*
Un loup sans voix ni nom, rôde noir,
Fier et vorace,
Rôde noir derrière le mur de pierre vert,
Où les étoiles sont des murènes d'eau douce
Dans les absences de sourire, où l'ombre est la moins sage
De la noyade il est possible de ne garder que l’innocence de la mer et ce que notre corps n’est pas.
La porte ne t'aime pas parce qu'elle t'est aberrante
Garde l'aberration et sois charmé par l’irritabilité de la porte.
La patience est au charme de l'avenir
Le « Qu’est-ce que je fais? », lorsqu’il passe par le corps de quelqu’un, son vide est visible. Le corps qui, pendant son action, est soudainement traversé par le « Qu’est-ce que je fais? », ce corps gesticulise, est le « Qu’est-ce que je fais ? »
Allons-y franchement -
Le « Qu’est-ce que je fais? » est (le) fond du cogito, le « Qu’est-ce que je fais? » devance toute pensée, nécessairement. Dès l’instant que je pense, que je pense que je suis (le même est être et penser), s’est déjà posé « Qu’est-ce que je fais? »
Tout ce qui est bucolique est catholique... le bucolique est catholique... Même si le catholicisme n’était pas, le bucolique serait catholique, et le catholicisme serait
Le rêve étrange qui plane sous tout l’étant : je veux être élevé, je veux être fauve, et la patrie universelle - le miroir affolé de soi. Ce vieux monde de l’exclamation me fatigue.
La lecture d’Hélian de Trakl vient de me pétrifier, de me terroriser
Je voulais m’attrister sur le sort de mes pauvres livres tout en rang, immobiles et serrés. Mais les voyant, j’eu sérieusement cru qu’ils dansaient en file
"Où se trouvent les sources de la vie? se pose le fond de l'écrit. L'écrire doit être de toutes formes.
Les livres que l’on héberge chez soi forment un symbole sacré. Un code mathématique, un totem infini, une carte de l’univers...
Un dimanche d’insoumis à la spiritualité de l’or -
: Avant tout il y a le vent bleu
Et dans le cimetière des herbes folles frétillantes comme un clavecin
A l’horizon des champs étendus, lorsque le bleu est bas,
Passe une fanfare rigolote et sublime
Nous bondissons et sommes décoiffés
Par le vent bleu sonore,
Sa lyre qui est une guitare pincée et fraîche comme une eau de caverne
Au dimanche d'une honnête source froide
Pleure parfois d’un définitif effroi
De la nuit du 18 mai
*
J'ai difficulté à revenir de là où j'ai passé mes deux derniers mois, afin d'être considéré en termes et conséquences psychiatriques. La psychiatrie est devenue la médecine romantique de l'artiste, ou bien le mécène des indigents inconnus.
Je suis athée, je crois en tout ce qu’il y a, - il n'est rien d'incohérent jusque là. Mais il devient dangereux de le dire : je crois en tout ce qu’il y a ! De là, je m'allonge, me repose, et dors, l'éternité est bien faite, - être corps.
"Il me faut parler à Vishnou, et lui dire que je suis en désaccord. En désaccord vous dis-je ! Un dés à corps, un hasard nécessaire, vous dis-je ! C’est Rudra qui s’invoque en moi. Ma voix est manifestation de Rudra. Je brûle, et je pleure, et je clame ma joie ! J’ai convoqué Vishnou, qui n’est pas venu. J’ai convoqué Shiva qu’une larme faite tout de multiples flots agita : ainsi fut-elle moi, et Vishnou redormira demain, ce fainéant, et rappellera dans mille ans ce qui était en nous tous plus que trop humain
Il suffit parfois de le dire – mentir autant que l’on dit de vérité, sans volonté : précepte – pour que Rudra soit, (avec) (afin que) (sans doute pas « puis » ni même « et ») être soi, n’être pas mais être force, énergie, être Rudra, celui qui venge les corps, qui les venge de la paix.
Qui es-tu ? de Shiva ou de Rudra ? – Il me faut parler à Vishnou, et lui dire que je suis en un dès à corps !
Je ne donne quelque droit que ce soit à quiconque de m’intimer quoique ce soit au sujet de ma vie propre. Je préfère mourir par excès de moi que par excès de la moindre loi. Par excès de loi j’entends tout ordre que je ne veux pas. Je ne suis ni une poupée ni un outil : je suis moi.
Nous sommes en retard sur notre liberté. (L')artiste, ce qui habite sous ce mot surchanté, spontanément peint et chantonne, et s’arrache la peau entre chaque pore, pour que l’idée tienne. Puis il grave une date ou bien un nom, ou bien une phrase, au fronton qui est en bas de cent diagonales impossibles et autant de variations transversales que de Titans et d’humanités, d’incommensurable. Pauvre Rilke, perdu dans la mesure des anges. Et cet autre, grave qu'il n'est de la renaissance ni de l'ère moderne, argile molle des siècles contemporains. Voyons-le ! Il colle à la pierre son cœur, sans rien abandonner, et y est un millier cosmique. Le reste, les mœurs, sont un gâchis de temps. L’avenir des corps libres bourdonne, éclate de rire et rattrape le temps à-venir, sa perte intime. Le chaosmos parle par bouche d’homme, le chaosmos est arrivé ; la tornade a tout levé, la paille s’est elle-même délacérée dans le ciel
Je cherche partout un dictionnaire des choses impensées, je ne le trouve pas. Stupide ! Nous les sommes !
Rien d'écrit n'a de valeur si ça n'est irradiant.
Un corps est un ensemble de forces que la complexité rend irradiantes, corps.
Je n'ai jamais supporté de devoir me « mettre à table ». Bouffez dans l’assiette d’un autre, celle des moteurs et des foules, pas dans la mienne de cailloux et des lents végétaux.
Il y l'eau. Rien d'autre. - Nous courrions comme des satyres pour nos nymphes et l’aurore, et lorsque nous arrivions en forêt tout nous était ouvert. Ce qui du temps passe n’annonce hors l’extrême limite. Vivre, est la nymphe, complexée de ne pas être vie, à la kelkaï vitée soule d’âmée, vase vive vase, pa, pa, tarrrrrra hassa ! Je ne suis pas fou. Cela parle : le puant renard blanc parle la forêt de ma langue à l’hiver, - il jappe
Pour dire il, je est le meilleur
Il faut du courage pour parler du monde quand rien de haut n’est qui soit encore un visage d’étant, quand tout est à terre et qu'on est à soi-même toute hauteur de la vie, pour soutenir physiquement, dans l'effectuation réelle de son corps, qu'être c'est amplitude maximale de puissance, désert, et vivre avec, au milieu de tous, au milieu de tout, bête, sauvage, vieille femme et lamentin et baiser le mort, l’entubé, percé, crevé et crever remontant tout le malaise peureux des hommes de pas-de-monde, être la puce écrasée, chargée d’informe et tenir droit au milieu, des incompétences, de l’onirique flottant des suffisances de l’insuffisant, barba papa catégorique surpeuplée de mal-intelligence, et le mot un dîner de foi sans fin, s’enfuit, redoute, a peur, s’effondre, se tait de haine en rire de juge scrutateur. Il est raisonnable de ne pas vomir sur le monde de fausseté, de mal aise – être-soi en tant que n’être-pas parle assez la langue de silence pour retenir la bouffe indigeste ou ne rien goûter à ce repas d’oiseaux alourdis de plumes arachides.
Il faut savoir souffler - c'est condition.
Je suis revenu, invisible à moi-même. - Parfois je l'oublie et je m'applaudis : Il faudra bien que l'humain se sache attardé
Je suis le surlendemain des effets pharmaceutiques. - Un mois passé à prendre chaque matin le Martin du village, la capsule idiote. Mais prise avec volonté, et je repoussais fortement ceux qui m'en empêchaient, pour mon salut. Je préfère ma trousse douce, et n'avoir plus affaire avec aucun organe, aucune altérité.
Après tout, il n'y a rien de contradictoire à ne pas ne pas désirer sa mort, élan qui n’est en rien morbifique. C'est même plutôt sensé, pour la redistribution de l'énergie dans la vie intégrale. Le tout étant de la souhaiter pour le plus tard, ou pour le bon moment, de n’y pas aspirer.
Je transforme Castorama en Vasco de Gama
Lorsqu'il est inacceptable, parce que trop de vie positive s'y est perdue, le suicide d'un proche peut être contagieux
Je transforme Salvetat en Malwinda von Mayensburg
Ce que l'on peut meut ce que l'on veut
Une amitié, c’est-à-dire une humanité, une re-ligion, est un événement surréaliste.
C’est l’équivalence qui est seule source de l’intérêt.
Une amitié est un événement surréaliste, qui se produit « en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale » (Breton, Manifeste). Une amitié est un événement cosmique, amour lieur où l’ordre est absent.
« Mais, Cédric… Et alors ? Tout le monde le sait, et par suite tout le monde s’en fout.
_Oui, évidemment. Je voulais juste citer Breton, et dire que c’est l’équivalence qui est seule source de l’intérêt.
C'est de la vie pleine d'elle-même qu’il s'agit, à chaque mot, à chaque ligne, à chaque phrase, à chaque parole, à chaque conscience, à chaque acte, à chaque perception ; c’est de la vie pleine d’elle-même qu’il s’agit - être de l’être sa négation remplie, moqueuse, épaisse, inachevée.
Le corps comme ensemble de lianes chaosmiques ne nous est pas encore évident. Ca viendra, peut-être dans (ou dix) mille ans. Et l’on lèvera le bras pour déraciner tel superbe espace dans le ciel, se tournera pour vider d’une mal-maison l’âme vide, tirera la corde de l’air pour amener à soi le pays, tirera la corde
Mon effectuation est le corps du monde
Mon effectuation est ce que je suis
Rien n'est vain car aucun ni tout n'enlève rien à la réalité des choses
La réalité d'une chose est. Son être est effectuation. Rien n'est négatif en elle. Effectuation, elle est purement construction de monde, effectuation comme accomplissement, traversée, cavalerie, phalanges même. Rien de réel qui soit irréel.
Ce pur élan constructiviste est puissance, passage par-delà le corps personnel, en force.
La puissance est la vie pleine d'elle-même, mais croissante mais à l'infini, matrone, de notre dissipation dans le bleu des énergies en circulation
La mort attire la réalisation. Nous sommes un lien d'attraction entre la mort et la réalisation.
Chaque jour le monde m’est clair parce qu’entre toutes choses il y a le néant, toutes les puissances qui me sont incommensurables en tant que mon corps est un vécu propre de sa puissance. Je ne suis pas un abricotier, et c’est ainsi que je sais l’abricotier.
Dans la cosmogonie orphique, le cosmos a la forme d'un oeuf dont la coquille est faite de Nuit - c'est une coquille qui n'est pas. L'orphisme pensait le monde infini. Il avait en double du monde la circulation des énergies en Chaos, qui en l'Ether ont forme et brille Héméra. Ce chaosmos avait l'aspect d'un oeuf dont la coquille est la Nuit, ombre d’Ouranos.
J'écrivais dans Disparité ma surprise quant à ce que "aspirer à écrire fasse si bon alliage avec l’aspiration à faire rien, ainsi que j’ai proposé d’entendre ce mot. Sans doute chez tout inspiré y a-t-il cette perception visionnaire du temps libre, les divinités de Cronos. Les inspirés sont l’armée de Cronos." Il est étonnant que Cronos ne soit pas plus souvent pensé. Je ne saurais même me souvenir avoir jamais lu quoique ce soit concernant Cronos sinon l'Idéalité indéveloppée de l'âge d'or. Cronos est le roi des hommes-dieux. Son règne est celui de l’astuce. Il est le roi des hommes en tant que hommes-dieux, artistes et magiciens, dont le monde est sous le signe du Destin, de la fatalité, de la mort, de la rêverie et de la gaieté railleuse, de la plainte et du rêve absolu, du problème de la répartition, du feu d'immortel, du bazar des rues pauvres, du combat - peine, ivresse de l'affamé, serpent de l'équivoque, injustice et serment. Cronos est le roi de l'esprit où tout se met en place. C'est le roi de notre temps d’humain en quête de l’humain. Et toute personne d'esprit entre en contact avec le temps de Cronos. La magnificence de la création. Le règne de Zeus est-il advenu ? Notre temps se fera trahir par son épouse. Quelle est l'épouse de notre temps? Rhéa n'est pas grand chose, finalement, mais détermine tout. Elle enfante, sauve. C'est une sauveuse de la descendance. Elle sauve la future liberté. Notre temps va être trahie par ce qu'il enfante, et ce qu'il aura enfanté serait, peut-être, une perception avant et arrière, haut bas centre attachés à cœur de vie, fouet, perte joyeuse sacrifice et joie, - j’ai la main qui me caresse le torse.
« Une lame de liberté. _Arrache le ciel. _Une lame de liberté. _Arrache le ciel.
Il y a certaines virgules qui sont placées comme des manques d'assurance de l'auteur. Des points c’est tout ; mais des points-virgules. Ventiler le désert des vaincus, un point c’est tout. Tel serait le désir de vaincus eux-mêmes ; parole de vaincu !
La guerre contre les Titans et les Géants est-elle passée ? Typhoeus est-il passé, ou bien sommes-nous en train de le combattre? J’achète cinq melons, trois pamplemousses, trois oranges, cinq kiwis, cinq citrons, trois carottes, deux tomates. Je mixe le tout et à fond je suis ivre, plein, joie, feu azur, fruit tout mûr et gargouillé. Qu’ai-je à faire à terre, parole de régénérescence – saleté, la parole est un fruit, à traverser, comme il se traverse, plein de vers et de mouches juteuses. J’ai écrit sur les mouches, elles me portent à n’être jamais, à une sorte de lucidité tirée des cryptes et cent soleils en un seul, derrière le cheval isolé, marchant dans le foin et la merde, attaché dans l’intérieur, les fils rouillés, anenfantés, tordus, frappés, le bois sec, le Jura désireux, quatre falaises, pas de chute, de la danse, brève, crétins de l’urbanisme, à moi la lumière délire un pas que je ne maîtrise pas : peut-être fut-ce le dernier jour de ma vie de mort. C’était il y a quatre ans, quatre et long temps, ma petite éternité, ma petite paquet d’éternité.
De l'absence de la notoriété. Rien de ce qui est de notoriété n'est cependant notoire. La notoriété est partout la notoriété est nulle part. On ne la trouve pas. On la cherche. Cette recherche est devenue notoire, et notoriété. Enfumés, sommes. Oublié : pour trouver il faut ne pas chercher, on se le rappelle et creuse indéfiniment. Route indéfinie, fière, fausseté, bienheureuse, passage ludique animal raté, bêtise, creux, vase creux, creux, creux…
Naissance de la citation "d'auteur" : Pascal, Pensée 18 bis-745 "La manière d'écrire d'Epictète, de Montaigne et de Salomon de Tulie est la plus d'usage (...) et qui se fait le plus citer ..."
Ca peut être mauvais signe quand je commence à me dire tu.
Mes journées s'écoulent comme des bougies immatérielles : elles trépassent sans que jamais rien d'elles ne soit visible. Deux, trois – passage -, vibre, zéro, deux, trois…
Vivre ! - Ne suis pas mort ! Aime être ! Ne suis pas mort ! Vie est trop puissante ! Être un corps exceptionnel ! Poésie ! Corps exceptionnel ! Tout corps un corps exceptionnel ! Tout corps est une chimie joyeuse… Réinvente la fraîcheur ! c’est acté
Peut-on être encore un bandit, un voyou, de grand chemin comme on le pense ? La misère est bourgeoise, et tout bandit est devenu un bref bourgeois. Qu’il tue, qu’il pende, qu’il revienne, que la vie lutte à nouveau.
Aspirons au souffle de l’avenir. Sommes esprits libres. Meurs de liberté, joyeux heureux, c’est la cloche des rois qui me tombe dessus.
J’ai trop de passion pour me survivre.
Seras-tu plus sincère que dans ces mots ? J’écris pour ne pas me suicider. Tu travailles dans l’erreur, tu seras sans bonheur mais tu aimeras et seras aimé. Pourrir, cadavre. Je suis plus fort que la mort et ses contre-énergies actives. Tu ne méprises rien. Tu te dois de tout hausser. Je suis la vie. Je suis là. Être, vie. Tous les saluts eschatologiques et la réalité chrétienne : hurle plus fort, je suis plus, et ma vie est nouvelle, que je perdrai. Ma vie est nouvelle, la nécessité d’une population née d’un hasard tonnant… Voit-on comme tout est devenu bleu ? Voit-on que l’anarchie viendra, maigre d’histoire, simple, évidente et sécurité ? Nous, ne le verrons pas, mais elle expulsera le monde actuel dans les poubelles de l’erreur où mille mains travaillent à ne jamais dormir, - je n’ai plus de feu. Cronos craque, Cronos n’est pas un délire, Cronos n’est pas vrai, n’est pas faux, Cronos est craquant
Je sue pour écrire. - L’intégralité psychique viendra. – Ne pas être lâche : aimer sa vie. Être amour, élever, bâtir, vivre et s’inventer immortel. On vient de faire un attentat sur une biographie de Nietzsche. Un bel attentat. Un attentat honnête, enfin ! Il fallait un ami pour l’honnêteté, il fallait un aigle. Mais le pauvre petit canard Nietzsche n’y était pour rien : j’ai juste couché avec et suis tombé amoureux de l’amour de mon ami. La vie est imprévisible, mais à ce point ! Je me suis contredit, j’ai affirmé être une erreur. Ne me fréquentez pas, il est vrai : je suis un danger. Je suis libre, fou, un péril. Cependant, mon corps est tout entier honnête. Ciel volé, dévoration du bleu, j’ai égaré mon intégrité. Je veux être nouveau. Je suis un corps impensé.
N’avoir plus de feu. Entendre les mouettes célébrer le jour naissant, brailler le porc, le chimpanzé, l’éléphant. La basse-court du ciel relève, imagine, veut, dresse, applaudit, n’est pas glorieuse mais est aimable par excès fou. La joie du délire, paresseux. Pas encore les lumières chaudes, mouettes, demain, levée, fraction. Nous sommes devenus libres, et pour ça payons. Le retard humain.
*
Penser les dieux, méditer en eux. Ne pas les rappeler. Nul dieu à réinventer.
Que – Le moment augural de la pensée, le plan oblique, et zébré de l’éclair, n’advienne qu’au plein cœur de la course du jour, paraisse et s’emplisse dans le midi et parle d’après midi. L’aurore est trop abandonnée, trop naïve quant aux chaleurs à venir, (et de) le soir (qui) s’attarde furtivement, bâtard, et (de) la nuit (qui) éternise, est fausse éternité, trahison, trahison de l’être, acacia. Nous, nous plongeons dans la mer comme une flèche, plongeons dans la mer comme une flèche tirée derrière le très haut soleil, derrière le pointu, derrière le soleil aigu. Nécessaire verticalité totale, afin que la chute soit la courbe tendue de la justice et la parole bonne, la courbe tendue et la belle parole. Retour.
L’être est réintégré. Il suffit à quelques uns, voire à un seul, de le vivre pour que ça soit (par terre, sur une chaise, … où l’on voudra). La terre, qui ne se meut pas mais est toute mouvoir et mobilité, grande et totale mobilité, a regagné sa noblesse, sa charge de simples vitesses. – Comme matière – matières intégrales -, souffle du seul champ de blé, blé du seul souffle de champ, et son propre troupeau sans déesse ni berger. L’être, haute vie, pleine puissance, l’être comme ses presque images, (est) sa propre circulation d’infini. C’est ici qu’est revenu l’infini, (en) terre comme par-delà chaque terre. Un ciel est toute créature, à venir, échappée, nyxéisée ; et plus aucun étant n’est limité à son corps. Plus aucun étant n’est un corps.
Pascal. - Rien de l’univers n’est cachot. L’unique cachot est en soi, fond de soi. Or, rien de soi n’est en soi, tout fond est faîte, rien de moi n’est qui ne soit de monde ; vrilles de monde. Ainsi le monde, vrilles de mondes.
Des porteuses d’offrandes sur le tout-est-chemin, déposent l’huile la viande l’encens et le pain, au carrefour où plus rien n’est chemin, au là où il y a cela qu’est le centre de soi.
La nuit qui se retrouve en soi est (le) dehors, l’impossible absolu de là, l’enclos de densité, l’amant de l’immanence. A l’intérieur afond, dans la cave intacte de la chair-cachot, est retrouvé l’absolu, l’impossible dehors, la seule sûreté de l’être. « Epouse-moi » est la clameur de l’être, la nuit sa toute-sécurité, sa seule vérité, sa belle enveloppe absente.
Nous n’avons pas un « œil en trop », mais un corps qui est plus que l’âme et l’entendement. Le corps est l’immanence. Etre corps c’est être ; cette plongée en avant dans l’avant, comme cette lave que l’eau profonde refroidit en pierre simulacre, et qui pourtant ne manque jamais de débordement, d’avenir et de retour, de réification en toute part fissurée, de plein devenir que les très froides morsures arrêtent, stancent, aveugles et invisibles.
Parle, jette, arrache, décoche, acte ne jamais oublier ! Acte que aujourd’hui c’est l’être ! Pars vers le ciel ! Eprouve la chute ! Pars élancé vers le ciel, ramener à terre ta part bleue !
Des flammes entre toutes choses,
des puits en toutes choses,
et l’eau fraîche, la brillance
sous le ciel de noire nuit.
Noire nuit comme plein Feu.
Je n’en peux plus de la « terre », je n’en peux plus de tous les « et », les mal-conjonctions. Je veux l’avec, je veux : de l’ensemble.
Le poétique, l’espace poïétique du poème qu’est la perception propre, est affaire temporelle. - C’est dit. Mais : est exclusivement, comme absolument, affaire temporelle. - Habiter le temps, où le vivre est le voir. La campagne : je campe à la campagne. Je campe au là où le temps s’est arrêté, souffle, fait une pause et le corps comme une plage laisse la marée loin re-tirer la mer, l’extirer, l’a(privatif)tirer.
Le poème, le poétique, est affaire de Feu. Car tout se calcine dans le temps retiré, où l’on n’apporte pas le corps. Où l’on apporte le corps, chaque chose est épaisse, pleine, sa pleine puissance sa force, - l’être hors de toute espèce de dehors, hors la noire béance, amante de l’être, sauvagerie du bois hors de l’enclos, maintien de l’immanence.
Le poème est retour, et le retour y est patience, ralenti, attention, prise du temps comme aussitôt déprise. Non pas réminiscence psychologique. Les images ne sont fournies que par le temps que le corps éprouve, et ces images inventent un monde. Mais en soi-même, le poème comme retour n’est rien d’autre que Feu, conséquence d’un ralenti qui est prise déprise de et du temps.
Etre à la même vitesse que ce qui demeure en deçà du temps. Etre, avant le temps, avant toute forme. En deçà du mur ouvert avançant, dans le temps ralenti.
Passe le cours, des choses, filent toutes choses qu’en rien ne perd notre attention. Avec sa grâce simple, au cœur le poème demeure, malgré la cendre qui le devance. Filent toutes choses et en deçà du mur ouvert avançant, dans le temps ralenti, le poème palpe, plus dense, cet espace où l’on meurt plus vieux, quand par le feu périssent toutes choses.
Paysage d’arriérés. L’arrière-pays de l’arrière-temps.
*
« Je fais acte de solution.
_Et quelle est ta solution ?
_Je fais acte de solution.
_Mais quelle est ta solution ?
_Je fais acte de solution.
Je fais chavirer tous les palais – qui ne se connaît pas rira. Je suis roi dans l’art de répudier le royaume jusqu’à la forme. Vous ne me verrez même pas entrer. Les gardes joueront aux cartes, mon baluchon d’itinérant sera ma cape. On ne m’écoutera pas, car je ne dirai rien, - je n’aurai rien à dire. Puis, lentement, ma rumeur amplifiera, jusqu’à faire céder la reine et renverser le roi. Méprises, méprenez ! Aimer, telle trace minérale qui s’appelle l’humain. L’homme est roi du royaume méprise, et ma part y est belle, trône, mille fleurs bourrées dans la bouche. Je suis le Pape des pauvretés fleuries, et comme je ris… même les mouches baisent ! ces cigognes qui se posent sur mes coudes, Merlin entêté, vingt étourneaux sont comme ma lente bascule vers le ciel. Je m’étonne, je ris du mobile éternel de nuit, - une belle vie pour un roi des pauvres, qui n’a pas d’autre ambition que celle dictée par l’ivresse d’être. Je suis trop simple. J’aimerais ne pas être né cet animal.
Une étoile me baise le corps. C’est assez désorientant, d’autant qu’elle est étoile du soir, sans doute moins vile qu’un Christ aigri, de n’être que du matin, amour satanique, amour satin. Et l’étoile me caresse à présent, sa main surprise de se voir écrite. Son œil me mord – j’ai assez de chance pour être pincé, finalement : on me réveille ! Langue d’étoile, tu souffles frais, et me chauffe.
J’ai vingt-huit ans : je suis en plein dans mon espérance de vie maximale. – Vais-je m’effondrer ? J’ai vingt-huit ans, je suis en plein dans mon espérance de vie maximale : si je ne m’effondre, je serai éternellement cet âge. Suis-je jeune ? ou bien suis-je moi ? Je suis potentiellement immortel, là. « Je » suis une boutade.
Je veux être un événement, une araignée, une femme
La division du travail : voilà la source où résonnent mes mots de haine, s’il faut le dire ainsi, mes mots de haine contre la perte de temps. « Quel est ton travail ? / _Pas un seul.
Il est devenu bon de haïr le travail, cette bêtise, pour bœufs de labour, cet archaïsme de ceux qui ont peur. Le travail est une illusion posée par la peur. Haïr travailler, aimer œuvrer.
Demain, dans cent ans ou dans mille ans, nous en aurons fini d’avec le travail : prenons de l’avance.
Hors de la parole qui de langue est formée, rien n’est qui sache se tenir, tout est disparate. Voilà un beau rôle pour l’assise du poème : faire se tenir ce tout disparate, le donner à voir et le faire oublier.
A qui donc je m’adresse, écrivant ? Plus exactement : à qui donc « je », me, destine ? Vers quelle invisible épaisseur ? Pour quel invisible lecteur, brigand ? Un quelqu’un de géant me brigue que je ne connais pas, que je reconnais pourtant hors de toutes choses, fuyant, mortel, périssable, échoué loin de l’avenir éternel de la présence. Ma propre mort. Je ne m’adresse qu’à la mort, à ma mort, à la mort de pas-moi. Adresse postale : ma pierre tombale.
L’ivresse peut n’être pas chose simple. Il arriverait à Orphée que sa lyre soit mal accordée et que le charme ne fonctionne plus auprès des animaux. Ce charme d’Orphée est celui du poète auprès des mots. « Accorde ta lyre, accorde-la, ou n’avance pied en forêt.
Je n’avancerai jamais casqué. Le monde voit ces frilosités et c’est alors qu’il attaque. Au contraire : avance nu, le front dégagé, abandonne ta confiance, et rien ne se pliera, et tout s’ouvrira, net et droit, comme un os intact et indistinct, foudre, mer, vents, déserts, falaises, tranches de pierres et océans, le corps aura hors de lui-seul la ligne qui ne sait en être une. Le monde est en conséquence de soi.
A cet âge où tu sais qu’un hiver peut te tuer, pourquoi ne pas alors simplement t’expatrier ? Quelle peur plus puissante que celle de la mort te retient ? Vas-t’en
« Pourquoi n’ais-je pas d’ombre ?
_Parce que tu la manges, peut-être…
_Il ne me semble pas être rempli. Je suis sans estomac : où irait-elle ?
_Sans doute l’es-tu.
_Je suis immédiat et clair. Parfois, clairement ivre et de mauvaise haleine et d’un sang qui s’épaissi, et c’est en cela que je ne falsifie pas ma crainte - plainte coupable, je me mords les doigts, et où sont-ils ? - de ce qui se donne à voir lucide. C’est le savoir qu’être une ombre. Ca me trouble tant ! Tu es sans réponse et je ne pose pas de question, je me complais. Sais-tu qu’il y a des personnes à qui il est impossible de dire les choses directement, comme : « j’aime ta présence », à un frère ? Oui, tu parlerais presque comme rien. Vas chier ! Ils se sentent un devoir de réponse, mettent un fardeau où il n’y a rien, s’endettent tandis que nulle créance ne peut avoir lieu parce que je ne suis pas créancier mais ils s’en foutent, tarés. Ils sont responsables pour le vide ; alors ils mal-méditent sans prendre telle l’étoile offerte avec la bonne toise, mal mesurent, car nulle toise n’est prédite ni promise, la seule étoile abolie de l’être : je n’abandonne pas dans l’abandon, je travaille encore des machins. Ils pensent à une plainte lorsqu’il s’agit de joie, toute triste qu’elle est la pauvre, la maigre, la seule.
_Ne vois-tu pas qu’il est peu aisé de parler à une ombre, que l’ombre est une définition de la lumière, est implacablement égoïste et ne te mènera pas à un autre ?
_Rien à foutre du reste, de l’autre. S’il ne vient pas il est nul. Ma question est : suis-je vraiment une ombre ?
_Une parole de la nuit.
_N’y a-t-il pas un soleil s’il est une ombre, ainsi que tu dis que je suis ?
_Une ombre : tournes-toi, tu seras aveugle. Derrière toi brille la lumière du plein-feu. Être une ombre ou un aveugle, voilà le choix. Tu veux voir, ah ah ah…
_Alors : je reste moi, et je vois la brillance que toute surface liquide reflète.
_Tu n’es pas.
_Je ne suis pas.
_Dans l’eau, qu’y a-t-il ?
_Le feu et la mémoire d’hier et demain.
_Qu’est-elle cette mémoire ?
_L’étonnement du présent, peut-être. C’est ainsi du moins que je vois moi qui « ne suis pas ».
_Et le feu, qu’est-il ? Que peut-il être dans l’eau, dans l’eau où les flammes s’éteignent ?
_... Un rêve.
_Est-ce le temps ?
_Oui, le temps. Je suis de ceux qui se maquillent devant le miroir.
_Tu n’es qu’un rêve, une obligation d’acteur lorsque tu te tournes dans la lumière aveuglante. Alors délire tout ce que tu peux jouer.
_Derrière ma moustiquaire je suis une adresse, un moi.
_Ombre.
_Une ombre.
_Tu ne sais pas la fermer ! Quelle est ta plainte ?
_Nulle. Je suis la preuve du soleil.
_Et ne feindras jamais de rire. Tu seras bouc émissaire, car c’est ainsi que l’« On » définit l’ombre, c’est ainsi que l’on catalyse toutes les peurs, sur ce qui témoigne du soleil. C’est ainsi que l’« On » se soulage par un repas terrible de tout son aveuglement. Je n’aurai aucune pitié pour toi, toi, qui sais ce que vaut l’affirmation du soleil ; toi mon ombre.
J’ai fait parler mon démon, il a bavardé avec le rire. Je m’arrête là.
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Littérature
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web