Blog > Disparité 2

  • Disparité 2

    Le 10/08/2009 à 11:36Commentaires (0)Ajouter un commentaire

    Réveil : un café. Le café est déjà dans le réveil. Dans chacun de mes réveils le café est servi. Mais je n'ai pas dormi. Une bouteille de rhum blanc et une demie de vin rosé - c'est plutôt paisible et lâche. Etrangement, il me faut, alors, prendre un café, manifestant du réveil, pour pouvoir enfin, enfin m'endormir... Je redoute que mes interventions ne soient toutes que très brèves. Or, métal! j'aimerais développer telle idée ou telle autre, mais la vie ne m'en laisse pas le temps, justement : ne m‘en laisse pas l‘occasion saisie. - / Qu'on ne vienne pas me parler d’irresponsabilité : irresponsable je le suis, mais chimiquement, pas socialement. Et tout moraliste qui viendra me ramasser en petites miettes de maximes, je me le jetterai sous le scalpe, afin qu'il y bouille, brûle et se déjante, afin qu'il entende depuis mon cerveau que ce n'est pas moi mais mon cerveau qui est déjanté. C’est la vie qui se déjante, jamais quelqu’un, jamais personne.

     

    C'est épuisant que d'écrire. Chut... chut... pour qui n'aime pas me lire. Il se trouve que je suis l'exact inverse de ma constitution, donc également cela que j'écris est l'exact inverse de mon désir, qui semble plus être (pouvoir-être, désirer) une approche détachée des coeurs, une participation à distance pour la libération des coeurs. En somme : ma tête est le rêve de mon coeur. - Mes propos sont du debout et malgré cela me navrent, - et me fascinent, tant ils se bouleversent entre eux, et construisent de la vie, celle-là que je suis. Cela sans doute parce qu'une nouvelle folie est apparue, un nouvel art, une poïétique pleine, une nouvelle vie, de vagins sans vagins et de bites sans bites et de prés autres que prés et de ciels autres que ciels, de soleils à terre et cosmiques, chaosmiques, et d’été sans printemps ni saison, et de terre faite, et être cela est un plaisir inavouable; l'écrire est être en retard sur le nouveau délire : on n‘écrit que ce qui a déjà fermement paru. La vie ne ment pas, elle essaie le meilleur. Des « choses » sans valeurs, des choses sans « chose », des bêtises heureuses, débordées, tout un champ infini de vagues choses libres. Diable la vie - l'écriture s'actionne dans une lenteur superbe, est le temps qu'elle prend à se parer : c'est la robe que l'on écrit, la robe la mise... C’est une féminité face à son miroir pensant à comment s’habiller.

    Humain, cela qu’entre autres je suis, va bientôt cesser d'avoir à lire en lui, et les choses seront toutes libres, et humain, cela qu’entre autres je suis, sera libre aussi, plus libre que toutes les choses libres, et même Dieu manquera de délire pour s‘imaginer enfin être, ainsi, lui-même sans le même.

    L'archè a été ventilé, se dissipe, nous n'avons plus de terre sous le pied mais ne tapons pas dans le désespoir; nos espoirs chantent le haut chant des choeurs pour la bienvenue d’une fin sans prévision, dansent la fin des espoirs. Libérés de l’espoir. Car : Tout est débordé, (le) simple est devenu vie, le ciel est devenu corps et le corps plus que corps, absolu de Tout, le corps comme au-delà. Joie de ce Tout, dont la périphérie est plus que fêlée, est dissoute. Tout entre sans fin au dehors de Tout. Ca n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau est de le voir.

    Ca faisait presque quatre ans que je ne m'étais pas rongé les ongles. Depuis deux semaines je m'y suis remis, à petites doses. Il se trouve que depuis deux semaines je suis confronté à un léger problème de découvert bancaire : j'ai dépassé mon solde débiteur autorisé, ce qui ne m'était pas arrivé depuis presque quatre ans. Donc : dans le fait de me ronger les ongles il y a le transfert somatique du problème de dépassement du découvert autorisé. Ca ne change pas la face du monde, mais au moins à présent je le sais.

     

    L'à-venir parvient ou perce depuis « derrière soi ». Or lorsqu'on éprouve en soi-même le phénomène d'antécédent, lorsque « antécédent » n’est plus de l’ordre logique mais physique et alors, hors-logique, « cosmogonique », on se rend compte de notre proprioception comme ne touchant à rien, comme preuve et épreuve vide de propriété; pas de « derrière soi »; le « derrière soi » n'est pas, sauf peut-être la zone de rupture entre soi individu et soi de vie intégrale. L'« antécédent », ou cosmogonique, est déjà toujours à-demain ici-même. Il n’y aurait de mémoire que de demain qui n’est pas. La mémoire pratique, la mémoire actante n'a pas lieu derrière, mais à l'avant qui n'est pas. L'à-venir parvient ou perce depuis derrière soi; or il n'y a pas de « derrière soi », le « derrière soi » n'est pas, même pas rien. Sensation que l'à-venir ça court partout sans être jamais nulle part, que l'à-venir c'est tout entier tout, à l’instant qui fuit chaque fois que pointe mon doigt.

    L'être humain n'a pas de destin - il l'est car son seul destin est de ne se destiner à rien d'autre qu'à lui-même ; il se fait l’amour ! C’est un amour sauvage qu’à l’être humain avec lui-même, c’est un amour vengeur. Il doit exister un roman ou bien une pièce, un drame sur un amour vengeur au plus haut point : j’aimerais le lire, car c’est le drame de l’être humain. « Ta gueule ! Oui la couleur que je porte est absente ! Oui je suis noir ! Mais c’est bleu que ça coule en moi ! pas blanc, je ne suis pas une débilité de l’absence : je suis plein ! Moi je suis noir parce qu’au moins j’ai inventé la couleur et j’en suis, chaleur, la fin. Toi, gamin, t’es même pas né. Si tu l’es, t’es même pas blanc ! T’as rien à faire avec moi/Je sais qu’t’es moi ! Ca va !/, on n’est pas sur la même planète, Tout-Blanc, traître…

     

    Notre bataille pour le libre-arbitre, notre bataille contre la nécessité est une force fatale de la nécessité, peut-être même sa puissance éminente. Même si rien ne paraît changer, celui qui se consacre à faire changer « le cours des choses », à déjouer « le plan », est l'homme concret de la nécessité. - Ne jamais parvenir à rattraper son destin me paraît être le destin des hommes, et ceux qui en en forçant les portes veulent habiter le destin pour oeuvrer à sa modification et faire dévier sa trajectoire, sont les acteurs authentiques de la nécessité, sont la nécessité agissante, actrice et actante. Ecrire est parfois objet d’une telle manière : chaque jour sont écrites deux ou trois pages, mises de côté comme un entraînement sans fierté, tandis qu’au taudis l’essentiel de l’activité est consacrée à travailler une « oeuvre ». Je me rends compte que dans toutes ces pages mises de côté, qui jamais ne finissent détruites mais sont plutôt mises au ban, exilées de « l’oeuvre », coule plus vrai que nature ce que je suis de mots, et qu’au travers de ces « poubelles », de ce disparate, c’est ma vie qui est à l’oeuvre, ma vie qui s’essaie à l’oeuvre. C’est dans ces poubelles, ces approximations destinales, que je suis finalement au plus près de ma réalité. Tout y change et se transforme, bascule, s’écroule, saute, jaillit. La puissance de changement est la nécessité. A l'inverse, ceux qui n'aspirent qu'à maintenir l'ordre par une immobilisation des choses et du temps contrarient l'action de la nécessité, - bien qu'à la vérité, sans doute parce qu'ils brident le monde en lui empêchant tout devenir, ils se font générateurs d'utérus dans lesquels croît la révolte, dans lesquels la nécessité se prépare à passer à l'acte au moyen d’émissaires de l'infini, révolutionnaires. Le sentiment de liberté absolue que l'on peut sentir en soi lors d'un événement révolutionnaire est en vérité sentiment infini de nécessité.

    Pour que du neuf arrive (dans le monde humain de l‘homme), ce « neuf » doit préalablement être annoncé comme mort. Sans annonce : rien. Et l’annonce est toujours une erreur! Mais sans elle : rien. Le communisme a été annoncé comme mort. Alors il paraîtra, tel quel, libéré de tous les apparatchiks et des galvaudeurs. Dieu! Il n'y a de nouveau que la réalité dont nous avons tué l'illusion. En somme : tuer une idée, c'est foutre la paix à sa vérité; et ce n'est qu'une fois en paix, ce n'est qu'une fois oubliée par les hommes que l'idée morte ressuscite, cette fois-ci en vérité, comme nouvel ordre des choses, non pas fait de main d'hommes mais bien plutôt : enfin lâché par les hommes.

     

    L’alcoolisme ou la folie, est-ce un critère pour l’écriture ? A tout le moins, ça donne du courage. Parce qu’il faut un sacré courage pour oser se prononcer sur la vie.

     

    Être humain c’est être en retard sur soi. Ne pas savoir, fondamentalement sa vérité, ne pas savoir être un mourrant, savoir ne pas encore comprendre qu’être mourrant ça n’est pas triste. Du coup, un humain jette en permanence ses plus belles révélations dans des poubelles de hasard. Etre humain c’est encore avoir peur. C’est être minable, miné, minot. Mais une légion est déjà levée, d’individus aguerris à la mort, positionnés fixement dans le mouvement. Foncièrement, j’ai de la haine pour toutes les structures qui empêchent à l’être humain d’être Dieu/être libre. Mais je méprise tellement tout forme de haine, tout esprit acariâtre, que je con-viens avec l’Epoque qui est la mienne, attardée ou non, attardée. Si l’infini peut avoir impression pour un corps, il est. Ce corps est humain. Qui lit ces mots est humain.

     

    Je ne vis pas pour moi mais pour la vie. Permettez-moi de vivre que je suis. J’ai la plainte en horreur, mais sans elle comment tenir. Vivre est l’impératif dans l’évidence. - Le néant est l’in-vivable, l’être propre in-vivable : être abeille ou table etc. pour un non-abeille ou non-table, etc.

     

    Je ne parviens plus à écrire : les muscles de ma main se figent, ma tête se glace.

     

    Tout ce qui nous est donné et présenté, mon corps, ma table, ce verre d'eau, cet arbre, c'est cela qui est virtuel. Ce qu'il y a de bien réel, c'est précisément tout ce qui ne m'est pas donné présentement, la circulation infinie et vive de la matière. Comme corps, je suis un fantôme traversé par la concrète vie intégrale, et celle-ci viendra à bout de ma virtuelle condition d'être, l'épuisera par irradiation trop puissante, souffle de feu infini me consumera, spectre, à la vitesse infinie de ce souffle, fendra l'infiniment noir pour me propulser comme une métaphore dans l'infiniment blanc.

     

    Je ne peux... Je suis encore dépendant. Je suis toxicomane.

    *

     

    Je suis cuit. Mes beaux mots ont filé et moi je reste, l'étang poisseux.

    Coudre un peu de vie...

    J'aurais aimé savoir danser

    - je couds

    - je pleure

    oui - j'apprends à coudre

    Je ne suis pas encore la marionnette souhaitée

     

    Silence...

     

    Un mot, deux - mauvais : l'éclat du monde

    Je n'ai peur de rien... - je suis la terreur

    Sommeil : prends

    La Nuit est toutes Vies

     

    Les fous : cela existe encore, et Dieu quelle galère ils supportent... ! - l'humanité n'est donc pas du tout à constituer.

    Mais à présent, les fous s'y fondent;

    comme ils en sont la simple constitution.

     

    Je suis dans une piscine mais je n'ai pas de bras.

    Je suis enfermé dans ma chambre,

    pas de lumière

    volets clos.

    Noir tout, et blanc

    mon écran est métis en Limousin

    En effet, je n'aurais pu être si je n'avais pas tant manqué au travail.

    J'ai écrit - j'ai déposé, entre des choses que je ne pouvais que dé-voir

     

    Être c’est être un hurlé ! Né, hurlé à nouveau, né, hurlé à nouveau, né, hurlé à nouveau, né, hurlé à nouveau, ...

    Alors;...

    Alors, que feras-tu de ta face ?

     

     

    Quelque part au fond de moi, au cimetière de ma Nuit, j'ouvre un cercueil - et je ne vois rien en-dedans, car la réalité est bien pire : c'est moi qui suis ce rien voyant en-dedans.

    J'écoute Tant de belles choses, de Françoise Hardy. J'y entends encore la lumière de mes Limbes d'alors. Je revois la lumière blanche au fond du puits de Vie, j’entends Novalis miserer le matin éclairé.

     

    « Tu peux tout faire. » C’est une parole à la con. Parce que tu ne feras rien qui sera toi. Ne faire rien, mais être soi, et le faire et être, bien. Ca me paraît plus correct, d’autant qu’alors, on peut tout faire.

    *

     

    Ce n’est pas soi qui parle mais la parole elle-même : cela est fascinant. Vivant, ce n’est pas moi qui suis, mais de la vie, et c’est ahurissant, et la joie alors provoquée est aussi de la vie – j’aime tant les bestioles, l’imagination, les forêts et les drogues… 

    Venez venez ! Mes gars gouttez-moi ça ! « La vie : c’est trop fort ».

    La connerie est une alternative à la liberté. Il y a des alternatives à la bêtise, donc de l’indéterminisme.

     

    Un problème que doivent rencontrer beaucoup d’esprits doués consiste en ce que leurs idées leurs paraissent si naturelles qu’ils ne les explorent pas, parfois ni même ne les notent.

     

    Lorsque Nietzsche écrit d'une doctrine que par le simple fait qu'elle « libère une force accumulée et refoulée jusqu'à la torture, elle apporte du bonheur », je ne l'entends pas parler d'un bonheur apporté à un individu particulier mais d'un bonheur apporté à la Nature, et sans doute dans un sillon bien déterminé selon le type de force libérée; c'est ainsi à tout le moins que je l'entends pour l’intérêt de « ma » pensée.

     

    Ma façon d'oeuvrer s'apparente bien souvent à une lente macération, incubation, maturation ou masturbation de vieille France parisienne, un peu comme Art Presse, mais sous les barricades, attendant la détonation régulière, des chants d’hommes libres et puis Parnasse et enfouie d'opéras... J'ai besoin de cette atmosphère d'âme pour mon esprit; non pas pour faire « du », mais pour me nourrir, de forces, comme toute nourriture est héraclitéenne, empédocléenne, anaximandrienne; pour se tirer, s'extraire, se lever hors du marais et ses cendres, et dégager vers quelque intimité claire le transfuge rapporté de tous corps, et s'essayer à formuler la traces dont l'empreinte serait à l’heure d'un 22ème siècle. C’est par demain que notre œil habite ce qu’il a d’ouvert.

    Quant à ce que notre oeil a de plus ouvert - les lianes de chaos qui font les corps contre la redistribution immédiate totale - beaucoup d’yeux du monde à demi bleu y viendront, y seront, c’est fatal : reste à savoir quel être de pouvoir sera parmi les « premiers » ? Il faudrait surtout que ce ne soit pas un être qui manque de sérieux. Rien de pire qu’un charmeur : ils sont fameusement d’odieux incapables et dangereux, d’autant plus s’ils ont les rennes des corps, après avoir gagné ceux de l’image. Ils feraient un théâtre concret de la mort. – Quelqu’un qui ne s’occupe pas avant tout de lui-même, voilà le critère fondamental.

     

    Ce qu'il y a de moisi distingue l'avenir du présent, et c'est moisi que je ne parle pas, face à mon vieux trésor d’ailes qui n’ont pas battues - : c'est pour autant que j'écris, pour ne pas finir fou social mais parleur de pas bleu.

     

    Coïncide, consent, aime.

     

    *

     

    Théétète, variation - Hall socratique. -

    « Soyons heureux camarades : nous n'avons établi aucun point concernant la science!

    _ Cela te réjouit ?

    _ Serais-je heureux de ne plus dialoguer avec toi ?

    _ Socrate, nous avons distingué des éléments!

    _ Alors : distinguons plus.

    _ Ca me paraît suffisant, et je saurais être si tu ne t'écartes pas de moi.

    _ Voyons donc : je serais ta liberté?

    _ Vous m'êtes un remède!

    _ Vois donc : je suis ta seule liberté, et malgré moi, dès ce jour je t'ai aliéné.

     

    Parménide, variation. -

    « Es-tu ton nom?

    _Je le dis.

    _ « Je », « le » dit ? Ainsi tu parles de toi comme d'un autre.

    _Non, assurément je parle de moi.

    _Et pourtant tu dis que cela qu'est ton nom c'est toi?

    _Oui.

    _Alors tu es fendu, et jamais n'es toi.

    _C'est là un jeu de rhétorique qui me surprend de votre part.

    _... Reste surpris, prends peur, ou bien réjouit-toi d'être infini; apprends bien la grammaire, elle permet d'énoncer l'essence des choses, - je te le confie : de ma part, approche Gorgias, comme tu étudieras Démocrite, dans le dialogue et le silence.

     

    Une introduction folle si bien formée. -

    « Alors Antiphon dit que Pythagore lui avait raconté qu'un jour Zénon et Parménide étaient venus aux grandes Panathénées. Parménide était déjà fort avancé en âge, tout gris, mais de belle et noble prestance ; il avait environ soixante-cinq ans. Quant à Zénon, il approchait alors de la quarantaine; il était de belle taille et agréable à voir. On disait qu'il avait été le mignon de Parménide. Il dit qu'ils étaient descendus chez Pythagore, en dehors du mur, au Céramique. Socrate s'y était rendu aussi avec un certain nombre de personnes, pour entendre les écrits de Zénon, car ils les apportaient alors pour la première fois. Socrate était fort jeune à cette époque.»

    *

     

    J’ai donné rendez-vous à mon amie, ce soir à vingt-trois heures, dans les étoiles. Elle entre Grenoble et Montélimar. Moi près du Jura qui m’appelle à lui. Un an plus tard, j’aurais fendu la forêt du Risoux. La nuit était couverte et presque aucune étoile ne paraissait. Mais, une heureuse coïncidence que je ne ferai pas délirer a voulu que le ciel se dégageât à l’instant même où du clocher retentissaient les coups de onze heures, puis qu’il se recouvrit après cinq minutes, à l’instant même où le clocher me répétait l’heure. - Les distances et la profondeur. - Mon amie et moi voyions la même étoile; mais elle, mon amie, ne voyait pas les lumières rouges et le clignotement de l’avion qui passait dans mon ciel à moi, et moins encore les nuages rampant comme une fumée compacte. Trois niveaux, dont un seul pouvait nous être commun; un second peut-être, plus tard, l’avion, mais c'était peu probable; puis un troisième, mes nuages fumeux, certainement pas. Je ne parle évidemment pas de la chauve-souris qui a volé comme une ombre d’un arbre à l’autre. J’imaginais l’étonnement pour un grec (sans trop précisément savoir pourquoi : pour me disposer mentalement hors d’une perception informée par le paradigme de mon corps de moderne, je me mets toujours dans la peau d’un grec des siècles tragiques et regarde le monde comme si j’en étais un, et le soleil est alors de la taille de mon pied); j’imaginais l’étonnement que devait être pour un grec « astrophysicien » l’espèce de disjonction qu’il y a entre l’espace plane et la profondeur (qui peut être le temps pris dans l'espace) – la même étoile au même moment (« relatif »), en deux lieux différents.

    Sont-ce les pas de la marche qui dans l’œil grec ont capturé le temps dans des séquences d’espace? - Plus un point paraît fixe, plus il est a priori éloigné de l’observateur. Plus ça remue, plus c’est proche. – Quand ça remue c’est proche. Bref; tandis que je vagabonde, en moi dans la Nature, voilà que je tombe sur Cioran… Cioran ou le parfait contre-exemple à la disposition d’esprit dans laquelle je me tiens (sauves, ses justes paroles d’un doux vent granit pour dire Beckett). Cette phrase au tout début de De l’Inconvénient d’être né : « … qu’aucun geste qu’on exécute ne vaut qu’on y adhère ». Il y a là une présomption du sens de l’existence dans laquelle est postulé a priori que : le moi absolument solipsiste est le seul point de vue pour tout. Et que le solipsisme ne peut être sans sa condition formelle par le tout. La dépouille ekstasée parle d'elle. Si Cioran adhère à ce postulat, ou plus exactement s’il accepte de se laisser aller à l’adhésion à ce postulat, il eût été bien mieux intéressant qu'il se réjouît ou bien encore qu'il s’étonna de porter en lui la force de cette adhésion ou le pouvoir de ce laisser-aller. Cioran n’estime la Nature qu’à l’aune de lui-même. C’est le fait de tout pessimisme – ainsi, bien sûr, Schopenhauer, qui n’était pas pessimiste mais simplement ne pensait l’ensemble que depuis son l’expérience qu’il fait lui-même. Toute estimation de la Nature à l’aune de soi-même, si elle avance une pensée du sens, et non une théorie de la connaissance comme Descartes ou Kant (qui ont besoin de Dieu pour mettre à l’envers ce qui sans cela serait un diptyque pessimiste sans commune mesure), détient en soi du pessimisme. - Ainsi donc, Epicure, Pascal, Nietzsche etc. A l'extrême de cette ekstase solipsiste, s'il y a évaluation, la Nature est, d'une part « Monde » et d'autre part ce « Monde » qui comporte intégralement la dépouille ekstatique est pure béance, Nuit bleue ammobile, - une tentative y est un avortement, le geste y est grotesque, le Verbe le rire d'une larme. Cela parce que percevoir la Nature à l'aune de soi-même implique la recherche négative du sens du sujet, qui s'énonce alors en ces termes : je ne suis en nulle part, je n'ai sens en nulle part. A l’inverse, toute estimation de la Nature à l’aune de la Nature (entente et perception de soi comme étant intégralement (fait-)de la Nature - non pas une dissolution de soi mais une participation entière), est la source de la pensée vive, que le soleil tire à la verticale depuis les poumons. - Ainsi donc, Spinoza, Deleuze, Epicure, Nietzsche (hybride), les stoïciens qui sont une espèce rare puisqu’à la fois ils se décousent et anatomisent le corps et le déploient dans la Nature entière mais font de cette Nature leur corps entièrement déployé et par suite cumulent de façon parfaitement égale eudémonisme et pessimisme (on pourrait ainsi dire d’eux qu’ils sont les penseurs d’une vivacité résignée, ou d‘une résignation vive). Partir du Tout ou bien partir de soi demeure le problème éthique de fond, et ce fond-là circule en toutes parts de toute éthique, se retrouve à tous les niveaux et doit être remis à jour à chaque étape. (J’ai le sentiment que « Descartes » (en tant que pensée) n’a pas encore révélé sa bonne clé, que des secondes mains du départ ont biaisé quelque chose qui a égaré, trop mal loin de la volonté, territoire que [Sartre -] Sartre a utilisé mais sans Dieu et sur le terrain de son intérêt propre, celui non pas de l’existence mais de l’existant, comme on distingue l’être de l’étant, l’apparition de l’apparu. (Sartre est bien un humaniste radical, un extrémiste de l‘humanisme, à la limite pro-fonde du Jugement. Par ailleurs, Sartre interpelle beaucoup au sujet de savoir s‘il est bien un existentialiste, si l‘on entend par ce terme quelqu’un qui s‘interroge sur l‘existence, et l‘existence comme apparition d‘un étant dans un monde; l’existentialisme comme science s’interrogeant sur l’apparition d’un étant dans le monde. En ce sens, c’est Heidegger qui est existentialiste - disons plutôt qu'en étant qualifiée ainsi la pensée de Sartre empêche à la pensée de Heidegger d’être ainsi nommée. Hormis ce qui me semble être l'intuition fondamentale de Sartre, que la conscience pure est un négatif absolu, « Sartre » en tant que pensée, est tout le reste, le tout-venant après ce fait de base que l'être est "jeté-là". Il s‘agirait alors peut-être plus d‘une métaphysique pratique de l‘existant que d‘existentialisme). - Volonté, perfection de Dieu. Cela chez Descartes nous lie intimement, peut-être par la notion d’action, à l’étendue. Peut-être y a-t-il, au travers de « l’action », plus de Leibniz chez Descartes que je ne le pensais. Peut-être la pensée de Descartes est-elle au travers de ce que l’on peut en déduire de « l’action », peut-être comporte-t-elle finalement à un niveau éminent ce qui manque cruellement à Leibniz : une pensée pratiquement conséquente.

    par Clamence - tags : Disparité 2

S'abonner au fil d'information RSS de ce blog

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Littérature
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web