Disparité
Pour Symon, poète
(1981-2009)
Merci à toutes les personnes auxquelles j’ai pensé dans cet écrit :
Laurence Jourdy, terre pré mammifère d’émeraude fertile étoile et girolles frappe du pied nuit levée liberté amour
Franck Martin, chef voyageur mythographe convoyeur acide par les ruses du temps de l’or âme le sable être-hors en présent illimité doigts main merci
Laurent Bondet, écriveur traceur de routes cartographie des sables fiables oiseau de pluie fraîche ivresse défoncée portes cristal d’un grain direct chantonne
Christophe Michellod, voyageur pluriel de l’humain infini marche né d’avant-naissance je me parle je n’est pas je sont tout cigognes partis les cadres l’infini la plus belle tronche de la Terre j’avance à jamais la lumière est la taille du pied
Jean-Claude Gens merci
Jean-Luc Bourdon, silence est cœur humaine vie
Mon frère, Yannick, liberté amour forte toute ethnies plurielles et nettes et furieuses et tous les volcans qui cherchent s’aimer en terre la paix c’est inutile mais je ne crache pas je construis meilleur corps-yeux-visage éclaircie d’avant-naissance je n’avais pas pensé une vie si ahurissante il faut faire
Benjamin Veyrac… ineffable, ineffable je me refuse et j’aime vie comment ne pas être soi si le temps nous trompe parfaite voix simple extrême perfection du souple un germe
François Bugnot, terre d’exil aigle et condor hauteurs marines roches frappé de grains né liberté
Stéphane Tourez, parole d’humain foi déjà-là toute forme devenir être-là le mot est le corps
Zahia Karmoudi, avenir, force impensée le sourire lieur du chaos Rudra
Marie Lansac, avenir reine cérébrée en tout objet maîtresse inouïe danse absente célébrée infinie l’océan le corps dure plus que le temps
Jérôme Carre, rencontre de Joie entre foudre et terre explorateur les soleils marins hallucinants
Alex, insculpté chaman
Safya Barnaga, airain doux et battant d’une forêt d’épices fraîches forte tout autre – liberté Rudra
Mon père, anarchiste amoureux jumeau seule confiance
Ma mère, scribe amazone
Mon grand-père, être humain, force et joie
Ma grand-mère, au ciel sud aimant mélancolie
Ma famille, toujours présence
Mes amis, courageux
La commune de Villecomte, remuages saisonniers de couleurs et reliefs paix bizarre
Lionel pillot, lumineux : merci pour cette étonnante fidélité, amitié par tout
« Nous appelons disparité cet état de la différence infiniment dédoublée, résonnant à l’infini. La disparité, c’est-à-dire la différence ou l’intensité (différence d’intensité), est la raison suffisante du phénomène, la condition de ce qui apparaît »
Différence et répétition, 287
« Putain… Mais qu’est-ce qu’on fout ici en plein milieu du désert ? »
Las Vegas parano
Je ne veux pas écrire une histoire. Je voudrais que les mots écrits en deviennent une.
Je voudrais pouvoir n'écrire que ce qui reste des mots lorsque toute trame leur a été soustraite; que ces mots soient la pulpe d'un navet, d'une orange, d'une tulipe, d'une tomate, de corps vivant sa vie : d’humain, une lumière aqueuse et ferme, sphérique, battue, humain tenu du bout des doigts. Parce que, une histoire ça nous arrive; Or, métal! vivre c'est déjà "l'arrivée". Tu traverses entre deux fleuves qui n’ont pas de rive.
« Il y a ». - Etrangement, si j'entends bien l'impersonnel d'"il y a", cet impersonnel est le gouffre qui constitue toute subjectivité. Sans il y a il n’y a. Dans les sommets de ce gouffre je préfère habiter, à ce col d’immanence où s’abat ma réelle nourriture terrestre sans sucrerie tunisienne, où les encodages magiques construisent le singulièrement c’est un corps, construisent l’unique, la matière de nouveau.
Parce qu'une histoire c'est toujours l'histoire d'un il y a, tout lecteur invente son propre réseau d’interprétation pour le ralliement dans la distance de l’il y a.
Je préfère le pouvoir recelé des mots. Je préfère l'intensité invocatrice des mots. Je préfère la puissance mythologique du langage, le défilé de son cortège dans la compaction.
Et cela tombe bien car je ne trouve pas d'histoire. Dès lors que l'idée d'une histoire m'emballe, j'écris deux lignes, parfois dix, vingt ou trente, et puis cela suffit. En fait, ce n'est pas l'histoire qui m'importe mais l'idée, le concentré d'idée.
Puis je paresse vite. Alors je détourne cette paresse en y reconnaissant de façon approuvée un angle de ma manière d'être, d’être un style (on est un style comme une vie : un type). Je suis lucide quant à ma paresse, mais presque autant convaincu du fait que la paresse est, sous l'angle de la vie, un atout parmi les atouts d’une singularité. - Être ainsi, ça peut être en fin de compte que la vie cherche dans cet « ainsi » une manière autre, singulière et neuve d'être. Il n’y a pas un corps qui ne soit une nouveauté c'est du moins sous cet angle que je considère à peu près tout, si bien que peu de choses me sont amères - et il ne s'agit pas d'un « ainsi soit-il », mais bien plus : par là, la vie présente quelque chose d'elle, puisque rien de ce qui est n'est hors de la Vie, et que rien de ce qui est Vie ne peut être autre qu'un concert de puissances telles que la Vie, puissances vives, et que rien ne peut sortir d'un concert de puissances vives qui ne soit une nouveauté heureuse. Il me paraît que toutes les formes terribles prises par la vie l'ont été parce que la vie était empêchée d'effectuer sa nouveauté de bon heur. Or comme il n'y a que la vie, la vie s'empêcherait elle-même? Je penserais plus volontiers qu'être humain c'est être d'une certaine manière la vie penchée sur sa propre lecture, l'insurrection de la vie face à elle-même (cela que l'on nomme la conscience) et, dans un premier temps, effarée de se voir, effrayée, ce qui aura développé en elle beaucoup de bubons noirs. Puis dans un second temps, la vie « se fait à » cette idée d'être. Se faire, est être. Alors elle peut être libre. Mais pour ce qu'il en est de ce second temps, je ne l'imagine pas pour aujourd'hui, mais peut-être pour demain, ou peut-être pour ce soir car j'ai le sentiment que quelque chose de tout à fait dégagé est déjà en place parmi les hommes, dans le corps assuré de certains, quelque chose qui n'a plus le même besoin de réfléchir que durant ces derniers millénaires : la raison, le langage, la sémantique étant mieux libérés, mieux acérés, sachant mieux fendre les entraves de tous intérêts.
Beaucoup considèrent une certaine littérature comme médiocre : j'y vois pour ma part un heureux symptôme de guérison car je ne fais pas vraiment cas médiocre de cette littérature (très étendue) mais bien plutôt y sens un événement heureux du « nulle entrave ». Je ne crois pas avoir souvenir d’aucun cas qui me paraisse limite. Et ce n’est pas une manière détournée d’être flatteur à mon endroit. Je vois mes défauts, nombreux, je les vois même avec cette œil trop aiguë pour ne pas y pénétrer - répétitions, alourdissements grammaticaux, détours d'allure incertaine voire inutile, inconséquence, rupture du sens, repos du sens sur de seuls mots, stupidité, ingénuité, mégalomanie, ironie trop ou pas assez tonique pour être immédiatement perçue... vision qui de plus est bien entendu limitée par l'intelligence inhérente à ma vision. - J'ai la chance parfois malhonnête d'avoir plus ou moins laborieusement travaillé à soustraire le jugement du regard que je porte sur les choses. Je ne conserve que la perception instinctive de l'oppression, et - cette perception n'est de toute manière pas négociable.
J'ai l'impression de pouvoir paraître assez nonchalant, ou bien paisiblement relativiste. J'admets que mon voeu le plus cher est d'habiter une maison simple en montagne (d'un fond proche et lointain le Jura m'interpelle comme une ancestralité dominant, comme on le dit d’un thème en musique), et de marcher du matin au soir en pratiquant une infinie culture géologique et botanique. Je me sens plus souvent proche des hédonistes que d’un tout autre groupe. Et cela parce qu’un hédoniste peut très bien être aussi colérique, sans que, à la différence de tout autre groupe, sa colère soit l’éclat d’une sclérose. - Ce que je voudrais là, c'est écrire quelque chose de très simple, de vraiment très simple, sans rien trop théoriser, ni construire ni travailler ni retravailler. Juste une manière assez facile de l'écriture; une manière assez jeune ou, encore une fois, pimpante de simplicité. Qui me connaît dira que ce que j'écris ce n'est pas moi. Qui me connaît assez bien pourrait dire qu'il y a bien de moi là-dedans. Je ne pense pas être entièrement cela (que j'écris) - penser cela c'est bien heureux et c'est évident. En me restreignant à n'écrire qu'avec un propos simple, je pense faire l'expérience de me voir apparaître. J'aimerais bien. Pour ce jour je ne parviendrai pas à écrire ce pimpement simple, c’est dit d’avance. Il conviendrait mieux de nommer et d'appeler cet écrit : Cécité de Narcisse (mais je sais d'avance que je ne retiendrai pas cet intitulé).
J'ai pendant un instant voulu reprendre le terme « appeler » qui apparaît dans la phrase précédente - mais d'une part je me suis mis en disposition de ne pas le faire, et d'autre part l'idée d'un appel me paraît favorable à cet écrit.
Dois-je me présenter? Je ne le sais pas mais je n'en ai pas l'envie. J'aurais en revanche l'envie, le plaisir que l’on se donne par avance, de me décrire d'apparence, ne serait-ce que pour me rappeler à moi-même plus tard ce qu'à lors j'apparais comme étant.
Là : j'ai la jambe droite croisée sur la jambe gauche. Je porte un jean, retenu par un foulard bleu enfilé où l'on enfile la ceinture. Je porte un pull bleu très foncé, avec trois fermetures éclair qui coulissent mais n'ouvrent sur rien - une sur le flanc gauche, une autre sur la poitrine droite, l'autre sur le biceps gauche -, mailles verticales espacées sous quelques millimètres de faux plat, le col évasé presque jusqu'aux épaules. Mes cheveux sont détachés, bruns. Je ne me suis pas rasé depuis quatre jours car j'étais à la campagne, dans un pré. Face à moi il y a deux bouteilles d'eau minérale, quatre blagues de tabac chacune presque vide, un cendrier en bois posé sur un paquet de gitanes vide, un verre vide, un numéro du magasine littéraire ouvert recouvert d'un paquet de mouchoirs, de textes, de deux paquets de feuilles, d'un livre, il y a en amont de ça un autre cendrier en pot de yaourt, à ma gauche un troisième improvisé dans un bol, une feuille griffonnée de mots à l'encre rouge sur laquelle je fais circuler la souris de mon ordinateur. Il y a un briquet, une ordonnance médicale, deux enceintes et l'écran de mon ordinateur sur le pied duquel est fixée une petite horloge dorée qui ne me quitte pas et ne cille plus que dans un non-là, offerte par un ami cher qui enseigne à Bethléem.
Non, en fait je n’ai pas envie d'écrire ça.
Hier soir j'étais dans le pré de mon amie, en sa compagnie. Nous mangions les girolles que nous avions tout deux ramassées en forêt durant l'après-midi. Il faisait un peu frais et pluvieux, tandis que parmi les journées de la semaine passée certaines avaient été ensoleillées et chaudes. Nous nous sommes enfoncés dans une forêt près d'Arnay-le-duc pour nous tenir la main dans le silence - un vrai beau silence chlorophylle et excrémental de photosynthèse humaine. Les branches gorgées d'eau à terre s'effondraient sous nos pas. Mon amie était surprise de voir autant de bébés chêne recouvrir en effet le sol, tandis que charmes et hêtres se tenaient hauts et à demi droits comme de minces vieillards presque fraîchement nés. Les limaces étaient exceptionnellement longues et larges. Nous avons imaginé un repas fait de ces vaillantes limaces, et avons compris que la peau devait être trop épaisse, et qu'à moins d'avoir toutes les dents faites pour préparer la digestion du caoutchouc il ne servait à rien de s'essayer à une telle cuisine. - Je me demande très profondément, fondamentalement ce que doit être la vie d'une limace, retenu que tout être a un monde et a le monde qu'il est. Je me suis accroupi et ai posé la main droite à même les feuilles terreuses - quelque chose s'éclipse qui laisse place à un large vécu, proche de ce que j'entends par "infini" sans que cela ne soit nullement "océanique". C'est le monde non pas sans ma présence mais sans ma présence en tant que sujet de l'humanité. - Je me sens inter-essé à la limace. - Hier soir nous avons mangé des girolles de cette forêt, cuisinées avec un peu de beurre et de persil, puis trois oeufs achetés chez une voisine. Nous regardions le soleil et nous laissions gagner par la lente extinction de la lumière. L'air était froid, le ciel gris bleu et par endroits fendu de large faisceaux blancs, au milieu du pré de mon amie, un verre de rosé avec nous et du Comté pour fromage. - Ce moment me touche comme la vie touche en chaque instant, sauf que là par exemple il est un instant où au sens strict magistralement ça se montre. - La terre se faisait humide, le froid gagnait. La lumière avait pris tout l'horizon que le ciel lui cédait encore, et si ça n'avait été un soleil approchant sa fin terrestre et se magnifiant au Final, c'eût été notre nucléaire lumière de fin. Croquer un morceau de pain. J'étais heureux : je savais que le meilleur restait, de me retrouver avec mon amie dans sa caravane où nous nous éteindrions l'un et l'autre dans une heureuse chaleur corps à corps.
Je frôle souvent la tristesse, et la contourne parfois par des thèmes nostalgiques. J'essaie de ne pas écrire de tristesse. Non que je m'y refuse, mais : ça ne me semble plus l'effort que l'on doive injecter dans l'écriture pour la rendre plus honnête, ni que triste dans son écriture doive être l'écrivain pour manifester sa lucidité. Ca, c'est fait, déjà et trop fait. D'ailleurs, l'écriture, il me semble, ne devrait plus avoir à être un ensemble qui fonctionnerait par le médium d'une impulsion interne, impulsion venant de l'interne qui est toujours triste : - écrire c'est déjà l'"être". La joie déborde tout l'interne et n'est en rien affaire interne. Il ne s'agirait pas d'écrire sur le fait que l'écriture est une impulsion pure, mais d'écrire l'impulsion telle qu'elle est : impulsion informée sans autre médiation que la médiation qu'elle est déjà. Sans doute beaucoup de nos gages et de nos tumeurs narcissiques se ventileraient.
Je ne me vois aller en nulle part. Désirer me rendre, c'est autre chose. Encore une fois : cette baraque très simple dans la montagne, avec assez pour cultiver, aller au marché d'une petite ville à "une heure de là"; une baraque avec un peu d'un chauffage intelligent, avec de quoi écrire et stocker mes livres, pouvoir me servir un verre et en offrir, et recevoir ma famille et mes amis et leur cuisiner un bon plat. - Hormis cela, je n'ai proprement aucune ambition. J'ai des fantasmes forts, et ils m'aident pour réaliser l'ambition de n'en avoir pas. Mais essentiellement, l'ambition de rentrer au soir tombant avec une personne aimée après que nous ayons flâné, ri et dansé dans la montagne me va pour éternité.
Nous avons tenté de voir les étoiles, mais rien d'un jour n'avait lieu ce soir-là. Au reste une étoile c'est soi. Nous avions pour manger des guirlandes de girolles stellaires dans l'appétit repus. Nous mangions et pensions que c'est éternel. Mais, et si je l'avais pensé j'aurais ri : l'écrit seul dépasse le temps. C'est que l'écrit n'est pas affaire d'écrit mais d'envergure de la pensée pour oser aller se réduire immensément dans l'écriture. La pensée peut être un géant, et à l'écrit n'être pas supérieure à toute puce. Là quand l'écrit dépasse le temps, c'est le là quand la pensée devient plus grande en se réduisant au mot. Cet instant plus-que-plein, est un parfait instant d'explosion. C'est être parfaite bombe. Le direct de l'écrit est un éclat de rire. Une étoile est un moment qui n'oublie aucune autre étoile, c'est être cette bombe qui absorbe tout espace vide et fait de l'univers entier un immense éclat de rire. Nous le savons, de marseille.
Ne pas oublier demain que sans doute, un jour, est ou sera aujourd'hui. L'odorat nous guide dans la répétition immédiate. On m'a collé face à moi dix crânes sans que je comprenne pourquoi. - A l'inverse je compris un peu la vie et presque aussitôt je compris un peu les crânes. Et je ne compris pas Hamlet ni son humour avant que d'avoir entendu Rossini. Et je tombai amour des plus beaux crânes et des superbes, et des corps chantant en joie le risque évident d'être déjà tous les crânes. Et j'ai opté. Ce furent de si belles girolles!
Je crois avoir écrit l'idée de ce que je désirais écrire, et je crois bien que cela me suffit. Une esquisse simple et facile de vie, - ça me va.
*
« Les astérisques sont un repos pour l’œil et pour l’intellect » (Thomas Mann, Docteur Faustus)
« Ah, brigand ! Le brigand le brigand le brigand ! Ah, le brigand !
_Que brigues-tu ?
_Ah, le brigand !
_Que brigue-t-Il ?
_Ah, le brigand !
_C’est sans réponse.
Au départ : de la musique et trois bouteilles d'un bon vin mousseux bien pourri acheté à moins d'un euro pièce. Du moins c'est par là que ça démarre. J'écoute encore la même composition d'étoiles - je ne me défais esprit d'aucune oeuvre aimée - voilà déjà dix ans que je passe cette constellation musicale en circuit ouvert.
Hivernal, saturnien, j'ai beaucoup reniflé ces temps-ci - mon corps étant devenu trop froid je pleure par le nez.
Je m'écris en direct. J'ai l'angoisse sans messager, les volumes afformes et vertigineux de l'angoisse. Je traverse à vif le tombeau sans trouver en nulle part assez de nuit profonde par où passer et renaître.
"Ouais... Pourquoi pas, dit la connaissance, astiquant nerveusement le zinc, tandis qu'untel sorti de nulle part dispose les verres nouveaux et qu'un quatrième vide le fût ou bien verse ce qu'un cinquième bras a déjà débouché de vin rouge. Résultat : sept sérieux, deux Côtes-de-Rhône, puis un mandala d'aligoté. Ouh! ça rigolait sec dans les lumières!
...amusant... - c'est le terme qui remonte le plus vite (vers le bec), le mot qui paraît le plus facilement depuis les cous de poulets, ces dinosaures de basse-cour. Saurais-je être grossier sans être à moi-même ce violent faisceau de gerbes qui me dégueule de l'âme? ma propre hache et la tranche et le sang? J'ai délégué à un inconnu ma politesse et ma réception des pardons : je ne fais rien, je ne produis rien, je laisse les effets courir par eux-mêmes comme de grands garçons.
Les loups! les loups! les loups! La Grande Epoque traîne des loups et les abat! Trois mille ans qu'on abat les loups! Est-ce que personne n'entend hurler?! Je veux dire « hurler »?! Le troupeau, le berger, les chiens, les loups : C'est fini! Certaines horloges ne peuvent plus être à l'heure : nous ne sommes plus du temps de l'horloge! Ni des loups! ni des chiens! ni des bergers! La connerie n'est même plus acceptée au ciel! Ouvrez vos fenêtres et lancez vos livres, ils vous reviendront sans colle ni couverture. Des êtres courent les rues, nus de bergers et de chiens et de loups, plus que chiens-loups, et bergers sans chien ni loup. Cependant, - n'est-ce qu'un délire entre le corps et l'Epoque? N’est-ce qu’être le cul posé sur deux chaises trop écartées ? - Je ne suis vraiment près de moi-même qu'en compagnie des loups, ils sont les seuls surréels, les seuls êtres à avoir été inventés, pour que les chiens et le troupeau de son berger existent ! Ils sont les seuls traces et éléments de la vie créatrice : inventés, et la vie est invention, ils sont les seuls corps vivants de vie; tandis que le reste, tout le vacarme cuit de la fausse paix qui se croit maître des loups, et réclame des loups la peau et qu'ils respectent leur(s) inventeur(s), tout cela, tout le reste est la seule fiction, le véritable bachotage pompé sur le bon élevé Dieu, car tout le reste est le véritable outil éphémère de la vie dont le seul sens a toujours été de créer, pour l’éliminer, la source propre de vie les loups. - Que les bergers qui haïssent les loups sont des erreurs vivantes, par la lune à ma tronche je le hurle! et brûle du bleu de vivant.
*
J’ai peur de l’avenir proche, mais je préfère me taire.
Un peu de blues, un bon morceau de blues. Je m'écroule.
Pas une tune : ça à l'air de traîner comme une rengaine, une gangrène; de devenir un principe politique de ma vie... Et demain on va tous danser? Mettez-vous au travail pour gagner plus… - Il faudrait penser une tronçonneuse abstraite pour amputer le réel de ces paroles non seulement ineptes mais inqualifiables et odieuses et vides. Seul un débile a droit de le dire! – L’a-t-il dit ? – Je regarde autour de moi, et ma tête est sans panique…
L'idée de travail est ce qui reste dans l'esprit de l'homme ne sachant plus penser. Le « dernier homme » travaille, il est idiot. Frustré, l'homme qui ne sait plus penser devient tyrannique et impose le travail comme une évidence. Et puisque tous sommes frustrés, tous nous en convenons comme d'une évidence. Mais jamais n'en convenons comme d'une preuve flagrante d'une éventuelle imbécillité propre à l’instinct de travail, comme d’un manque d’imagination. Le sens n'a jamais été, ne sera jamais et (car) n'est pas : le Travail, le labeur. Tu es un bœuf ! Il est un bœuf ! Tout être est bœuf ! - Non ! Si le travail en est un laborieux, alors ce travail n'en est pas un réel mais une très classique exploitation de soi par soi, par « l’autre ». Jésus s’est choisi pour nous, je ne l’ai pas choisi. - On raisonne comme un groupe de blattes, on pense « travail » comme une blatte : tout plein d’un corps sans corps, plein d’un corps immatériel. Or, on voit bien ce que c’est que la division du travail : que c’est un effort de l’immatériel pour s’adapter à la matière, un effort du vrai qui est faux pour s’adapter à l’éminence qui n’est ni vraie ni fausse. Perte de temps ! Ne pas perdre de temps ! Voilà une noble tâche ! Nous avons les relations sociales d’un singe vert planté seul sur Mars : nous faisons guerre par convoitise et convoitons même lorsque les rapports sociaux fonctionnent en bonheur. Nous sommes encore attardés, en retard sur le bonheur. L’éternité nous jette dans le bouillon et nous cuisinons le corps, la chair, la peau, le poil, et les os. Pas un mathématicien que l’édition veuille donner à comprendre : c’est une honte ! Les mathématiques c’est du chinois ! Et pourtant plus d’un milliard parle chinois, et dans ce milliard ils sont des millions à ne pas se comprendre. Doit-on éradiquer les chinois, ou bien apprendre ? L’esprit est une touillette géante, démente, sans aparté, hors de toute espèce d’autorité. On entre, actuellement-voilà, de plus en pire, d'un modèle de mieux en pire idiot duquel on sortait, dans un univers où l'idée de société se dissout dans l'idée de groupe : bœuf, tu es un bœuf : labours, besogne ! Ne pense même pas au champ ! Pense ta charrue, vois ton sillon. L'individu doit avant tout trouver un travail, ses qualités (c’est-à-dire sa matière) en retraites. Vois-les, tes qualités, partir et se noyer, bêtaces, volatils sans ailes courir vers l’océan : il est beau l’océan ! Il est bleu ! Il est beau et te bouffe ! Et ce « monde », ce monde imberbe, ce monde infantile et joyeux, enfanté comme on enterre un paquet de nouilles périmées qu’encerclent de petits cailloux ou de petites billes, ce « monde-là » il veut mieux! Il veut le travail ! Travailler et travailler et travailler ! On creuse sa tombe tout du long de sa vie : on est égyptien ! Les premiers chrétiens se sont inspirés de l’Egypte pour cultiver la vie par la mort. Mais cette fin : le travail pur, le travail saint… L'intelligence croyait avoir vaincu le pire? La nuit malhonnête est sans relâche et toujours plus fraîche, elle prépare évidemment des coups très bas et très profonds et effrayants avec cette connerie du travail saint. Ca peut être calmé, mais pas par les nouilles (j’entends les Saints Patrons du travail, et toutes les coquillettes qui en redemandent). Le propre de l’humain, c’est d’inventer l’inédit. Quel avenir inouï qu’être un sac de pâtes pourries ! Il fallait en effet l’humain pour inventer ça. Et des rois enfarinés de blé et d’eau d’avoine nous demandent d'être « au pas »? pour que « ça » tourne, ce « ça » radicalement inconnaissable parce que irréel, ce noumène, soustraire notre individualité personnelle ? J'aime l'opéra, j'adore l'opéra! Je ne suis pas d'un groupe, je ne suis pas même d'une société! Certainement j’appartiens à une tribu, une tribu éclatée et c’est bien. Je ne suis pas même qu'humain, cela que c’est être humain. Je ne suis pas une stupidité faite de matière éternelle, je ne suis pas non plus un levreau, je ne suis pas non plus la mer, je ne suis pas non plus un esclave, je ne suis pas non plus un vengeur, je ne suis pas non plus une main invisible, ni une dette, je ne suis pas et tout cela qui m'empêche d'être moi, cela je le suis, l'espérance et les cons, les corps et les races, ou les peaux pour les esprits fins, ou les cultures, ou les phonèmes, ou les genres, ou espèces, ou même je ne suis pas contre les climats! ni contre la géologie, ni la faune, ou la botanique, ou le monde, mais il semble qu'il faille répondre de façon débile à la débilité pour lui être visible, être lisible ! J'ajoute, pour prouver mon ironie : tous les communistes sont des staliniens et j'abhorre l'idée même de communisme ! Aussi : je suis brave, courageux, noble, je ne suis pas moi-même une grosse bouffonnerie ! Voilà, pour prouver mon ironie, me voilà en plein-mon-corps-maso. Par-delà le monde entier, la rumeur tient du monde qui constitue l'être humain sans jamais faire de lui : un cône défini, la trace dernière de toutes les mémoires ; et la stupidité me vase, et j'entends : « Travailler plus, etc. » Pour quoi? Ma gueule, oui! Ca me fatigue, moi et ma folie maso. Je brouterais plus un près ravagé de fougères sèches et hargneuses que de bouffer une seconde de plus la maladie, cet oeil déliré devant le miroir. De vieilles bêtes archaïques! Un cimetière d’ailes sans oiseau, un cimetière de puits sans eau, une panique sans avenir propre. Je veux bien crever d’ici cent ans si dans dix mille ans le travail travaille encore pour lui-même !
*
L’être humain néanderthalien naissait d’un sur-place. Marchait à reculons sur un tapis roulant, - c’est poésie !
*
Pour tout être en place : c'est perdu! - Voilà la joie nouvelle!
Les mouches réapparaissent autour de ma lampe : elles sentent l'avenir et la dé-com-position. Elles flairent les modes qui se changent dans le néant, l'être qui se perd comme la poudre d’une heure sans liant. Ca me rappelle un été, plein de guêpes, de mouches et de taons. C’était tellement chaud et solaire qu’assis à poil dans l’herbe et rieur rien de ces piquants ne me gênait, bien au contraire c’était une heureuse louche qu’à Vienne on ne connaît pas.
« Gardes! Venez à ma porte!
Demain n'aura besoin d'aucun garde ni d'avenir, ni de passé, ni de présent, mais d'évidence intégrale. - pas éternelle : intégrale!
« Ce n'était pas mon amour... Gardes, prenez-moi.
Je me suis tiré du lit dans le seul but de l'écrire : « Je me suis tiré du lit ». Je me vautre courbe dans mon fauteuil de bureau.
C'était un rêve. Je ne sais plus où je suis, j'ai des hallucinations auditives, des femmes taquines qui chantent.
Je fais défiler la liste de mes amis et amours - nulle personne à qui téléphoner à cette heure d’enclave où sonnent les matines, alors je rebois, repense à mes amours ratées. - Je m'en veux et m'abandonne un temps à la plainte des esclaves, je suis tout petit sous la grosse croix. L'ombre est écrasante et pourtant rien ne ruine ma profonde joie - il est meilleur que je dorme, « je » sera sauvé; pour « l'autre », je veux dire ce que « je » suis - la joie parle en effet de n'avoir plus à être sauvé. Quelle joie ! C'est affaire innocente. Mais : il ne faut pas le dire! C'est évidence.
Contre qui est-ce que je hurle ? Quelle est ma guerre ? Pourquoi au juste serais-je un combat ? Je me fatigue et j’écris mal. Quel est mon adversaire ? Pourquoi aurai-je un adversaire ? Je ne pose pas les problèmes : ça m’éclaircirait.
« Donner » - l'Eglise a fait du don une enchère rate, marâtre, une vraie vilénie, un mystère, une vertu si haute, un vice en rien perméable à l'imperfection - ainsi les Papes en tous genres : une concentration pour le passage béni de tous les vices.
… mais quel est mon adversaire ?
Je ne suis pas athée, je ne suis pas agnostique, je ne suis pas croyant, je ne suis pas animiste non plus, je ne suis pas panthéiste, ni je ne suis autre chose. Je ne suis pas, et cela forge ce que je ne sais pas dire que je suis que je ne suis pas. – Je suis athée, mais comme je ne le suis même pas, ce n’est pas moi qui le suis, ce sont les autres.
Rien, je ne suis rien. Mais comment le dire, sans tomber sur un de ces tarés qui croira m’aider en m’annihilant ? Je préfère donc ne rien dire, et de surcroît garder pour moi que le verbe c’est l’être.
Eric Vaissière chante -
do (do mi sol do) sol sol (sol do), mi fa sol la (fa), si (sol 7), do, re (sol), mi (do), fa, mi (do), re (sol) - si do re mi (do) re mi fa sol (do), fa mi fa (sol 7)
C’est une belle aventure.
Passé, durant trois heures, face à l'église morne et géante d'humilité les corneilles calmes de Dienay que je sentais prier Dazed and confused sans rien oser dire. De ma voiture je suis sorti et j'ai pissé, avec sous le bras le dernier numéro du Magazine Littéraire que je n'ai évidemment pas ouvert en un tel instant de gloire - j'ai regardé le ciel, ou pour mieux dire : je me remplissais de grand vide, je vidais le vide de vide. Je me demandais ce que je suis dans le ciel bite à la main le vent soufflait aux herbes de s'en rapprocher sans jamais toucher, poliment. Cela me levait une sensation érotique qui ne me déconcentrait pas du ciel. Ciel bandant.
Cette nuit j'ai écrit un long texte surchargé de désespérance… pour l'anniversaire de mon père. - Je chantai et ce fut une interminable mélodie, un interminable thème de lac plein d’épines, d’épicéa, étonnant car je contredisais. Autant dire que je ne sais pas écrire autre chose que des larmes. - De cette évidence je me suis fait le rire : je célèbre Noël, et tonds neuf agneaux dont je ne croque pas un morceau mais chacun me passe dessus. - De ce courrier à mon père, j'ai réduit quatre pages en une seule pathétique truffée par quelques rires sérieux. Toujours le registre du « Je me souviens », la mémoire, l‘idéal, la réminiscence en directe. Au reste, mes finals sont superbes, bien ornés, presque parfaits. Je n’écris que pour fabriquer la meilleure conclusion. Je suis très bon dans le crescendo qui en une phrase achève. Puis, tout à fait subitement c’est un effondrement
Vanité vaine vanité : j’ai voulu n’écrire qu’une interminable suite de points, une interminable suite vaine. – Il faut évacuer la Bible parce qu’il n’est pas le seul livre. Il ne l’est pas et il est temps de se le dire ! Je tremble moins en approchant la Métaphysique d’Aristote, je tremble moins approchant Ecce Homo, je tremble moins devant les écrits qui ont ouvertement voulu se servir d’eux-mêmes pour être un dieu, car c’est ainsi qu’on est un dieu et seulement ainsi qu’est un dieu. La Bible et sa finale expansion le Coran est un trésor pour tous les pirates du pouvoir, c’est un outil pour se camoufler, non pas une vision achevée, c’est une vision esclave et non pas un lendemain. J’emmerde tous les fascinés : ils tuent ce qu’ils aiment sous Dieu quand ils aiment cette quête d’un vide irrésidant sinon en là que leur cœur a transfiguré dans le désert, parce que le désert c’est facile pour y laisser ce qu’on a à cacher, personne ne viendra le rencontrer ! Hier je me suis violemment talé les bras, sur des pierres léchées par l’eau : j’ai les bras bleus, encore, comme encore. Il y a des bêtes qui ont croisé cet abandon, et qui le redressent, et qui ne te détestent pas mais discutent parce qu’elles le méprisent, ce livre abandonné, à force d’être écrasées, par politesse elles s’en tiennent à le mépriser. Des mouches renaissent partout, saleté, et c’est envahissant des mouches, et ça baise. D’une dizaine tolérée j’en viens à une petite centaine. Tu n’as rien vu fleurir, tu as été conne et con et tu le sais. Ta vie tu la vois fuir dans le vent. Débile ! Débile ! Eh bien cette chose que tu as laissée dans le désert, elle te pardonne. Libère tout, libère tout : cette chose que tu as laissée dans le désert te pardonne déjà en soi. Je suis rien, la mort de l’hiver, tu peux m’entendre. Le sable sera juste quand tous serons reclus, comme de la roche, invisibles, ployés quand nos têtes seront nos jambes repliées. Clairs comme la nuit, absents ou bien trop présents, soi, vides. Mon nom tu le sais, mon adresse tu la sais aussi, ton intelligence te la donnera. De là où je suis, bien sûr tout devient vraiment débile. Mais j’avance avec l’océan qui est franc net là au moins comme célébrée infinie l’océan le corps dure plus que le temps. Je vais droit et basta !
La parole qui se veut vaine, ainsi la mienne, nulle dans la nullité au-dehors de la nature, forte comme la Vie est forte et toute force, toute matière, je n’ai jamais levé au ciel la forme cruelle d’un corps. Pas de bouc émissaire, et pourtant je crache sur le prêtre de la cruauté il m’est intolérable elle m’est invivable ! néant foiré ! foire du néant raté ! Ah ah ah… Là, c’est être déjà arrivé fou bon admis bien orné de la parfaite démence, ô humain (on croirait un vif allemand). Les seuls qui en doutent ont oublié leurs impressions initiales vives, car s’ils lisent ça alors vous, c’est-à-dire ils sont déjà embarqués. Embarqués pour ne pas mentir, et dire que ça fait chier les mouches !
…Je dois admettre cela : rédiger le fait d'un anniversaire est pour moi rédiger un acte de décès - qu'on ne me demande pas d'être une fête! je me maquillerai d'une lame mal affilée, et je ferai pirouette et la roue comme un soleil versicoteux. Benjamin me le dit depuis longtemps, que suis « romantique », en somme un gars du peuple à l’écoute attentive de ses émotions, et qui dans ses émotions trouve la raison. Un fluide rouge et noir « amoureux d’une étoile ». Certes, je le suis ce « romantique », et pourtant, ce que je vois de plus fort dans l’ordre romantique n’est pas ce que je vois de plus fort en général ou couramment. Romantique, ce que je vois est terrifiant ou à tout le moins sublime tant je suis forcé d’y considérer le cercle parfait de toutes les démesures. Il s’agit d’une tête de lion au yeux d’une blancheur vide, une tête immense comme le mouvement de l’immobile, dominant le ciel dans un puissant souffle de sable : je comprends cette image comme celle d’une explosion terrible, et je la redoute comme inadéquation à l’avenir de toute forme personnelle d’être autant qu’elle me fascine comme épanchement de toutes les forces du vital interne. L’autre, est une circulation de scintillements bleus – cette circulation et ces scintillements bleus sont tous les corps parmi tous les mondes.
- Ces temps-ci écrire est pour mon compte être lamentable : exact opposé de l'impulsion qui me constitue. Mais bon c'est bien moi sans doute puisque c'est ainsi que je fais. Être comme pouvoir-être. L'être parle certainement la rétention de puissance que l'on est incapable de supporter. Il est désormais possible de dire, si l’on est sincère, le mot « nullité ». Mais en rien fabrication artificielle (c’est indicible). Pour « nullité », plutôt : surgescence résorbée de la nullité.
Comment pourrais-je être su ? Il a fallu qu’on m’apprenne à faire le singe, savoir : l’humain passable. J’y ai mis du mien mais j’ai tant d’œcuménisme en moi, Dieu que je suis faible !, que je n’ai pas voulu lâcher les autres, le reste, les salauds, ceux-là qui tuent tout devenir parce qu’il croient que l’avenir de la création est limité par leur fin d’espoir. C’est faux ! Qu’ils se réveillent, avec l’accueil du matin, amical, sincère, plein. La nouveauté non mais les potentiels ont paru ! C’est ma dernière affaire les concernant, vous concernant : je vais me coucher et me consacrer à vivre.
Je vois précisément ce que je ne dois plus être, tout ce que j’ai été. Je dois être ma contradiction et précisément je serai. C’est assez étonnant, d’être moi, ainsi cette répétition. Car étant ma contradiction je ne serai alors pas autre chose que ce j’étais déjà. Il me faut être cet autre, que je suis, que je ne nomme pas mais est Cédric. Une route de nids de poules dans un désert plein d’étoiles.
Essentiellement il faut ne pas perdre de temps. C’est le seul message qui soit bon à transmettre : qu’il n’y a pas de temps à perdre. Non pas faire n’importe quoi, mais au quotidien ne pas perdre de temps, très simplement. Personne pour faire vivre un écrivant comme Benoit Lecoin, : ça me livre cette fureur qui fait sauter la raison ça chemine partout c’est parfait comme exploit les reines qui président à la mort veulent de moi ma patience, ni ma douleur ni mes mots.
Le Phèdre de Platon est parmi les plus beaux textes imaginés par mon regard. Je suis si fatigué... en train de relire tout ça, toute cette masse, et combien ça me rends malade ! je suis dans mon appartement, hier j’ai eu une « crise ». Ma lumière est basse et mes habits sont propres je me prépare pour lundi pour accueillir amie je pense à mon amie qui me manque où nicher je cherche encore des arguments pour me convaincre que stop, rivière. Je suis si fatigué... que je me refuse même au dormir. Si seulement! si seulement j'avais été épris en main lors de ma grande oeuvre, ma grande explosion neuronale, de huit ans et six mois sans humanité!... Je me suis épris en main. Les médecins doctes ne me trouvent pas. - Je m‘endoctorialise moi-même! Au lieu de traitement chimique, un vaste poème épique, une harde gambadant, - je suis une tête en bois de Mongolie -, et ce hurlement, mes propres tympans ne l'entendent! par infrasons ne l’entendent! 14, 13, 12, 11… Mes pauvres, mes glorieux tympans le vivent. C'est un cri de poisson, une plante sait supplier. Ces jours-ci, je ris encore mais par lassitude.
Ma table est devenue bien courte, mon appétit aussi, et les amis qui offraient à mon esprit une distraction de cent mains intelligentes pour des milliers de doigts au travail se comptent à présent sur, tout de même, deux mains. Je dors mes journées sur les monts désolés du Suzon; j'aime et joie! on veut bien m'épouser, mais non seulement je ne peux rien assurer car je suis ermite sans envers ni endroit : je ne peux rien répondre.
… D’autant qu’en ce jour… Premièrement : ma main droite se paralyse et ça dure depuis trois heures : ça handicape ! Ce jour-ci dont il est question : pour la première fois je chiais vert. Il faut bien considérer le fait que nous étions à la fin du printemps et que cette verdure était de saison. Cependant, ce n'est pas telle qu'elle (me) parut. Bien au contraire, lorsque je vis la chose ainsi enluminée, ce fut un hiver mental en moi (parce qu’on ne chie pas vert comme on jonglerait au milieu des saisons : c’est net, ça ne ment pas le corps malade ça fait de la merde qu’on n’entend pas comme il faut parce qu’on l’entend trop bien). Ca n'a rien de prévisible que de chier vert, un vert de cuivre oxydé. J'avais l'impression d'avoir chier quelque toit de Paris ou bien quelque sculpture - et c'était du « moi »! digéré mais du moi tout de même. C’était si original! j’ai aimé vivre cela, l’exister. J'avais déjà chier du sang, mais cette oxydation glauque jamais. Je m'étonnai puis me surpris à réfléchir, à penser au fait que beaucoup d'alcooliques notoires et notables avaient dû connaître ça. J'analysais mais j'étais effrayé. Je pensais à Bukowski, à Verlaine, à Hemingway, et conceptuellement à d’autres inconnus; bref je pêchais à Cuba et ne savais plus comment pisser sans canne en main. Puis, la terre fit paraître un événement (que je fus) : je me mis à observer depuis les chiottes une canette de bière qui m'avait l'air louche, lorsque soudain celle-ci se dupliqua; bien entendu je cru alors devenir fou. Or, c'est à l'instant précédent que je l'avais été, puisqu'il y avait bien deux canettes et non pas une. - Ainsi je restai tranquille.
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