Poème du bleu

I

 

 

Le grand dialecticien, qui seul peut écrire la vitesse du ciel -

                son épaule frôle

aux trois-quarts celle du poète, sa rature échevelée,

et sa cendre.

 

                Vieille âme alitée du poète, bouche ouverte sur son lit de croix. Fais ta toilette ! que les plaines sans mesure ne te couvrent le corps, ne le changent en terre, et que le Cri de Coré ne déborde la voix enfouie sous ton oreille - Le monde parle, et ce qui parle c’est la bouche. Glane la terre du Soleil, ermite de l’azur, poète ; vindicatif, reste, un éclat dans la pierre. Verbe, orgeat, trames effacées en coulures de mantilles, que ta seule satire soit une larme de sable.

Les roses qui nous cerclent le crâne s’avisent à nous tenir engloutis dans la corolle plissée de la Nuit. Lumière et contre-lumière, à contre-pente la parole, et la Terre incinérée.

Lionnes et filles au visage tâché de sable, parez la nuque des enfants, frappez la terre d’un fouet fleuri ; dé-gagez le Ciel ! Aigles, enserrez l’enfant : hors du cri sans voix tirez-le !

Langue diagonale - l’Oeil immense règle l’exiguïté de sa perspective, et parle. Mais quelle est la toise, quel est le clou et quel est le mètre ? Quels, la vitesse et le temps du cinabre de convalescence, et le chemin qui conduit aux lisières ?

Le poète écarte le Chaos. D’une oreille muette il rhapsodie l’avenir. Laissez-le celer l’or de sa besace et la dédier - alors naît un monde.

mort

                               indisparaissance

mémoire

indisparaissance

 

Toutes les pointes frangent le Chaos. Pointe et procession font les épaules du poète, et le Geste de Phèdre déplacer une étoile.

J’ai marché nu parmi les rayons de soleil, oublié de Ciel et pieds cuits de sable. J’ai marché droit jusque dans l’horizon. –

 

La maison

y habite une montagne, qui habite la constitution du Ciel. Dans la nuit et l’orage, la

porte

s’est ouverte ; car dans la nuit et l’orage

la poésie

trouve refuge. Elle secoue son veston sur

le seuil,

puis le pend à l’entrée. Le foyer

offre

un feu de cheminée près duquel faire

sécher

la tenue. Nue et prête à se mettre à table,

la poésie

retire sa peau, et tout son corps, à la lumière de l’orage.

               

Frein du Temps, Poète, recueille l’oiseau fragile, éclair

 

Recueille le Temps et recueille le Monde, le poème au creux de tes mains. Puis croît,

jusqu’à la plus haute branche,

Remettre à son nid l’Animal.

 

Ta voix est le mouvement de remise entre la base et le sommet

Dernière mise à jour de cette page le 02/10/2008

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