas, je peux dire que j'habite déjà si bien en eux et qu'ils habitent si bien en moi que je les suis déjà et qu'ils sont déjà là - sans être l'air que je respire je suis en toute part oxygéné, et cette oxygénation est pour mon corps la plus favorable réalisation de l'air.
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Pour écrire, il m'est un effort incontournable qui est de désapprendre le langage de mes lectures surmâchées. Par exemple : le Néant entendu chez Bergson comme une négativité produite par un acte de la conscience. - J'avais comme mise cette interprétation dans un tiroir, dans l'attente d'une mieux apparentée à mes intuitions personnelles. Mais pendant le laps de temps écoulé entre cette mise au placard de l'idée de Bergson et la compréhension désormais un peu mieux éclairée de ma propre intuition, j'avais pour ainsi dire laissé ouvertes les portes du placard, si bien que sans plus trop savoir comment me débrouiller de ce Bergson dépossédé de lui-même je recherchais l'explicitation de mon intuition du Néant mais avec cette pensée d'un autre assise en moi comme un préalable automatique. Aussi je bloquais, car cette prédisposition bergsonienne de mon esprit m'empêchait l'indisposition nécessaire pour l'évocation propre à mon intuition. - Ce que j'avais mis de côté, je l'avais suivi et m'étais assis dans le placard avec; je n'avais d'autres paroles à la bouche de ma pensée que celles inappropriées de Bergson, et qui plus est malmenées par plusieurs années d'une difficile réclusion en moi.
Ce qui m'est le plus compliqué à décider, voire le plus impossible, est de savoir depuis quel point de vue j'écris : celui du Je, du Nous, du Il, de l'impersonnel... Je m'empêtre à ce sujet dans des complications et des spéculations pas possibles, qui m'épuisent, me désespèrent ou bien me font fortement rire : « je » ne sait pas.
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. J'appelle « Le Monde » la Nature en tant qu'unité totale.
. J'appelle « Nature » l'infinité matérielle.
. J'appelle « monde » un ensemble d'éléments présentant une exclusivité de caractères communs. Un monde n'est jamais une unité totale et définitive (bien que de l'intérieur il puisse paraître ainsi). Un monde est de la Nature; la Nature est une infinité de mondes.
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Aquatique aérien : Anaximandre et note sur L’éternel retour. - Se pourrait-il que la Nature (comme totalité de la circulation de Vie et totalité de la multiplicité infinie des « mondes ») soit une affaire aérienne? Je veux dire : se pourrait-il que la Nature soit en intégralité une affaire de pression entre un nombre infini d'éléments dont l'exclusive tendance « interne » (c’est-à-dire relative aux corps fugitivement organisés par la pression, selon une durée de vie relative à…) serait à la dissipation, laquelle dissipation serait dévoyée par la pression exercée de tous les éléments entre eux? - (Le dévoiement susdit condenserait l'aérien en une substance plus proche de l'aqueux, en quoi résiderait la phase initiale de sédimentation et solidification - individualisation). D'un côté : de la pure pression entre éléments, de l'aérien; de l'autre : une dissipation empêchée, de l'aqueux. - De là : la nappe, le flux de l'être comme devenir.
S'il y a pression, c'est que la Nature est oppressée par un « hors d'elle-même ». Or, s'il n'y a, et c'est ainsi que je l'entends, rien d'autre que la Nature, alors ce qui oppresse la Nature est « rien » (« rien », alors, comme une pression absolue du « dehors »). - Par ce « rien » (théoriquement indéfectible ou bien éternel - ainsi que, par suite, la Nature; à moins que « rien » et Nature s'interpénètrent), qui exerce une pression a priori indéfectible ou bien éternelle sur la Nature, la dissipation des éléments est « en réalité » l'infinie mise en rapport de compositions toujours différentes et singulières (décomposition-recomposition); deux éléments absolument identiques ne peuvent voir le jour dans cette Nature (ils ne le peuvent ni en espace ni en temps - espace et temps qui n'ont d'ailleurs plus grand sens dans une pareille Nature, étant littéralement explosés à la circulation elle-même, qui est seule).
Aucune répétition. - Une répétition ne serait possible que dans un système combinatoire limité en ensembles et dimensions, après l'épuisement total de toutes les combinaisons. Or ces combinaisons étant infinies, n’étant pas des combinaisons mais des rapports d’émergences fugitives toutes distinctes et toutes assimilées à la seule nappe, la répétition ne serait possible qu'après épuisement de l'infini par lui-même, et l'infini ne peut être épuisé tant qu’il demeure tel et limité par lui seul. Mais, - si un tel épuisement se produisait, la répétition en serait une à l'absolu identique. Il s'agirait d'une répétition qui se différencierait par l'identique. Alors, s'agirait-il de la Même Nature? - Il ne s'agirait plus exactement du Même, mais de l'infini s'infinissant plus encore, il s’agirait d’une essence particulière, la persévérance, ou persistance. Quoiqu’il en soit, la répétition à l’identique de l’infini devrait finalement encore plus puissamment témoigner de son infinitude et infinité.
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Production d’un rêve. Pensée ahurissante ! - La parole est initialement du vide, l'absolu vide au dehors de la Nature hors de laquelle il n’est rien (ce rien qu’il y a, et rien est cela que « l’il y a »). Cet absolument vide arrive, par nous (notre corps en est la force), dans le monde et la Nature qui sont tout entière matière, où rien de vide n'a lieu. C'est la pression de ce vide exercée sur la matière qui de ce vide fait de la parole. Dans le langage de Spinoza, - la parole, alors comme expression du vide, est le mode du vide, et ainsi le vide un troisième attribut exprimant l’être humain. Et de quelle autre substance qui le contiendrait proviendrait le vide, c’est-à-dire une liberté absolue, sinon d’une substance absolument libre ? Et que serait-il, étant absolument libre, sinon substance absolument libre ?
Notre mémoire, qui est Nature, matière, impulse à la parole la manière de sa sortie. La juste matérialisation de la parole est fonction d'une volonté de la mémoire qui sait ce qu'elle va dire. Sans ce savoir, toute volonté que l'on ait, cela qui se matérialisera dans le monde sera mal amené, mal avancé, ou même sera n'importe quoi. Si l'essence de la parole est la rencontre du vide absolu porté en soi avec la matière, alors, en nous, nous portons le vide absolu. Or le vide absolu n'est en nulle part dans la Nature. Le vide absolu est le dehors de la Nature, la pression qui maintient la matérialité de la Nature dans sa tension. Nous portons en interne le dehors de la Nature et ne cessons pas de l'y faire habiter ("l'" pour vide ou dehors et "y" pour Nature). Dans la Nature, est un plan qui n'est pas "Naturel" - ce plan c'est l'être humain en tant qu'être de la parole.
Peut-être : - la véritable manière par laquelle le vide absolu a sa place dans la Nature serait l'écriture, qui grave, qui creuse volontairement la Nature. Lorsque on comme nous, écrit, ce qui écrit ce n'est initialement pas notre main mais le vide impulsé. Ce que « je » marque est la Nature vidée. Toute parole est Nature absolument vidée, rendue à son état instable initial, littéralement indésirable pour toute vie sauf pour un être de vie, être humain, car cet être humain est cette passion du vide pénétrant la Nature.
L'homme a gravé, tracé, fait des sillons avant que d’avoir parler. - Cet avoir lui était dû, puisqu’il l’est. - D'une manière l'écriture a précédé la parole. La perception de l'écriture par l'écriveur a fait pousser en lui la parole.
Il faut du courage pour rentrer dans l’histoire en étant seul à le savoir. Ce type de courage (car il y a une typologie du courage) honore, couronne. C’est un courage qui fait les dieux, et sa malle ne manque pas d’orgueil. Suis-je plus fou que ce que je sais ? Qu’est-ce qu’un corps imaginaire et décidé peut faire ? Listons les fous, listons les écrivains : tout d’abord, il s’agit d’un individu qui a le furieux besoin non pas largement de s’exprimer mais simplement de parler. Furieux le besoin, car il ne parle pas mais gueule, il gueule sa folie furieuse, l’ordonne, la tyrannise, lui fait même peur. Il n’est pas « géni », il est un hurleur. Et hurle parce qu’il veut sauver, tout sauver, au prix de sa peau, de son corps. - Kronos dans sa geôle marine. Les écriveurs le sont, les musiciens le rapportent, les peintres le voient.
Parler sans la vision ni les mains est impossible.
Parler vient de la vision d’une main inscrivant un message. Et le fond de la parole est ce message. Quelle fut la première inscription ?
Les signes purs - lettres et chiffres - sont les expressions du vide absolu dans le monde, sa marque.
Alors, l'Histoire... nous raconte comment le vide absolu s'est installé dans le monde. Nous n'habitons pas la terre. Notre Terre véritable est à la frontière de la Nature et du vide. Nous sommes la frontière, nous sommes le passage, l'interface entre les deux absoluités de l'absolu. Il y a en être humain le tracé parfait.
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Des traits de craie noire, d’épaisseur sans fin, et rien, que le ciel bleu autour.
Il est une chose qui me saisit d'un léger effroi - que toute parole comme toute pensée soit prisonnière d’un pourquoi ou du chemin de réponse dans le pourquoi (du parce que). Effroi que toute parole ne soit que du parce que. La linguistique le dirait certainement, que nous ne parlons que dans le ventre du pourquoi et ne formulons que du parce que. Être pris dans l’enveloppe sans limite de ce pourquoi, croire dire affirmatif lors même que je suis dans le point d'interrogation et le point d’interrogation lui-même, énoncer des assertions cousues en toute part dans le mode interrogatif, être impuissant à pouvoir affirmer autre chose que de l'erreur, de l'illusion, de la fiction, de la mystification, de la bêtise et toutes les formes assez surmenées pour ne plus savoir n’être inspirées que par les formes très bien élevées du mensonge : mal-saintes et mal-saint, génies et génies, flétrissures de matière l’Artiste, - rien ne salue une main qui se prétend de toutes et se tend Une pour toutes.
Dans cette impression à peine effrayante, quelque chose est qui me fait l'air de participer d'une zone libre : la négation. Déjouer, dénouer, contrarier, me contredire, tout cela provoque en moi l'heureuse sensation d'une modalité libre malgré la cage interrogative de la parole. Se laisser balader vers le code bardé de bordures et ne jamais dire merde mais en elle ne m’y jamais laisser détenu comme un prétendant, comme un prévenu.
Je me terrifie, tout droit.
Lâches-moi ! Tu ne comprends pas que je ne suis pas moi. Est-ce que tu comprends que je ne suis pas moi, la ramasse pathétique d’un « je » par toi? Je ne suis pas moi mais moi, moi, cela que je m’efforce à paraître en « me » détruisant et « me » faisant n’être pas, c’est moi ! Racine, retrait de force, insoumission, rejet de toute liberté. Je ne suis pas le réfrigérateur de tel avenir, je ne suis pas moi ni je, ni certainement moins encore toi.
_Lui-même il n’est pas ! - éclat de rire de la scène. - Immobilité des spectateurs. – Eclat de rire raté.
« Que je me dise être fou te lamente, t’énerve même. Mais n’entends-tu comme il ne con-vient que rien dans ce que je dis par « fou », une fleur un paquet irradié d’êtres humains. Le fou pense devoir écrire selon l’optique romantique qui était sans orient. Il y a orient. C’est que rien de tous les systèmes joués par l’esprit ne correspond. Le romantisme doit acter son décès, oser le faire. Je suis malgré moi un romantique, c’est-à-dire celui pour qui connaître c’est voir la nuit. C’est une différence totale. C’est une hyper-raison, un délire vital de la raison, un mauvais fleuve mais jamais un manque de la vie. Je peux même strider comme le requin, comme il s’approcherait de moi : rien n’est évidemment moins extérieur à la ruine que les murs traversés de flore et sa fausse présence sécurisante ralentie vers ailleurs. Si tu n’entends rien de cela, mène ta vérité où se guide la réalité comme un plan total, verte mûre comme une lézarde provençale / pardon : une provençale lézarde. Lâcher, n’empêcher pas, volcaniser. Je ne te suivrai pas, je ne suivrai aucune mise : j’ai une mécompréhension terrible et stupide du pari. Ma mise est mienne, seule, et tout en forme de roue, est hors rouge-et-noir. Le ciel me crache dessus. Je remonte leur arracher la salive blême de rêves trop chargée, arracher l’enfant qui - oui ! l’enfant ! Il fallait y venir ! - me crache dessus.
_ Héméra a poussé.
_...Ma parole est retirée. Alors je me dresse une dernière fois et annonce que la foi n’est pas dans la couleur verte mais dans le bleu.
_Couches-toi…
_Je ne peux plus parler, malin, une étoile de piteux bergers t’a faite fière, étoile pauvre des matins, vieille porteuse ratée, satanique matinée de tous les maux. Le monde bataille sans fin dans une exorbitante bêtise. Il faut un mort pour donner une conscience, quelqu’un doit mourir pour amener du changement, pour une nullité.
J'avoue avoir parfois cette faiblesse de ne pas toujours prendre mon temps, c'est-à-dire écrire...
Il y a quelque chose comme un rapt, un vole dans l'écrire... - Je me vole à moi-même - je me vole à moi-même le vide.
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Une personne me faisait part du dépassement de sa voiture, à l'intérieur d'un village et à vive allure, par une autre pleine de « jeunes à casquette ». Nous observâmes que, non content de sa seule assise mythologique chez les seniors, le danger du « conducteur à casquette » prenait désormais en étau l'adulte responsable en se payant également la tête du « jeune ». L’analogie était facile, il ne s’agissait que d’un problème d’époque : les « blousons noirs » ne portaient, généralement, pas de casquette (ou tout du moins autant que fanzi apparut surplombé d’une), c’est tout, et plus avant, on n’était pas assez né à l’époque du fordisme explosant pour conduire à son vieil âge une voiture, et si jamais, il n’y avait pas ces routes lieuses de toutes les villes et tous les villages qui sont à présent. J’admets avoir fait ellipse d’une génération, mais elle est précisément celle des « vieux à casquette ».
Pourquoi cela m’intéresse ? On fait du vieux à casquette un bouc émissaire de la mauvaise conduite, uniquement parce que l’on n’a pas eu encore possibilité temporelle de voir d’autres mal conduire. Or, désormais, c’est possible. Donc : ce n’est pas être vieux à casquette qui fait le mauvais conducteur.
Au reste, je suis dans une incompréhension qui me désole face à cette adrénaline pure de la vitesse, et du concours de vitesse(s, donc). Ainsi les « jeunes à casquettes » sont pour mon compte une sorte d’énigme. Je pense qu’il est mieux intéressant de percevoir les choses qui nous emmerdent comme de joyeuses énigmes, plutôt qu’en les jugeant et rangeant dans un tiroir parfaitement stéréotypé, quitte à en couper les pieds voire les bras pour que ça rentre.
En toute relativité je ne parlerai sûrement pas de moi. Enfant, et jusqu’à mes 15 ans, j’étais un peu comme cet auto-stoppeur que prennent Duke et son avocat dans Fear and loathing in Las Vegas. Je n’ai pas encore trouvé meilleure comparaison. Puis les rôles se sont doucement inversés, quant aux intentions profondes : je devenais conducteur plutôt que conduit, et je menais un drogué vers un monde d’où la drogue était absente. En somme deux utopies. Je devenais Duke et me regardais à l’arrière, souriant et perdu. Là, j’étais perdu mais au moins je savais que je n’allais nulle part, aussi étais-je devenu droit. Je gardais toujours ma position spectatrice, de celui qui est à l’arrière, mais puisque que mon conducteur était ma propre vie, j’étais, en somme, une caisse hyper cool, toujours méfiante cependant, non pas quant à l’excès mais quant à mes sources d’excès. Certains, comme elle L. n’aiment pas le chant des tourterelles turques. Pour moi c’est le chant de mon enfance heureuse à la campagne. Qui le croira ? : comme une cinquantaine de fois, je me suis à l’instant écorché la main au sang à l’endroit exact d’une longue écorchure faite hier ! Ma première idée de la voiture était que c’est très compliqué, et aussi le sens de l’orientation qu’implique la longueur des distances parcourues grâce à cette vitesse. Ma seconde idée, lorsque je passais mon permis, était que c’est hyper dangereux de conduire. Je ne voyais pas quel motif aurait pu retenir quelque automobiliste timbré de griller un stop ou bien un feu rouge et me rentrer dedans. Toute la législation de la conduite me paraissait complètement factice et irréelle. Ils étaient tous sourds et fous, et moi j’étais fou mais bien gai ! Je conduisais toujours avec préscience, celle guidée par l’idée que quelqu’un pourrait enfreindre la règle. Aussi ma conduite dans la règle était-elle guidée par la compréhension de l’irrégulier, et toute bonne conduite dans la règle en est une presque toute emplie de recompositions relatives à l’irrégularité potentielles, jusqu’à l’indistinction.
Un Futurisme point en nous. Il s’agit de le trouver. Tout est bon à écrire qui paraît nécessaire à écrire. Il m’aurait été facile d’écrire sur mon chien, sur sa vitesse de réaction. Mais ça n’est pas le sujet le bon. Seul : le problème de la vitesse. La vitesse de mon chien haletant, mes doigts larmoyant posés contre sa truffe tandis que le vétérinaire l’extrait de mon odeur rassurante et de sa peur. Ca sera pour un autre jour, quand j’aurai franchi trois chaînes de montagnes, disons. Et mon chien meurt. Je méprise les personnes qui ne font pas l’effort de comprendre les chiens. - Je méprise les personnes qui ne font pas d’effort. Je préfère les tarés du monde animal à ceux qui n’entendent rien d’autre qu’un pas humain quand une branche se casse au milieu de la forêt. Qu’ils portent donc des casquettes et cessent de nous faire chier avec leur terreur d’eux-mêmes : c’est bon, le solipsisme ! On connaît tous Descartes !
*
Je n’ai pas eu de crise d’adolescence (la rébellion du lion). – Donc, sans doute en suis-je une, qui continue d’aller en elle-même comme toute crise veut aller au bout d’elle-même. Nous devrions tous avoir été des enfants qui désormais allons au bout de la crise. Il n’y a pas « d’adulte » après l’enfance, il y a une crise et tout n’est plus que dévalement autant qu’élévation de l’esprit.
Les fous de leur caisse et de la vitesse de leur caisse sont des points d’interrogation de la Vie.
Ne faites pas de moi un ami, je suis un mensonge, un malade, une honte, je n’atteindrai jamais tous les corps, seule la vie : elle est seule.
La vie est généreuse. J’ai de la chance. - Presque toutes les personnes que jusqu’alors j’ai rencontrées et qui sont devenues mes amis envisageaient toutes cette multiplication des lignes et des angles, cette ombre en puissance derrière l’apparence et les cordes lumineuses qui happent le présent jeunes et fraîches de ténèbres fécondent l’avenir. On ne se défait pas de cette envergure, on baise, parce que ça donne le beau, et le rire, et parole à l’esprit. Cette envergure, je baise, je suis un gland, participe de l’être intégral, et ce que l’esprit enclenche dans l’être intégral ne s’arrête jamais, revient périodiquement, sous quelque forme même penchante ou frétillante sur le calvaire d’une idée morte à tous les carrefours des sentes pluvieuses enivrées d’Arbois. Ejacule sur le corps.
Percevoir là où les choses deviennent inutilement trop compliquées, où ça devient vraiment du temps perdu, ou du temps passé à passer le temps dans l’illusion des différences de temps (spatialité – calendrier). Zéro. S'épuiser dans des conflits : rien que ça c’est de la pub. – S’épuiser dans des stéréotypes, tout sauf s’épuiser dans des stéréotypes… Être une caricature, la pire chose.
Il ne suffit pas de tenir – vient un moment où l’on ne tient plus. Alors, ce moment passé, on se relève. Pour se relever il faut tomber. Epouille-moi.
J'étais ami avec presque tout le monde, de manière parfaitement égale et sincère. Ce n’est que le temps des expériences commune, et donc la fabrication d’une communion temporelle, qui intensifie la com-préhension de certains amis, qui l’intensifie au sein de la toile sans fin de l’égale amitié.
De quelle vibration et de quelle corde de la Vie provient l’heureuse égalité-d’être-avec-autrui ? – De celle dont provient l’égalité. Leur lien complexe et ontogénétique est celui de l’empathie, qui est une composition (un corps, soi,…) recomposée à l’égalité de la différence (… autrui…)
C'est très curieux la curiosité. C’est vraiment quand on sent, exactement comme on flaire, le profond dans la surface. Le curieux sait que le profond c’est tout ce qui apparaît à la surface, l’épiphanie des rencontres. La curiosité consiste dans le plaisir à faire la différence mystérieuse et pudique jaillir à la surface, pour le dire à la romantique allemande : les puits devenir fontaines.
L’instinct de connaissance délire par l’anticipation du plaisir qu’il prendra à voir l'éjaculation de l'autre. Autrui comme éjaculation de l'être.
J'entendrai ici sous le terme de "penser" toute la réalité d’ordre mentale. - … Bien, je n’ai rien à dire…
Réveil : un café. Le café est déjà dans le réveil. Dans chacun de mes réveils le café est servi. Mais je n'ai pas dormi. Une bouteille de rhum blanc et une demie de vin rosé - c'est plutôt paisible et lâche. Etrangement, il me faut, alors, prendre un café, manifestant du réveil, pour pouvoir enfin, enfin m'endormir... Je redoute que mes interventions ne soient toutes que très brèves. Or, métal! j'aimerais développer telle idée ou telle autre, mais la vie ne m'en laisse pas le temps, justement : ne m‘en laisse pas l‘occasion saisie. - / Qu'on ne vienne pas me parler d’irresponsabilité : irresponsable je le suis, mais chimiquement, pas socialement. Et tout moraliste qui viendra me ramasser en petites miettes de maximes, je me le jetterai sous le scalpe, afin qu'il y bouille, brûle et se déjante, afin qu'il entende depuis mon cerveau que ce n'est pas moi mais mon cerveau qui est déjanté. C’est la vie qui se déjante, jamais quelqu’un, jamais personne.
C'est épuisant que d'écrire. Chut... chut... pour qui n'aime pas me lire. Il se trouve que je suis l'exact inverse de ma constitution, donc également cela que j'écris est l'exact inverse de mon désir, qui semble plus être (pouvoir-être, désirer) une approche détachée des coeurs, une participation à distance pour la libération des coeurs. En somme : ma tête est le rêve de mon coeur. - Mes propos sont du debout et malgré cela me navrent, - et me fascinent, tant ils se bouleversent entre eux, et construisent de la vie, celle-là que je suis. Cela sans doute parce qu'une nouvelle folie est apparue, un nouvel art, une poïétique pleine, une nouvelle vie, de vagins sans vagins et de bites sans bites et de prés autres que prés et de ciels autres que ciels, de soleils à terre et cosmiques, chaosmiques, et d’été sans printemps ni saison, et de terre faite, et être cela est un plaisir inavouable; l'écrire est être en retard sur le nouveau délire : on n‘écrit que ce qui a déjà fermement paru. La vie ne ment pas, elle essaie le meilleur. Des « choses » sans valeurs, des choses sans « chose », des bêtises heureuses, débordées, tout un champ infini de vagues choses libres. Diable la vie - l'écriture s'actionne dans une lenteur superbe, est le temps qu'elle prend à se parer : c'est la robe que l'on écrit, la robe la mise... C’est une féminité face à son miroir pensant à comment s’habiller.
Humain, cela qu’entre autres je suis, va bientôt cesser d'avoir à lire en lui, et les choses seront toutes libres, et humain, cela qu’entre autres je suis, sera libre aussi, plus libre que toutes les choses libres, et même Dieu manquera de délire pour s‘imaginer enfin être, ainsi, lui-même sans le même.
L'archè a été ventilé, se dissipe, nous n'avons plus de terre sous le pied mais ne tapons pas dans le désespoir; nos espoirs chantent le haut chant des choeurs pour la bienvenue d’une fin sans prévision, dansent la fin des espoirs. Libérés de l’espoir. Car : Tout est débordé, (le) simple est devenu vie, le ciel est devenu corps et le corps plus que corps, absolu de Tout, le corps comme au-delà. Joie de ce Tout, dont la périphérie est plus que fêlée, est dissoute. Tout entre sans fin au dehors de Tout. Ca n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau est de le voir.
Ca faisait presque quatre ans que je ne m'étais pas rongé les ongles. Depuis deux semaines je m'y suis remis, à petites doses. Il se trouve que depuis deux semaines je suis confronté à un léger problème de découvert bancaire : j'ai dépassé mon solde débiteur autorisé, ce qui ne m'était pas arrivé depuis presque quatre ans. Donc : dans le fait de me ronger les ongles il y a le transfert somatique du problème de dépassement du découvert autorisé. Ca ne change pas la face du monde, mais au moins à présent je le sais.
L'à-venir parvient ou perce depuis « derrière soi ». Or lorsqu'on éprouve en soi-même le phénomène d'antécédent, lorsque « antécédent » n’est plus de l’ordre logique mais physique et alors, hors-logique, « cosmogonique », on se rend compte de notre proprioception comme ne touchant à rien, comme preuve et épreuve vide de propriété; pas de « derrière soi »; le « derrière soi » n'est pas, sauf peut-être la zone de rupture entre soi individu et soi de vie intégrale. L'« antécédent », ou cosmogonique, est déjà toujours à-demain ici-même. Il n’y aurait de mémoire que de demain qui n’est pas. La mémoire pratique, la mémoire actante n'a pas lieu derrière, mais à l'avant qui n'est pas. L'à-venir parvient ou perce depuis derrière soi; or il n'y a pas de « derrière soi », le « derrière soi » n'est pas, même pas rien. Sensation que l'à-venir ça court partout sans être jamais nulle part, que l'à-venir c'est tout entier tout, à l’instant qui fuit chaque fois que pointe mon doigt.
L'être humain n'a pas de destin - il l'est car son seul destin est de ne se destiner à rien d'autre qu'à lui-même ; il se fait l’amour ! C’est un amour sauvage qu’à l’être humain avec lui-même, c’est un amour vengeur. Il doit exister un roman ou bien une pièce, un drame sur un amour vengeur au plus haut point : j’aimerais le lire, car c’est le drame de l’être humain. « Ta gueule ! Oui la couleur que je porte est absente ! Oui je suis noir ! Mais c’est bleu que ça coule en moi ! pas blanc, je ne suis pas une débilité de l’absence : je suis plein ! Moi je suis noir parce qu’au moins j’ai inventé la couleur et j’en suis, chaleur, la fin. Toi, gamin, t’es même pas né. Si tu l’es, t’es même pas blanc ! T’as rien à faire avec moi/Je sais qu’t’es moi ! Ca va !/, on n’est pas sur la même planète, Tout-Blanc, traître…
Notre bataille pour le libre-arbitre, notre bataille contre la nécessité est une force fatale de la nécessité, peut-être même sa puissance éminente. Même si rien ne paraît changer, celui qui se consacre à faire changer « le cours des choses », à déjouer « le plan », est l'homme concret de la nécessité. - Ne jamais parvenir à rattraper son destin me paraît être le destin des hommes, et ceux qui en en forçant les portes veulent habiter le destin pour oeuvrer à sa modification et faire dévier sa trajectoire, sont les acteurs authentiques de la nécessité, sont la nécessité agissante, actrice et actante. Ecrire est parfois objet d’une telle manière : chaque jour sont écrites deux ou trois pages, mises de côté comme un entraînement sans fierté, tandis qu’au taudis l’essentiel de l’activité est consacrée à travailler une « oeuvre ». Je me rends compte que dans toutes ces pages mises de côté, qui jamais ne finissent détruites mais sont plutôt mises au ban, exilées de « l’oeuvre », coule plus vrai que nature ce que je suis de mots, et qu’au travers de ces « poubelles », de ce disparate, c’est ma vie qui est à l’oeuvre, ma vie qui s’essaie à l’oeuvre. C’est dans ces poubelles, ces approximations destinales, que je suis finalement au plus près de ma réalité. Tout y change et se transforme, bascule, s’écroule, saute, jaillit. La puissance de changement est la nécessité. A l'inverse, ceux qui n'aspirent qu'à maintenir l'ordre par une immobilisation des choses et du temps contrarient l'action de la nécessité, - bien qu'à la vérité, sans doute parce qu'ils brident le monde en lui empêchant tout devenir, ils se font générateurs d'utérus dans lesquels croît la révolte, dans lesquels la nécessité se prépare à passer à l'acte au moyen d’émissaires de l'infini, révolutionnaires. Le sentiment de liberté absolue que l'on peut sentir en soi lors d'un événement révolutionnaire est en vérité sentiment infini de nécessité.
Pour que du neuf arrive (dans le monde humain de l‘homme), ce « neuf » doit préalablement être annoncé comme mort. Sans annonce : rien. Et l’annonce est toujours une erreur! Mais sans elle : rien. Le communisme a été annoncé comme mort. Alors il paraîtra, tel quel, libéré de tous les apparatchiks et des galvaudeurs. Dieu! Il n'y a de nouveau que la réalité dont nous avons tué l'illusion. En somme : tuer une idée, c'est foutre la paix à sa vérité; et ce n'est qu'une fois en paix, ce n'est qu'une fois oubliée par les hommes que l'idée morte ressuscite, cette fois-ci en vérité, comme nouvel ordre des choses, non pas fait de main d'hommes mais bien plutôt : enfin lâché par les hommes.
L’alcoolisme ou la folie, est-ce un critère pour l’écriture ? A tout le moins, ça donne du courage. Parce qu’il faut un sacré courage pour oser se prononcer sur la vie.
Être humain c’est être en retard sur soi. Ne pas savoir, fondamentalement sa vérité, ne pas savoir être un mourrant, savoir ne pas encore comprendre qu’être mourrant ça n’est pas triste. Du coup, un humain jette en permanence ses plus belles révélations dans des poubelles de hasard. Etre humain c’est encore avoir peur. C’est être minable, miné, minot. Mais une légion est déjà levée, d’individus aguerris à la mort, positionnés fixement dans le mouvement. Foncièrement, j’ai de la haine pour toutes les structures qui empêchent à l’être humain d’être Dieu/être libre. Mais je méprise tellement tout forme de haine, tout esprit acariâtre, que je con-viens avec l’Epoque qui est la mienne, attardée ou non, attardée. Si l’infini peut avoir impression pour un corps, il est. Ce corps est humain. Qui lit ces mots est humain.
Je ne vis pas pour moi mais pour la vie. Permettez-moi de vivre que je suis. J’ai la plainte en horreur, mais sans elle comment tenir. Vivre est l’impératif dans l’évidence. - Le néant est l’in-vivable, l’être propre in-vivable : être abeille ou table etc. pour un non-abeille ou non-table, etc.
Je ne parviens plus à écrire : les muscles de ma main se figent, ma tête se glace.
Tout ce qui nous est donné et présenté, mon corps, ma table, ce verre d'eau, cet arbre, c'est cela qui est virtuel. Ce qu'il y a de bien réel, c'est précisément tout ce qui ne m'est pas donné présentement, la circulation infinie et vive de la matière. Comme corps, je suis un fantôme traversé par la concrète vie intégrale, et celle-ci viendra à bout de ma virtuelle condition d'être, l'épuisera par irradiation trop puissante, souffle de feu infini me consumera, spectre, à la vitesse infinie de ce souffle, fendra l'infiniment noir pour me propulser comme une métaphore dans l'infiniment blanc.
Je ne peux... Je suis encore dépendant. Je suis toxicomane.
*
Je suis cuit. Mes beaux mots ont filé et moi je reste, l'étang poisseux.
Coudre un peu de vie...
J'aurais aimé savoir danser
- je couds
- je pleure
oui - j'apprends à coudre
Je ne suis pas encore la marionnette souhaitée
Silence...
Un mot, deux - mauvais : l'éclat du monde
Je n'ai peur de rien... - je suis la terreur
Sommeil : prends
La Nuit est toutes Vies
Les fous : cela existe encore, et Dieu quelle galère ils supportent... ! - l'humanité n'est donc pas du tout à constituer.
Mais à présent, les fous s'y fondent;
comme ils en sont la simple constitution.
Je suis dans une piscine mais je n'ai pas de bras.
Je suis enfermé dans ma chambre,
pas de lumière
volets clos.
Noir tout, et blanc
mon écran est métis en Limousin
En effet, je n'aurais pu être si je n'avais pas tant manqué au travail.
J'ai écrit - j'ai déposé, entre des choses que je ne pouvais que dé-voir
Être c’est être un hurlé ! Né, hurlé à nouveau, né, hurlé à nouveau, né, hurlé à nouveau, né, hurlé à nouveau, ...
Alors;...
Alors, que feras-tu de ta face ?
Quelque part au fond de moi, au cimetière de ma Nuit, j'ouvre un cercueil - et je ne vois rien en-dedans, car la réalité est bien pire : c'est moi qui suis ce rien voyant en-dedans.
J'écoute Tant de belles choses, de Françoise Hardy. J'y entends encore la lumière de mes Limbes d'alors. Je revois la lumière blanche au fond du puits de Vie, j’entends Novalis miserer le matin éclairé.
« Tu peux tout faire. » C’est une parole à la con. Parce que tu ne feras rien qui sera toi. Ne faire rien, mais être soi, et le faire et être, bien. Ca me paraît plus correct, d’autant qu’alors, on peut tout faire.
*
Ce n’est pas soi qui parle mais la parole elle-même : cela est fascinant. Vivant, ce n’est pas moi qui suis, mais de la vie, et c’est ahurissant, et la joie alors provoquée est aussi de la vie – j’aime tant les bestioles, l’imagination, les forêts et les drogues…
Venez venez ! Mes gars gouttez-moi ça ! « La vie : c’est trop fort ».
La connerie est une alternative à la liberté. Il y a des alternatives à la bêtise, donc de l’indéterminisme.
Un problème que doivent rencontrer beaucoup d’esprits doués consiste en ce que leurs idées leurs paraissent si naturelles qu’ils ne les explorent pas, parfois ni même ne les notent.
Lorsque Nietzsche écrit d'une doctrine que par le simple fait qu'elle « libère une force accumulée et refoulée jusqu'à la torture, elle apporte du bonheur », je ne l'entends pas parler d'un bonheur apporté à un individu particulier mais d'un bonheur apporté à la Nature, et sans doute dans un sillon bien déterminé selon le type de force libérée; c'est ainsi à tout le moins que je l'entends pour l’intérêt de « ma » pensée.
Ma façon d'oeuvrer s'apparente bien souvent à une lente macération, incubation, maturation ou masturbation de vieille France parisienne, un peu comme Art Presse, mais sous les barricades, attendant la détonation régulière, des chants d’hommes libres et puis Parnasse et enfouie d'opéras... J'ai besoin de cette atmosphère d'âme pour mon esprit; non pas pour faire « du », mais pour me nourrir, de forces, comme toute nourriture est héraclitéenne, empédocléenne, anaximandrienne; pour se tirer, s'extraire, se lever hors du marais et ses cendres, et dégager vers quelque intimité claire le transfuge rapporté de tous corps, et s'essayer à formuler la traces dont l'empreinte serait à l’heure d'un 22ème siècle. C’est par demain que notre œil habite ce qu’il a d’ouvert.
Quant à ce que notre oeil a de plus ouvert - les lianes de chaos qui font les corps contre la redistribution immédiate totale - beaucoup d’yeux du monde à demi bleu y viendront, y seront, c’est fatal : reste à savoir quel être de pouvoir sera parmi les « premiers » ? Il faudrait surtout que ce ne soit pas un être qui manque de sérieux. Rien de pire qu’un charmeur : ils sont fameusement d’odieux incapables et dangereux, d’autant plus s’ils ont les rennes des corps, après avoir gagné ceux de l’image. Ils feraient un théâtre concret de la mort. – Quelqu’un qui ne s’occupe pas avant tout de lui-même, voilà le critère fondamental.
Ce qu'il y a de moisi distingue l'avenir du présent, et c'est moisi que je ne parle pas, face à mon vieux trésor d’ailes qui n’ont pas battues - : c'est pour autant que j'écris, pour ne pas finir fou social mais parleur de pas bleu.
Coïncide, consent, aime.
*
Théétète, variation - Hall socratique. -
« Soyons heureux camarades : nous n'avons établi aucun point concernant la science!
_ Cela te réjouit ?
_ Serais-je heureux de ne plus dialoguer avec toi ?
_ Socrate, nous avons distingué des éléments!
_ Alors : distinguons plus.
_ Ca me paraît suffisant, et je saurais être si tu ne t'écartes pas de moi.
_ Voyons donc : je serais ta liberté?
_ Vous m'êtes un remède!
_ Vois donc : je suis ta seule liberté, et malgré moi, dès ce jour je t'ai aliéné.
Parménide, variation. -
« Es-tu ton nom?
_Je le dis.
_ « Je », « le » dit ? Ainsi tu parles de toi comme d'un autre.
_Non, assurément je parle de moi.
_Et pourtant tu dis que cela qu'est ton nom c'est toi?
_Oui.
_Alors tu es fendu, et jamais n'es toi.
_C'est là un jeu de rhétorique qui me surprend de votre part.
_... Reste surpris, prends peur, ou bien réjouit-toi d'être infini; apprends bien la grammaire, elle permet d'énoncer l'essence des choses, - je te le confie : de ma part, approche Gorgias, comme tu étudieras Démocrite, dans le dialogue et le silence.
Une introduction folle si bien formée. -
« Alors Antiphon dit que Pythagore lui avait raconté qu'un jour Zénon et Parménide étaient venus aux grandes Panathénées. Parménide était déjà fort avancé en âge, tout gris, mais de belle et noble prestance ; il avait environ soixante-cinq ans. Quant à Zénon, il approchait alors de la quarantaine; il était de belle taille et agréable à voir. On disait qu'il avait été le mignon de Parménide. Il dit qu'ils étaient descendus chez Pythagore, en dehors du mur, au Céramique. Socrate s'y était rendu aussi avec un certain nombre de personnes, pour entendre les écrits de Zénon, car ils les apportaient alors pour la première fois. Socrate était fort jeune à cette époque.»
*
J’ai donné rendez-vous à mon amie, ce soir à vingt-trois heures, dans les étoiles. Elle entre Grenoble et Montélimar. Moi près du Jura qui m’appelle à lui. Un an plus tard, j’aurais fendu la forêt du Risoux. La nuit était couverte et presque aucune étoile ne paraissait. Mais, une heureuse coïncidence que je ne ferai pas délirer a voulu que le ciel se dégageât à l’instant même où du clocher retentissaient les coups de onze heures, puis qu’il se recouvrit après cinq minutes, à l’instant même où le clocher me répétait l’heure. - Les distances et la profondeur. - Mon amie et moi voyions la même étoile; mais elle, mon amie, ne voyait pas les lumières rouges et le clignotement de l’avion qui passait dans mon ciel à moi, et moins encore les nuages rampant comme une fumée compacte. Trois niveaux, dont un seul pouvait nous être commun; un second peut-être, plus tard, l’avion, mais c'était peu probable; puis un troisième, mes nuages fumeux, certainement pas. Je ne parle évidemment pas de la chauve-souris qui a volé comme une ombre d’un arbre à l’autre. J’imaginais l’étonnement pour un grec (sans trop précisément savoir pourquoi : pour me disposer mentalement hors d’une perception informée par le paradigme de mon corps de moderne, je me mets toujours dans la peau d’un grec des siècles tragiques et regarde le monde comme si j’en étais un, et le soleil est alors de la taille de mon pied); j’imaginais l’étonnement que devait être pour un grec « astrophysicien » l’espèce de disjonction qu’il y a entre l’espace plane et la profondeur (qui peut être le temps pris dans l'espace) – la même étoile au même moment (« relatif »), en deux lieux différents.
Sont-ce les pas de la marche qui dans l’œil grec ont capturé le temps dans des séquences d’espace? - Plus un point paraît fixe, plus il est a priori éloigné de l’observateur. Plus ça remue, plus c’est proche. – Quand ça remue c’est proche. Bref; tandis que je vagabonde, en moi dans la Nature, voilà que je tombe sur Cioran… Cioran ou le parfait contre-exemple à la disposition d’esprit dans laquelle je me tiens (sauves, ses justes paroles d’un doux vent granit pour dire Beckett). Cette phrase au tout début de De l’Inconvénient d’être né : « … qu’aucun geste qu’on exécute ne vaut qu’on y adhère ». Il y a là une présomption du sens de l’existence dans laquelle est postulé a priori que : le moi absolument solipsiste est le seul point de vue pour tout. Et que le solipsisme ne peut être sans sa condition formelle par le tout. La dépouille ekstasée parle d'elle. Si Cioran adhère à ce postulat, ou plus exactement s’il accepte de se laisser aller à l’adhésion à ce postulat, il eût été bien mieux intéressant qu'il se réjouît ou bien encore qu'il s’étonna de porter en lui la force de cette adhésion ou le pouvoir de ce laisser-aller. Cioran n’estime la Nature qu’à l’aune de lui-même. C’est le fait de tout pessimisme – ainsi, bien sûr, Schopenhauer, qui n’était pas pessimiste mais simplement ne pensait l’ensemble que depuis son l’expérience qu’il fait lui-même. Toute estimation de la Nature à l’aune de soi-même, si elle avance une pensée du sens, et non une théorie de la connaissance comme Descartes ou Kant (qui ont besoin de Dieu pour mettre à l’envers ce qui sans cela serait un diptyque pessimiste sans commune mesure), détient en soi du pessimisme. - Ainsi donc, Epicure, Pascal, Nietzsche etc. A l'extrême de cette ekstase solipsiste, s'il y a évaluation, la Nature est, d'une part « Monde » et d'autre part ce « Monde » qui comporte intégralement la dépouille ekstatique est pure béance, Nuit bleue ammobile, - une tentative y est un avortement, le geste y est grotesque, le Verbe le rire d'une larme. Cela parce que percevoir la Nature à l'aune de soi-même implique la recherche négative du sens du sujet, qui s'énonce alors en ces termes : je ne suis en nulle part, je n'ai sens en nulle part. A l’inverse, toute estimation de la Nature à l’aune de la Nature (entente et perception de soi comme étant intégralement (fait-)de la Nature - non pas une dissolution de soi mais une participation entière), est la source de la pensée vive, que le soleil tire à la verticale depuis les poumons. - Ainsi donc, Spinoza, Deleuze, Epicure, Nietzsche (hybride), les stoïciens qui sont une espèce rare puisqu’à la fois ils se décousent et anatomisent le corps et le déploient dans la Nature entière mais font de cette Nature leur corps entièrement déployé et par suite cumulent de façon parfaitement égale eudémonisme et pessimisme (on pourrait ainsi dire d’eux qu’ils sont les penseurs d’une vivacité résignée, ou d‘une résignation vive). Partir du Tout ou bien partir de soi demeure le problème éthique de fond, et ce fond-là circule en toutes parts de toute éthique, se retrouve à tous les niveaux et doit être remis à jour à chaque étape. (J’ai le sentiment que « Descartes » (en tant que pensée) n’a pas encore révélé sa bonne clé, que des secondes mains du départ ont biaisé quelque chose qui a égaré, trop mal loin de la volonté, territoire que [Sartre -] Sartre a utilisé mais sans Dieu et sur le terrain de son intérêt propre, celui non pas de l’existence mais de l’existant, comme on distingue l’être de l’étant, l’apparition de l’apparu. (Sartre est bien un humaniste radical, un extrémiste de l‘humanisme, à la limite pro-fonde du Jugement. Par ailleurs, Sartre interpelle beaucoup au sujet de savoir s‘il est bien un existentialiste, si l‘on entend par ce terme quelqu’un qui s‘interroge sur l‘existence, et l‘existence comme apparition d‘un étant dans un monde; l’existentialisme comme science s’interrogeant sur l’apparition d’un étant dans le monde. En ce sens, c’est Heidegger qui est existentialiste - disons plutôt qu'en étant qualifiée ainsi la pensée de Sartre empêche à la pensée de Heidegger d’être ainsi nommée. Hormis ce qui me semble être l'intuition fondamentale de Sartre, que la conscience pure est un négatif absolu, « Sartre » en tant que pensée, est tout le reste, le tout-venant après ce fait de base que l'être est "jeté-là". Il s‘agirait alors peut-être plus d‘une métaphysique pratique de l‘existant que d‘existentialisme). - Volonté, perfection de Dieu. Cela chez Descartes nous lie intimement, peut-être par la notion d’action, à l’étendue. Peut-être y a-t-il, au travers de « l’action », plus de Leibniz chez Descartes que je ne le pensais. Peut-être la pensée de Descartes est-elle au travers de ce que l’on peut en déduire de « l’action », peut-être comporte-t-elle finalement à un niveau éminent ce qui manque cruellement à Leibniz : une pensée pratiquement conséquente.
Disparité
Pour Symon, poète
(1981-2009)
Merci à toutes les personnes auxquelles j’ai pensé dans cet écrit :
Laurence Jourdy, terre pré mammifère d’émeraude fertile étoile et girolles frappe du pied nuit levée liberté amour
Franck Martin, chef voyageur mythographe convoyeur acide par les ruses du temps de l’or âme le sable être-hors en présent illimité doigts main merci
Laurent Bondet, écriveur traceur de routes cartographie des sables fiables oiseau de pluie fraîche ivresse défoncée portes cristal d’un grain direct chantonne
Christophe Michellod, voyageur pluriel de l’humain infini marche né d’avant-naissance je me parle je n’est pas je sont tout cigognes partis les cadres l’infini la plus belle tronche de la Terre j’avance à jamais la lumière est la taille du pied
Jean-Claude Gens merci
Jean-Luc Bourdon, silence est cœur humaine vie
Mon frère, Yannick, liberté amour forte toute ethnies plurielles et nettes et furieuses et tous les volcans qui cherchent s’aimer en terre la paix c’est inutile mais je ne crache pas je construis meilleur corps-yeux-visage éclaircie d’avant-naissance je n’avais pas pensé une vie si ahurissante il faut faire
Benjamin Veyrac… ineffable, ineffable je me refuse et j’aime vie comment ne pas être soi si le temps nous trompe parfaite voix simple extrême perfection du souple un germe
François Bugnot, terre d’exil aigle et condor hauteurs marines roches frappé de grains né liberté
Stéphane Tourez, parole d’humain foi déjà-là toute forme devenir être-là le mot est le corps
Zahia Karmoudi, avenir, force impensée le sourire lieur du chaos Rudra
Marie Lansac, avenir reine cérébrée en tout objet maîtresse inouïe danse absente célébrée infinie l’océan le corps dure plus que le temps
Jérôme Carre, rencontre de Joie entre foudre et terre explorateur les soleils marins hallucinants
Alex, insculpté chaman
Safya Barnaga, airain doux et battant d’une forêt d’épices fraîches forte tout autre – liberté Rudra
Mon père, anarchiste amoureux jumeau seule confiance
Ma mère, scribe amazone
Mon grand-père, être humain, force et joie
Ma grand-mère, au ciel sud aimant mélancolie
Ma famille, toujours présence
Mes amis, courageux
La commune de Villecomte, remuages saisonniers de couleurs et reliefs paix bizarre
Lionel pillot, lumineux : merci pour cette étonnante fidélité, amitié par tout
« Nous appelons disparité cet état de la différence infiniment dédoublée, résonnant à l’infini. La disparité, c’est-à-dire la différence ou l’intensité (différence d’intensité), est la raison suffisante du phénomène, la condition de ce qui apparaît »
Différence et répétition, 287
« Putain… Mais qu’est-ce qu’on fout ici en plein milieu du désert ? »
Las Vegas parano
Je ne veux pas écrire une histoire. Je voudrais que les mots écrits en deviennent une.
Je voudrais pouvoir n'écrire que ce qui reste des mots lorsque toute trame leur a été soustraite; que ces mots soient la pulpe d'un navet, d'une orange, d'une tulipe, d'une tomate, de corps vivant sa vie : d’humain, une lumière aqueuse et ferme, sphérique, battue, humain tenu du bout des doigts. Parce que, une histoire ça nous arrive; Or, métal! vivre c'est déjà "l'arrivée". Tu traverses entre deux fleuves qui n’ont pas de rive.
« Il y a ». - Etrangement, si j'entends bien l'impersonnel d'"il y a", cet impersonnel est le gouffre qui constitue toute subjectivité. Sans il y a il n’y a. Dans les sommets de ce gouffre je préfère habiter, à ce col d’immanence où s’abat ma réelle nourriture terrestre sans sucrerie tunisienne, où les encodages magiques construisent le singulièrement c’est un corps, construisent l’unique, la matière de nouveau.
Parce qu'une histoire c'est toujours l'histoire d'un il y a, tout lecteur invente son propre réseau d’interprétation pour le ralliement dans la distance de l’il y a.
Je préfère le pouvoir recelé des mots. Je préfère l'intensité invocatrice des mots. Je préfère la puissance mythologique du langage, le défilé de son cortège dans la compaction.
Et cela tombe bien car je ne trouve pas d'histoire. Dès lors que l'idée d'une histoire m'emballe, j'écris deux lignes, parfois dix, vingt ou trente, et puis cela suffit. En fait, ce n'est pas l'histoire qui m'importe mais l'idée, le concentré d'idée.
Puis je paresse vite. Alors je détourne cette paresse en y reconnaissant de façon approuvée un angle de ma manière d'être, d’être un style (on est un style comme une vie : un type). Je suis lucide quant à ma paresse, mais presque autant convaincu du fait que la paresse est, sous l'angle de la vie, un atout parmi les atouts d’une singularité. - Être ainsi, ça peut être en fin de compte que la vie cherche dans cet « ainsi » une manière autre, singulière et neuve d'être. Il n’y a pas un corps qui ne soit une nouveauté c'est du moins sous cet angle que je considère à peu près tout, si bien que peu de choses me sont amères - et il ne s'agit pas d'un « ainsi soit-il », mais bien plus : par là, la vie présente quelque chose d'elle, puisque rien de ce qui est n'est hors de la Vie, et que rien de ce qui est Vie ne peut être autre qu'un concert de puissances telles que la Vie, puissances vives, et que rien ne peut sortir d'un concert de puissances vives qui ne soit une nouveauté heureuse. Il me paraît que toutes les formes terribles prises par la vie l'ont été parce que la vie était empêchée d'effectuer sa nouveauté de bon heur. Or comme il n'y a que la vie, la vie s'empêcherait elle-même? Je penserais plus volontiers qu'être humain c'est être d'une certaine manière la vie penchée sur sa propre lecture, l'insurrection de la vie face à elle-même (cela que l'on nomme la conscience) et, dans un premier temps, effarée de se voir, effrayée, ce qui aura développé en elle beaucoup de bubons noirs. Puis dans un second temps, la vie « se fait à » cette idée d'être. Se faire, est être. Alors elle peut être libre. Mais pour ce qu'il en est de ce second temps, je ne l'imagine pas pour aujourd'hui, mais peut-être pour demain, ou peut-être pour ce soir car j'ai le sentiment que quelque chose de tout à fait dégagé est déjà en place parmi les hommes, dans le corps assuré de certains, quelque chose qui n'a plus le même besoin de réfléchir que durant ces derniers millénaires : la raison, le langage, la sémantique étant mieux libérés, mieux acérés, sachant mieux fendre les entraves de tous intérêts.
Beaucoup considèrent une certaine littérature comme médiocre : j'y vois pour ma part un heureux symptôme de guérison car je ne fais pas vraiment cas médiocre de cette littérature (très étendue) mais bien plutôt y sens un événement heureux du « nulle entrave ». Je ne crois pas avoir souvenir d’aucun cas qui me paraisse limite. Et ce n’est pas une manière détournée d’être flatteur à mon endroit. Je vois mes défauts, nombreux, je les vois même avec cette œil trop aiguë pour ne pas y pénétrer - répétitions, alourdissements grammaticaux, détours d'allure incertaine voire inutile, inconséquence, rupture du sens, repos du sens sur de seuls mots, stupidité, ingénuité, mégalomanie, ironie trop ou pas assez tonique pour être immédiatement perçue... vision qui de plus est bien entendu limitée par l'intelligence inhérente à ma vision. - J'ai la chance parfois malhonnête d'avoir plus ou moins laborieusement travaillé à soustraire le jugement du regard que je porte sur les choses. Je ne conserve que la perception instinctive de l'oppression, et - cette perception n'est de toute manière pas négociable.
J'ai l'impression de pouvoir paraître assez nonchalant, ou bien paisiblement relativiste. J'admets que mon voeu le plus cher est d'habiter une maison simple en montagne (d'un fond proche et lointain le Jura m'interpelle comme une ancestralité dominant, comme on le dit d’un thème en musique), et de marcher du matin au soir en pratiquant une infinie culture géologique et botanique. Je me sens plus souvent proche des hédonistes que d’un tout autre groupe. Et cela parce qu’un hédoniste peut très bien être aussi colérique, sans que, à la différence de tout autre groupe, sa colère soit l’éclat d’une sclérose. - Ce que je voudrais là, c'est écrire quelque chose de très simple, de vraiment très simple, sans rien trop théoriser, ni construire ni travailler ni retravailler. Juste une manière assez facile de l'écriture; une manière assez jeune ou, encore une fois, pimpante de simplicité. Qui me connaît dira que ce que j'écris ce n'est pas moi. Qui me connaît assez bien pourrait dire qu'il y a bien de moi là-dedans. Je ne pense pas être entièrement cela (que j'écris) - penser cela c'est bien heureux et c'est évident. En me restreignant à n'écrire qu'avec un propos simple, je pense faire l'expérience de me voir apparaître. J'aimerais bien. Pour ce jour je ne parviendrai pas à écrire ce pimpement simple, c’est dit d’avance. Il conviendrait mieux de nommer et d'appeler cet écrit : Cécité de Narcisse (mais je sais d'avance que je ne retiendrai pas cet intitulé).
J'ai pendant un instant voulu reprendre le terme « appeler » qui apparaît dans la phrase précédente - mais d'une part je me suis mis en disposition de ne pas le faire, et d'autre part l'idée d'un appel me paraît favorable à cet écrit.
Dois-je me présenter? Je ne le sais pas mais je n'en ai pas l'envie. J'aurais en revanche l'envie, le plaisir que l’on se donne par avance, de me décrire d'apparence, ne serait-ce que pour me rappeler à moi-même plus tard ce qu'à lors j'apparais comme étant.
Là : j'ai la jambe droite croisée sur la jambe gauche. Je porte un jean, retenu par un foulard bleu enfilé où l'on enfile la ceinture. Je porte un pull bleu très foncé, avec trois fermetures éclair qui coulissent mais n'ouvrent sur rien - une sur le flanc gauche, une autre sur la poitrine droite, l'autre sur le biceps gauche -, mailles verticales espacées sous quelques millimètres de faux plat, le col évasé presque jusqu'aux épaules. Mes cheveux sont détachés, bruns. Je ne me suis pas rasé depuis quatre jours car j'étais à la campagne, dans un pré. Face à moi il y a deux bouteilles d'eau minérale, quatre blagues de tabac chacune presque vide, un cendrier en bois posé sur un paquet de gitanes vide, un verre vide, un numéro du magasine littéraire ouvert recouvert d'un paquet de mouchoirs, de textes, de deux paquets de feuilles, d'un livre, il y a en amont de ça un autre cendrier en pot de yaourt, à ma gauche un troisième improvisé dans un bol, une feuille griffonnée de mots à l'encre rouge sur laquelle je fais circuler la souris de mon ordinateur. Il y a un briquet, une ordonnance médicale, deux enceintes et l'écran de mon ordinateur sur le pied duquel est fixée une petite horloge dorée qui ne me quitte pas et ne cille plus que dans un non-là, offerte par un ami cher qui enseigne à Bethléem.
Non, en fait je n’ai pas envie d'écrire ça.
Hier soir j'étais dans le pré de mon amie, en sa compagnie. Nous mangions les girolles que nous avions tout deux ramassées en forêt durant l'après-midi. Il faisait un peu frais et pluvieux, tandis que parmi les journées de la semaine passée certaines avaient été ensoleillées et chaudes. Nous nous sommes enfoncés dans une forêt près d'Arnay-le-duc pour nous tenir la main dans le silence - un vrai beau silence chlorophylle et excrémental de photosynthèse humaine. Les branches gorgées d'eau à terre s'effondraient sous nos pas. Mon amie était surprise de voir autant de bébés chêne recouvrir en effet le sol, tandis que charmes et hêtres se tenaient hauts et à demi droits comme de minces vieillards presque fraîchement nés. Les limaces étaient exceptionnellement longues et larges. Nous avons imaginé un repas fait de ces vaillantes limaces, et avons compris que la peau devait être trop épaisse, et qu'à moins d'avoir toutes les dents faites pour préparer la digestion du caoutchouc il ne servait à rien de s'essayer à une telle cuisine. - Je me demande très profondément, fondamentalement ce que doit être la vie d'une limace, retenu que tout être a un monde et a le monde qu'il est. Je me suis accroupi et ai posé la main droite à même les feuilles terreuses - quelque chose s'éclipse qui laisse place à un large vécu, proche de ce que j'entends par "infini" sans que cela ne soit nullement "océanique". C'est le monde non pas sans ma présence mais sans ma présence en tant que sujet de l'humanité. - Je me sens inter-essé à la limace. - Hier soir nous avons mangé des girolles de cette forêt, cuisinées avec un peu de beurre et de persil, puis trois oeufs achetés chez une voisine. Nous regardions le soleil et nous laissions gagner par la lente extinction de la lumière. L'air était froid, le ciel gris bleu et par endroits fendu de large faisceaux blancs, au milieu du pré de mon amie, un verre de rosé avec nous et du Comté pour fromage. - Ce moment me touche comme la vie touche en chaque instant, sauf que là par exemple il est un instant où au sens strict magistralement ça se montre. - La terre se faisait humide, le froid gagnait. La lumière avait pris tout l'horizon que le ciel lui cédait encore, et si ça n'avait été un soleil approchant sa fin terrestre et se magnifiant au Final, c'eût été notre nucléaire lumière de fin. Croquer un morceau de pain. J'étais heureux : je savais que le meilleur restait, de me retrouver avec mon amie dans sa caravane où nous nous éteindrions l'un et l'autre dans une heureuse chaleur corps à corps.
Je frôle souvent la tristesse, et la contourne parfois par des thèmes nostalgiques. J'essaie de ne pas écrire de tristesse. Non que je m'y refuse, mais : ça ne me semble plus l'effort que l'on doive injecter dans l'écriture pour la rendre plus honnête, ni que triste dans son écriture doive être l'écrivain pour manifester sa lucidité. Ca, c'est fait, déjà et trop fait. D'ailleurs, l'écriture, il me semble, ne devrait plus avoir à être un ensemble qui fonctionnerait par le médium d'une impulsion interne, impulsion venant de l'interne qui est toujours triste : - écrire c'est déjà l'"être". La joie déborde tout l'interne et n'est en rien affaire interne. Il ne s'agirait pas d'écrire sur le fait que l'écriture est une impulsion pure, mais d'écrire l'impulsion telle qu'elle est : impulsion informée sans autre médiation que la médiation qu'elle est déjà. Sans doute beaucoup de nos gages et de nos tumeurs narcissiques se ventileraient.
Je ne me vois aller en nulle part. Désirer me rendre, c'est autre chose. Encore une fois : cette baraque très simple dans la montagne, avec assez pour cultiver, aller au marché d'une petite ville à "une heure de là"; une baraque avec un peu d'un chauffage intelligent, avec de quoi écrire et stocker mes livres, pouvoir me servir un verre et en offrir, et recevoir ma famille et mes amis et leur cuisiner un bon plat. - Hormis cela, je n'ai proprement aucune ambition. J'ai des fantasmes forts, et ils m'aident pour réaliser l'ambition de n'en avoir pas. Mais essentiellement, l'ambition de rentrer au soir tombant avec une personne aimée après que nous ayons flâné, ri et dansé dans la montagne me va pour éternité.
Nous avons tenté de voir les étoiles, mais rien d'un jour n'avait lieu ce soir-là. Au reste une étoile c'est soi. Nous avions pour manger des guirlandes de girolles stellaires dans l'appétit repus. Nous mangions et pensions que c'est éternel. Mais, et si je l'avais pensé j'aurais ri : l'écrit seul dépasse le temps. C'est que l'écrit n'est pas affaire d'écrit mais d'envergure de la pensée pour oser aller se réduire immensément dans l'écriture. La pensée peut être un géant, et à l'écrit n'être pas supérieure à toute puce. Là quand l'écrit dépasse le temps, c'est le là quand la pensée devient plus grande en se réduisant au mot. Cet instant plus-que-plein, est un parfait instant d'explosion. C'est être parfaite bombe. Le direct de l'écrit est un éclat de rire. Une étoile est un moment qui n'oublie aucune autre étoile, c'est être cette bombe qui absorbe tout espace vide et fait de l'univers entier un immense éclat de rire. Nous le savons, de marseille.
Ne pas oublier demain que sans doute, un jour, est ou sera aujourd'hui. L'odorat nous guide dans la répétition immédiate. On m'a collé face à moi dix crânes sans que je comprenne pourquoi. - A l'inverse je compris un peu la vie et presque aussitôt je compris un peu les crânes. Et je ne compris pas Hamlet ni son humour avant que d'avoir entendu Rossini. Et je tombai amour des plus beaux crânes et des superbes, et des corps chantant en joie le risque évident d'être déjà tous les crânes. Et j'ai opté. Ce furent de si belles girolles!
Je crois avoir écrit l'idée de ce que je désirais écrire, et je crois bien que cela me suffit. Une esquisse simple et facile de vie, - ça me va.
*
« Les astérisques sont un repos pour l’œil et pour l’intellect » (Thomas Mann, Docteur Faustus)
« Ah, brigand ! Le brigand le brigand le brigand ! Ah, le brigand !
_Que brigues-tu ?
_Ah, le brigand !
_Que brigue-t-Il ?
_Ah, le brigand !
_C’est sans réponse.
Au départ : de la musique et trois bouteilles d'un bon vin mousseux bien pourri acheté à moins d'un euro pièce. Du moins c'est par là que ça démarre. J'écoute encore la même composition d'étoiles - je ne me défais esprit d'aucune oeuvre aimée - voilà déjà dix ans que je passe cette constellation musicale en circuit ouvert.
Hivernal, saturnien, j'ai beaucoup reniflé ces temps-ci - mon corps étant devenu trop froid je pleure par le nez.
Je m'écris en direct. J'ai l'angoisse sans messager, les volumes afformes et vertigineux de l'angoisse. Je traverse à vif le tombeau sans trouver en nulle part assez de nuit profonde par où passer et renaître.
"Ouais... Pourquoi pas, dit la connaissance, astiquant nerveusement le zinc, tandis qu'untel sorti de nulle part dispose les verres nouveaux et qu'un quatrième vide le fût ou bien verse ce qu'un cinquième bras a déjà débouché de vin rouge. Résultat : sept sérieux, deux Côtes-de-Rhône, puis un mandala d'aligoté. Ouh! ça rigolait sec dans les lumières!
...amusant... - c'est le terme qui remonte le plus vite (vers le bec), le mot qui paraît le plus facilement depuis les cous de poulets, ces dinosaures de basse-cour. Saurais-je être grossier sans être à moi-même ce violent faisceau de gerbes qui me dégueule de l'âme? ma propre hache et la tranche et le sang? J'ai délégué à un inconnu ma politesse et ma réception des pardons : je ne fais rien, je ne produis rien, je laisse les effets courir par eux-mêmes comme de grands garçons.
Les loups! les loups! les loups! La Grande Epoque traîne des loups et les abat! Trois mille ans qu'on abat les loups! Est-ce que personne n'entend hurler?! Je veux dire « hurler »?! Le troupeau, le berger, les chiens, les loups : C'est fini! Certaines horloges ne peuvent plus être à l'heure : nous ne sommes plus du temps de l'horloge! Ni des loups! ni des chiens! ni des bergers! La connerie n'est même plus acceptée au ciel! Ouvrez vos fenêtres et lancez vos livres, ils vous reviendront sans colle ni couverture. Des êtres courent les rues, nus de bergers et de chiens et de loups, plus que chiens-loups, et bergers sans chien ni loup. Cependant, - n'est-ce qu'un délire entre le corps et l'Epoque? N’est-ce qu’être le cul posé sur deux chaises trop écartées ? - Je ne suis vraiment près de moi-même qu'en compagnie des loups, ils sont les seuls surréels, les seuls êtres à avoir été inventés, pour que les chiens et le troupeau de son berger existent ! Ils sont les seuls traces et éléments de la vie créatrice : inventés, et la vie est invention, ils sont les seuls corps vivants de vie; tandis que le reste, tout le vacarme cuit de la fausse paix qui se croit maître des loups, et réclame des loups la peau et qu'ils respectent leur(s) inventeur(s), tout cela, tout le reste est la seule fiction, le véritable bachotage pompé sur le bon élevé Dieu, car tout le reste est le véritable outil éphémère de la vie dont le seul sens a toujours été de créer, pour l’éliminer, la source propre de vie les loups. - Que les bergers qui haïssent les loups sont des erreurs vivantes, par la lune à ma tronche je le hurle! et brûle du bleu de vivant.
*
J’ai peur de l’avenir proche, mais je préfère me taire.
Un peu de blues, un bon morceau de blues. Je m'écroule.
Pas une tune : ça à l'air de traîner comme une rengaine, une gangrène; de devenir un principe politique de ma vie... Et demain on va tous danser? Mettez-vous au travail pour gagner plus… - Il faudrait penser une tronçonneuse abstraite pour amputer le réel de ces paroles non seulement ineptes mais inqualifiables et odieuses et vides. Seul un débile a droit de le dire! – L’a-t-il dit ? – Je regarde autour de moi, et ma tête est sans panique…
L'idée de travail est ce qui reste dans l'esprit de l'homme ne sachant plus penser. Le « dernier homme » travaille, il est idiot. Frustré, l'homme qui ne sait plus penser devient tyrannique et impose le travail comme une évidence. Et puisque tous sommes frustrés, tous nous en convenons comme d'une évidence. Mais jamais n'en convenons comme d'une preuve flagrante d'une éventuelle imbécillité propre à l’instinct de travail, comme d’un manque d’imagination. Le sens n'a jamais été, ne sera jamais et (car) n'est pas : le Travail, le labeur. Tu es un bœuf ! Il est un bœuf ! Tout être est bœuf ! - Non ! Si le travail en est un laborieux, alors ce travail n'en est pas un réel mais une très classique exploitation de soi par soi, par « l’autre ». Jésus s’est choisi pour nous, je ne l’ai pas choisi. - On raisonne comme un groupe de blattes, on pense « travail » comme une blatte : tout plein d’un corps sans corps, plein d’un corps immatériel. Or, on voit bien ce que c’est que la division du travail : que c’est un effort de l’immatériel pour s’adapter à la matière, un effort du vrai qui est faux pour s’adapter à l’éminence qui n’est ni vraie ni fausse. Perte de temps ! Ne pas perdre de temps ! Voilà une noble tâche ! Nous avons les relations sociales d’un singe vert planté seul sur Mars : nous faisons guerre par convoitise et convoitons même lorsque les rapports sociaux fonctionnent en bonheur. Nous sommes encore attardés, en retard sur le bonheur. L’éternité nous jette dans le bouillon et nous cuisinons le corps, la chair, la peau, le poil, et les os. Pas un mathématicien que l’édition veuille donner à comprendre : c’est une honte ! Les mathématiques c’est du chinois ! Et pourtant plus d’un milliard parle chinois, et dans ce milliard ils sont des millions à ne pas se comprendre. Doit-on éradiquer les chinois, ou bien apprendre ? L’esprit est une touillette géante, démente, sans aparté, hors de toute espèce d’autorité. On entre, actuellement-voilà, de plus en pire, d'un modèle de mieux en pire idiot duquel on sortait, dans un univers où l'idée de société se dissout dans l'idée de groupe : bœuf, tu es un bœuf : labours, besogne ! Ne pense même pas au champ ! Pense ta charrue, vois ton sillon. L'individu doit avant tout trouver un travail, ses qualités (c’est-à-dire sa matière) en retraites. Vois-les, tes qualités, partir et se noyer, bêtaces, volatils sans ailes courir vers l’océan : il est beau l’océan ! Il est bleu ! Il est beau et te bouffe ! Et ce « monde », ce monde imberbe, ce monde infantile et joyeux, enfanté comme on enterre un paquet de nouilles périmées qu’encerclent de petits cailloux ou de petites billes, ce « monde-là » il veut mieux! Il veut le travail ! Travailler et travailler et travailler ! On creuse sa tombe tout du long de sa vie : on est égyptien ! Les premiers chrétiens se sont inspirés de l’Egypte pour cultiver la vie par la mort. Mais cette fin : le travail pur, le travail saint… L'intelligence croyait avoir vaincu le pire? La nuit malhonnête est sans relâche et toujours plus fraîche, elle prépare évidemment des coups très bas et très profonds et effrayants avec cette connerie du travail saint. Ca peut être calmé, mais pas par les nouilles (j’entends les Saints Patrons du travail, et toutes les coquillettes qui en redemandent). Le propre de l’humain, c’est d’inventer l’inédit. Quel avenir inouï qu’être un sac de pâtes pourries ! Il fallait en effet l’humain pour inventer ça. Et des rois enfarinés de blé et d’eau d’avoine nous demandent d'être « au pas »? pour que « ça » tourne, ce « ça » radicalement inconnaissable parce que irréel, ce noumène, soustraire notre individualité personnelle ? J'aime l'opéra, j'adore l'opéra! Je ne suis pas d'un groupe, je ne suis pas même d'une société! Certainement j’appartiens à une tribu, une tribu éclatée et c’est bien. Je ne suis pas même qu'humain, cela que c’est être humain. Je ne suis pas une stupidité faite de matière éternelle, je ne suis pas non plus un levreau, je ne suis pas non plus la mer, je ne suis pas non plus un esclave, je ne suis pas non plus un vengeur, je ne suis pas non plus une main invisible, ni une dette, je ne suis pas et tout cela qui m'empêche d'être moi, cela je le suis, l'espérance et les cons, les corps et les races, ou les peaux pour les esprits fins, ou les cultures, ou les phonèmes, ou les genres, ou espèces, ou même je ne suis pas contre les climats! ni contre la géologie, ni la faune, ou la botanique, ou le monde, mais il semble qu'il faille répondre de façon débile à la débilité pour lui être visible, être lisible ! J'ajoute, pour prouver mon ironie : tous les communistes sont des staliniens et j'abhorre l'idée même de communisme ! Aussi : je suis brave, courageux, noble, je ne suis pas moi-même une grosse bouffonnerie ! Voilà, pour prouver mon ironie, me voilà en plein-mon-corps-maso. Par-delà le monde entier, la rumeur tient du monde qui constitue l'être humain sans jamais faire de lui : un cône défini, la trace dernière de toutes les mémoires ; et la stupidité me vase, et j'entends : « Travailler plus, etc. » Pour quoi? Ma gueule, oui! Ca me fatigue, moi et ma folie maso. Je brouterais plus un près ravagé de fougères sèches et hargneuses que de bouffer une seconde de plus la maladie, cet oeil déliré devant le miroir. De vieilles bêtes archaïques! Un cimetière d’ailes sans oiseau, un cimetière de puits sans eau, une panique sans avenir propre. Je veux bien crever d’ici cent ans si dans dix mille ans le travail travaille encore pour lui-même !
*
L’être humain néanderthalien naissait d’un sur-place. Marchait à reculons sur un tapis roulant, - c’est poésie !
*
Pour tout être en place : c'est perdu! - Voilà la joie nouvelle!
Les mouches réapparaissent autour de ma lampe : elles sentent l'avenir et la dé-com-position. Elles flairent les modes qui se changent dans le néant, l'être qui se perd comme la poudre d’une heure sans liant. Ca me rappelle un été, plein de guêpes, de mouches et de taons. C’était tellement chaud et solaire qu’assis à poil dans l’herbe et rieur rien de ces piquants ne me gênait, bien au contraire c’était une heureuse louche qu’à Vienne on ne connaît pas.
« Gardes! Venez à ma porte!
Demain n'aura besoin d'aucun garde ni d'avenir, ni de passé, ni de présent, mais d'évidence intégrale. - pas éternelle : intégrale!
« Ce n'était pas mon amour... Gardes, prenez-moi.
Je me suis tiré du lit dans le seul but de l'écrire : « Je me suis tiré du lit ». Je me vautre courbe dans mon fauteuil de bureau.
C'était un rêve. Je ne sais plus où je suis, j'ai des hallucinations auditives, des femmes taquines qui chantent.
Je fais défiler la liste de mes amis et amours - nulle personne à qui téléphoner à cette heure d’enclave où sonnent les matines, alors je rebois, repense à mes amours ratées. - Je m'en veux et m'abandonne un temps à la plainte des esclaves, je suis tout petit sous la grosse croix. L'ombre est écrasante et pourtant rien ne ruine ma profonde joie - il est meilleur que je dorme, « je » sera sauvé; pour « l'autre », je veux dire ce que « je » suis - la joie parle en effet de n'avoir plus à être sauvé. Quelle joie ! C'est affaire innocente. Mais : il ne faut pas le dire! C'est évidence.
Contre qui est-ce que je hurle ? Quelle est ma guerre ? Pourquoi au juste serais-je un combat ? Je me fatigue et j’écris mal. Quel est mon adversaire ? Pourquoi aurai-je un adversaire ? Je ne pose pas les problèmes : ça m’éclaircirait.
« Donner » - l'Eglise a fait du don une enchère rate, marâtre, une vraie vilénie, un mystère, une vertu si haute, un vice en rien perméable à l'imperfection - ainsi les Papes en tous genres : une concentration pour le passage béni de tous les vices.
… mais quel est mon adversaire ?
Je ne suis pas athée, je ne suis pas agnostique, je ne suis pas croyant, je ne suis pas animiste non plus, je ne suis pas panthéiste, ni je ne suis autre chose. Je ne suis pas, et cela forge ce que je ne sais pas dire que je suis que je ne suis pas. – Je suis athée, mais comme je ne le suis même pas, ce n’est pas moi qui le suis, ce sont les autres.
Rien, je ne suis rien. Mais comment le dire, sans tomber sur un de ces tarés qui croira m’aider en m’annihilant ? Je préfère donc ne rien dire, et de surcroît garder pour moi que le verbe c’est l’être.
Eric Vaissière chante -
do (do mi sol do) sol sol (sol do), mi fa sol la (fa), si (sol 7), do, re (sol), mi (do), fa, mi (do), re (sol) - si do re mi (do) re mi fa sol (do), fa mi fa (sol 7)
C’est une belle aventure.
Passé, durant trois heures, face à l'église morne et géante d'humilité les corneilles calmes de Dienay que je sentais prier Dazed and confused sans rien oser dire. De ma voiture je suis sorti et j'ai pissé, avec sous le bras le dernier numéro du Magazine Littéraire que je n'ai évidemment pas ouvert en un tel instant de gloire - j'ai regardé le ciel, ou pour mieux dire : je me remplissais de grand vide, je vidais le vide de vide. Je me demandais ce que je suis dans le ciel bite à la main le vent soufflait aux herbes de s'en rapprocher sans jamais toucher, poliment. Cela me levait une sensation érotique qui ne me déconcentrait pas du ciel. Ciel bandant.
Cette nuit j'ai écrit un long texte surchargé de désespérance… pour l'anniversaire de mon père. - Je chantai et ce fut une interminable mélodie, un interminable thème de lac plein d’épines, d’épicéa, étonnant car je contredisais. Autant dire que je ne sais pas écrire autre chose que des larmes. - De cette évidence je me suis fait le rire : je célèbre Noël, et tonds neuf agneaux dont je ne croque pas un morceau mais chacun me passe dessus. - De ce courrier à mon père, j'ai réduit quatre pages en une seule pathétique truffée par quelques rires sérieux. Toujours le registre du « Je me souviens », la mémoire, l‘idéal, la réminiscence en directe. Au reste, mes finals sont superbes, bien ornés, presque parfaits. Je n’écris que pour fabriquer la meilleure conclusion. Je suis très bon dans le crescendo qui en une phrase achève. Puis, tout à fait subitement c’est un effondrement
Vanité vaine vanité : j’ai voulu n’écrire qu’une interminable suite de points, une interminable suite vaine. – Il faut évacuer la Bible parce qu’il n’est pas le seul livre. Il ne l’est pas et il est temps de se le dire ! Je tremble moins en approchant la Métaphysique d’Aristote, je tremble moins approchant Ecce Homo, je tremble moins devant les écrits qui ont ouvertement voulu se servir d’eux-mêmes pour être un dieu, car c’est ainsi qu’on est un dieu et seulement ainsi qu’est un dieu. La Bible et sa finale expansion le Coran est un trésor pour tous les pirates du pouvoir, c’est un outil pour se camoufler, non pas une vision achevée, c’est une vision esclave et non pas un lendemain. J’emmerde tous les fascinés : ils tuent ce qu’ils aiment sous Dieu quand ils aiment cette quête d’un vide irrésidant sinon en là que leur cœur a transfiguré dans le désert, parce que le désert c’est facile pour y laisser ce qu’on a à cacher, personne ne viendra le rencontrer ! Hier je me suis violemment talé les bras, sur des pierres léchées par l’eau : j’ai les bras bleus, encore, comme encore. Il y a des bêtes qui ont croisé cet abandon, et qui le redressent, et qui ne te détestent pas mais discutent parce qu’elles le méprisent, ce livre abandonné, à force d’être écrasées, par politesse elles s’en tiennent à le mépriser. Des mouches renaissent partout, saleté, et c’est envahissant des mouches, et ça baise. D’une dizaine tolérée j’en viens à une petite centaine. Tu n’as rien vu fleurir, tu as été conne et con et tu le sais. Ta vie tu la vois fuir dans le vent. Débile ! Débile ! Eh bien cette chose que tu as laissée dans le désert, elle te pardonne. Libère tout, libère tout : cette chose que tu as laissée dans le désert te pardonne déjà en soi. Je suis rien, la mort de l’hiver, tu peux m’entendre. Le sable sera juste quand tous serons reclus, comme de la roche, invisibles, ployés quand nos têtes seront nos jambes repliées. Clairs comme la nuit, absents ou bien trop présents, soi, vides. Mon nom tu le sais, mon adresse tu la sais aussi, ton intelligence te la donnera. De là où je suis, bien sûr tout devient vraiment débile. Mais j’avance avec l’océan qui est franc net là au moins comme célébrée infinie l’océan le corps dure plus que le temps. Je vais droit et basta !
La parole qui se veut vaine, ainsi la mienne, nulle dans la nullité au-dehors de la nature, forte comme la Vie est forte et toute force, toute matière, je n’ai jamais levé au ciel la forme cruelle d’un corps. Pas de bouc émissaire, et pourtant je crache sur le prêtre de la cruauté il m’est intolérable elle m’est invivable ! néant foiré ! foire du néant raté ! Ah ah ah… Là, c’est être déjà arrivé fou bon admis bien orné de la parfaite démence, ô humain (on croirait un vif allemand). Les seuls qui en doutent ont oublié leurs impressions initiales vives, car s’ils lisent ça alors vous, c’est-à-dire ils sont déjà embarqués. Embarqués pour ne pas mentir, et dire que ça fait chier les mouches !
…Je dois admettre cela : rédiger le fait d'un anniversaire est pour moi rédiger un acte de décès - qu'on ne me demande pas d'être une fête! je me maquillerai d'une lame mal affilée, et je ferai pirouette et la roue comme un soleil versicoteux. Benjamin me le dit depuis longtemps, que suis « romantique », en somme un gars du peuple à l’écoute attentive de ses émotions, et qui dans ses émotions trouve la raison. Un fluide rouge et noir « amoureux d’une étoile ». Certes, je le suis ce « romantique », et pourtant, ce que je vois de plus fort dans l’ordre romantique n’est pas ce que je vois de plus fort en général ou couramment. Romantique, ce que je vois est terrifiant ou à tout le moins sublime tant je suis forcé d’y considérer le cercle parfait de toutes les démesures. Il s’agit d’une tête de lion au yeux d’une blancheur vide, une tête immense comme le mouvement de l’immobile, dominant le ciel dans un puissant souffle de sable : je comprends cette image comme celle d’une explosion terrible, et je la redoute comme inadéquation à l’avenir de toute forme personnelle d’être autant qu’elle me fascine comme épanchement de toutes les forces du vital interne. L’autre, est une circulation de scintillements bleus – cette circulation et ces scintillements bleus sont tous les corps parmi tous les mondes.
- Ces temps-ci écrire est pour mon compte être lamentable : exact opposé de l'impulsion qui me constitue. Mais bon c'est bien moi sans doute puisque c'est ainsi que je fais. Être comme pouvoir-être. L'être parle certainement la rétention de puissance que l'on est incapable de supporter. Il est désormais possible de dire, si l’on est sincère, le mot « nullité ». Mais en rien fabrication artificielle (c’est indicible). Pour « nullité », plutôt : surgescence résorbée de la nullité.
Comment pourrais-je être su ? Il a fallu qu’on m’apprenne à faire le singe, savoir : l’humain passable. J’y ai mis du mien mais j’ai tant d’œcuménisme en moi, Dieu que je suis faible !, que je n’ai pas voulu lâcher les autres, le reste, les salauds, ceux-là qui tuent tout devenir parce qu’il croient que l’avenir de la création est limité par leur fin d’espoir. C’est faux ! Qu’ils se réveillent, avec l’accueil du matin, amical, sincère, plein. La nouveauté non mais les potentiels ont paru ! C’est ma dernière affaire les concernant, vous concernant : je vais me coucher et me consacrer à vivre.
Je vois précisément ce que je ne dois plus être, tout ce que j’ai été. Je dois être ma contradiction et précisément je serai. C’est assez étonnant, d’être moi, ainsi cette répétition. Car étant ma contradiction je ne serai alors pas autre chose que ce j’étais déjà. Il me faut être cet autre, que je suis, que je ne nomme pas mais est Cédric. Une route de nids de poules dans un désert plein d’étoiles.
Essentiellement il faut ne pas perdre de temps. C’est le seul message qui soit bon à transmettre : qu’il n’y a pas de temps à perdre. Non pas faire n’importe quoi, mais au quotidien ne pas perdre de temps, très simplement. Personne pour faire vivre un écrivant comme Benoit Lecoin, : ça me livre cette fureur qui fait sauter la raison ça chemine partout c’est parfait comme exploit les reines qui président à la mort veulent de moi ma patience, ni ma douleur ni mes mots.
Le Phèdre de Platon est parmi les plus beaux textes imaginés par mon regard. Je suis si fatigué... en train de relire tout ça, toute cette masse, et combien ça me rends malade ! je suis dans mon appartement, hier j’ai eu une « crise ». Ma lumière est basse et mes habits sont propres je me prépare pour lundi pour accueillir amie je pense à mon amie qui me manque où nicher je cherche encore des arguments pour me convaincre que stop, rivière. Je suis si fatigué... que je me refuse même au dormir. Si seulement! si seulement j'avais été épris en main lors de ma grande oeuvre, ma grande explosion neuronale, de huit ans et six mois sans humanité!... Je me suis épris en main. Les médecins doctes ne me trouvent pas. - Je m‘endoctorialise moi-même! Au lieu de traitement chimique, un vaste poème épique, une harde gambadant, - je suis une tête en bois de Mongolie -, et ce hurlement, mes propres tympans ne l'entendent! par infrasons ne l’entendent! 14, 13, 12, 11… Mes pauvres, mes glorieux tympans le vivent. C'est un cri de poisson, une plante sait supplier. Ces jours-ci, je ris encore mais par lassitude.
Ma table est devenue bien courte, mon appétit aussi, et les amis qui offraient à mon esprit une distraction de cent mains intelligentes pour des milliers de doigts au travail se comptent à présent sur, tout de même, deux mains. Je dors mes journées sur les monts désolés du Suzon; j'aime et joie! on veut bien m'épouser, mais non seulement je ne peux rien assurer car je suis ermite sans envers ni endroit : je ne peux rien répondre.
… D’autant qu’en ce jour… Premièrement : ma main droite se paralyse et ça dure depuis trois heures : ça handicape ! Ce jour-ci dont il est question : pour la première fois je chiais vert. Il faut bien considérer le fait que nous étions à la fin du printemps et que cette verdure était de saison. Cependant, ce n'est pas telle qu'elle (me) parut. Bien au contraire, lorsque je vis la chose ainsi enluminée, ce fut un hiver mental en moi (parce qu’on ne chie pas vert comme on jonglerait au milieu des saisons : c’est net, ça ne ment pas le corps malade ça fait de la merde qu’on n’entend pas comme il faut parce qu’on l’entend trop bien). Ca n'a rien de prévisible que de chier vert, un vert de cuivre oxydé. J'avais l'impression d'avoir chier quelque toit de Paris ou bien quelque sculpture - et c'était du « moi »! digéré mais du moi tout de même. C’était si original! j’ai aimé vivre cela, l’exister. J'avais déjà chier du sang, mais cette oxydation glauque jamais. Je m'étonnai puis me surpris à réfléchir, à penser au fait que beaucoup d'alcooliques notoires et notables avaient dû connaître ça. J'analysais mais j'étais effrayé. Je pensais à Bukowski, à Verlaine, à Hemingway, et conceptuellement à d’autres inconnus; bref je pêchais à Cuba et ne savais plus comment pisser sans canne en main. Puis, la terre fit paraître un événement (que je fus) : je me mis à observer depuis les chiottes une canette de bière qui m'avait l'air louche, lorsque soudain celle-ci se dupliqua; bien entendu je cru alors devenir fou. Or, c'est à l'instant précédent que je l'avais été, puisqu'il y avait bien deux canettes et non pas une. - Ainsi je restai tranquille.
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J'ai laissé la déclivité des caveaux
Ma chevelure avance en bord de mer
Non pas je suis sorti des eaux
Non pas je suis - peut-être - sorti dans le sable
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La nuit sommeille toute vive en mille palmes de soleil pintées et ivrognes
Là-dessus je passe de liane en liane et me danse, donne, traverse, lance moi jette à la mer
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La forêt (forer, forare, for,...) c'est celle où de la parole ne se dit pas, et qui parlera si percée, et qui percée sera, aussitôt et sans remède, sans non plus avoir émis aucun son, muette. Le son que la forêt émet est ce-lui là du silence, à l'oreille de l'être qui n'entend que le discours - ce-lui là n'est rien. A l'oreille de l'être qui n'entend rien du discours, "ce-lui là" est tout, et même trop plus que tout. La forêt est un modeste magma de paroles inouïes, que la forêt ne dit jamais sans cesser aussitôt d'être forêt.
14113
Ciel : caelum. Voûte (céleste). Voûte : volvere : rouler, faire rouler. Deus, deungo, deuro, etc…
Dieu : l’onction du ciel qui se roule et par-là se fait ainsi qu'est dieu. Onction d'où tout "le reste" s'éteint, spontanément consumé. Dieu est le phénomène le plus global de la perception immédiate. Dieu est perception. Dieu : phénoménologie la plus pure, ou la plus simple, du monde physique. Tout ce qui sort de ce registre phénoménologique physique, est autre et n’est pas Dieu, au pire est subordination et aliénation de l’infini à Dieu comme Registre.
14114
J'ai laissé la déclivité des caveaux
Ma chevelure avance en bord de mer
Non pas je suis sorti des eaux
La Nuit sommeille toute vive en mille palmes de soleil bien pintées et ivrognes
Et le seul geste d'écriture calme les kératines secouées ou crissantes
Là-dessus je passe de liane en liane et me lance, donne - je me jette à la mer
D'un cri rauque et strident répété, puis humain, là, enfin,
Ma Joie pleine, humaine, vive déséternisée !
Ô Ciel ! caelum ! Voûte roulée ! Deus et deuro
Un temps je fus encore parfois Dieu : l'onction du ciel qui roule, roule, jusqu'à la bonne courbe, et ainsi aime s'aimer et l'amour et aimer, mais répudie l'étoile. Un temps je fus encore parfois Dieu : le phénomène parfait de ma globale célérité. Un temps je fus encore parfois : perception ! Ma pure, ma simple, ma physique perception...
Enfin, je fus demain, et ce fut un jour qui me tire plus loin sans être jamais. Joie !
Vis, vécus, vivrais ou vivrai (certaines ignorances réjouissent) cent rouleaux colorés et mes lignes de saule-sequoia vainqueur, qui en croisent ainsi mille, et mille visages de carême, et cent vingt de furies étonnées, et des légumes et des fruits sans tuteur ni semence. Ma course va pleine, hallucinée, étonnée, mais jamais surprise, et je passe de liane en liane, et puisque mille phoenix sont les mille tissus divergeant qui nous confectionnent, j'ouvre ma voix à la mer, qu'il en sorte les paroles tues dont je ne saurais parler, celles-ci qui bisent et brisent, et soudoient la dague sous la veste, et qui chantent pour la nécessité des Danaïdes au tonneau, et celles non tues mais qui me sont un pré d'or à dire
Le masque absolu c'est d'être soi
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